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Une mesure contenue dans un projet de loi incontournable augmenterait considérablement l’accès d’Israël aux secrets américains

Paul R. Pillar

Nichée au cœur d’un projet de loi de 192 pages sur l’autorisation des services de renseignement se trouve la section 622, intitulée « Renforcement du partage de renseignements entre les États-Unis et Israël ». Elle obligerait le président, agissant par l’intermédiaire du directeur du renseignement national et, si nécessaire, du secrétaire à la Défense, à « élargir et renforcer le partage de renseignements avec le gouvernement israélien » sur une liste de sujets couvrant presque tous les domaines d’intérêt en matière de renseignement au Moyen-Orient.

Le projet de loi, présenté par le sénateur Tom Cotton (R-Ark.), président de la commission sénatoriale du renseignement, interdirait toute suspension, réduction ou limitation de ce partage « sauf sur la base d’une préoccupation spécifique et identifiable en matière de sécurité nationale déterminée par le président ». Toute exception de ce type nécessiterait la présentation d’un rapport au Congrès dans un délai de quinze jours, détaillant non seulement la raison du changement, mais aussi les catégories d’informations concernées. Ce même rapport devrait inclure une évaluation de l’impact prévu sur la sécurité régionale et divers autres aspects.

Cette proposition s’inscrit parmi plusieurs initiatives récentes prises à Washington par ceux qui défendent