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Ibrahim Al-Amine

« Cet accord pourrait bien être la dernière chance ; sinon, que chaque camp assume ses responsabilités. » Cette phrase est celle du président de la République, Joseph Aoun. Elle constitue le titre de son message adressé à la résistance, à ses hommes et à son peuple. C’est comme s’il nous disait que c’est le mieux qu’il ait pu obtenir.
Et si l’équipe du président de la République, composée de conseillers, d’assistants, de techniciens et de militaires, ne veut pas l’aider à sortir de l’impasse dans laquelle il s’est mis lui-même – et si ces personnes ont joué un rôle majeur dans l’aggravation de cette impasse –, alors quelqu’un doit aller voir Aoun et lui expliquer la réalité de la situation.
Aoun affirme que c’est le maximum qu’il soit possible de faire. Il croit – ou c’est ce qu’on lui a dit – que c’est la seule option pour faire face à la machine de mort israélienne. Puis il a admis, de son plein gré ou par dépit, que la résistance n’était plus capable de se battre et que personne ne pouvait tenir tête à Israël. Il accepte donc la capitulation comme une solution de facilité, alors qu’il était chef de l’armée. Auriez-vous brandi le drapeau blanc simplement parce que votre adversaire dispose d’une puissance de feu supérieure à la vôtre ? Et par conséquent, auriez-vous déclaré la capitulation, dissous l’armée et démobilisé les soldats ?
Tu sais bien que celui qui a choisi pour toi le nom de Nada Moawad comme ambassadrice du Liban à Washington t’a impliqué dans une affaire de grande envergure. Si tu le savais d’avance, c’est un malheur, mais cela s’atténue si tu découvres avec le temps que cette ambassadrice ne diffère en rien, en termes de compréhension et de compétences, de celles dont dispose l’ambassadeur américain au Liban, Michel Issa, à savoir un manque de culture politique et une absence d’expérience en matière de diplomatie. Par-dessus tout, cette ambassadrice a une autorité particulière, sans lien avec l’État libanais ni avec la présidence de la République ; le ministre des Affaires étrangères n’est pas en mesure de la guider dans son travail, et personne au Liban ne peut s’adresser à elle…
Même lorsque vous avez choisi l’ambassadeur Simon Karam comme chef de la délégation de négociation, on vous a dit que cet homme était expérimenté. Une fois de plus, les conseillers qui vous entourent ont réussi à vous convaincre que cet homme avait les qualités requises pour mener des négociations visant à faire valoir les droits du Liban. Mais vous saviez, et vous l’aviez entendu dire par d’autres, en dehors du cercle des conseillers, que Karam avait pour habitude de s’opposer au Hezbollah et de rejeter la résistance, et d’accuser le parti de ruine et de destruction dans tout le Liban. Même lorsqu’il a participé aux négociations sur « Jizzine d’abord » dans les années 90, il a fait preuve d’une « légèreté » qui a poussé des ambassadeurs du ministère des Affaires étrangères, forts de décennies d’expérience, à dire à tous ceux qui étaient au pouvoir, y compris Rafic Hariri qui n’était pas opposé aux négociations, que cet homme n’était pas la bonne personne.
Êtes-vous vraiment le président de tout le Liban ?
Lorsque vous avez lu le projet de déclaration publié hier, qui contenait tout ce qui a été rendu public, ainsi que d’autres éléments dont certains ont été supprimés et d’autres modifiés, avez-vous remarqué, ou vos conseillers vous ont-ils fait remarquer, qu’il n’y avait aucune mention de l’agression israélienne, ni des territoires occupés, ni du retrait, ni de la libération des prisonniers et des détenus, ni du retour des déplacés, ni de la reconstruction… Ou bien lisais-tu un communiqué sur des événements se déroulant dans un autre pays ?
Pensez-vous que la délégation israélienne aurait accepté si vous aviez souligné la nécessité de retirer ses forces bien au-delà de la frontière, ou de placer son arsenal aérien sous le contrôle d’une partie neutre afin de garantir qu’il n’y ait pas d’agression contre le Liban ? Et pensiez-vous que le chef de la délégation ennemie aurait accepté que vous lui disiez qu’il commet des crimes sans discontinuer depuis un an et demi ?
Comment un homme sensé, désireux de préserver ce pays, pourrait-il croire qu’il existe une autorité dans ce pays qui ne se contente pas de criminaliser une partie de son peuple, de réduire ses héros à de simples mercenaires qu’il faut arrêter, puis de fournir une couverture pour les tuer avec leurs familles ? Comment peut-on faire confiance à cette autorité pour qu’elle soit garante du destin du pays et de son peuple… ? Y a-t-il au sein de cette autorité quelqu’un qui ait réfléchi un instant, avant d’approuver cette déclaration, au fait de vendre une partie de son territoire et d’abandonner une partie de son peuple ? A-t-il pensé à la réaction de ces derniers, ou s’est-il uniquement soucié de satisfaire les tuteurs américains, saoudiens et européens ?
Quiconque approuve la déclaration publiée par Washington dépasse la stupidité et la futilité de Nada Moawad et Michel Issa, et frôle la commission du plus grand des crimes à l’encontre d’une grande partie de ses compatriotes.
Il y a une certaine stupidité manifeste dans la conduite de l’ambassadrice Nada Moawad, et une stupidité mêlée à une futilité encore plus évidente dans la gestion de l’ambassadeur Michel Issa, Mais on ne leur en veut pas ; il faut plutôt demander des comptes à tous ceux qui étaient assis à la table et qui connaissent bien le Liban, ainsi qu’à tous ceux qui siègent dans les salles de décision au Liban et qui connaissent bien le pays eux aussi, puis qui ont décidé, de sang-froid, d’approuver la déclaration d’humiliation et de honte qui a été publiée, et à propos de laquelle le président Aoun est sorti pour dire qu’il s’agissait d’une dernière chance, Suivi par son assistant gouvernemental Nawaf Salam, qui a déclaré qu’il s’agissait de la meilleure option, avant d’ajouter que le désarmement de la résistance était une exigence libanaise et non israélienne, alors même que des combats font rage dans le sud, où sont nés ceux qui portent ces armes.
Comment pouvons-nous croire qu’Aoun et Salam, qui ne cessent de condamner à chaque heure les frappes iraniennes contre les pays du Golfe et envoient télégramme sur télégramme, n’ont pas fait le moindre effort logique pour dénoncer les crimes de l’ennemi et porter plainte auprès d’une quelconque instance judiciaire arabe, régionale, internationale ou même américaine… Les gens peuvent-ils dormir tranquilles avec ce genre d’hommes au pouvoir ?
Ce qui s’est passé n’était pas anodin, et ne le sera jamais. Et si, parmi nos dirigeants, certains se moquent de la ruine du pays et ne se soucient pas de la vie de ceux qu’Israël tue, qu’il s’agisse de résistants, de civils, de militaires, de secouristes ou d’étudiants innocents, alors sur cette terre, des gens qui se dressent, l’arme à la main, face à la machine de mort, et lui rendent la pareille. Quant à ceux qui jugent l’histoire et l’avenir des peuples à l’aune du nombre de missiles lancés par les avions ennemis, ils n’ont pas à nous parler des expériences des peuples libres dans le monde ; ils doivent se taire et partir dès que le peuple se soulève pour exiger leur départ…
Ces paroles peuvent paraître dures, et certains y verront peut-être un moyen de servir ceux qui souhaitent aggraver les divisions internes, mais lorsque l’on en arrive à jouer avec le destin des gens et du pays, le moins que l’on puisse faire est de dire à ces gens-là : « Partez, sans regret pour tout ce que vous avez fait… Partez, tout simplement ! »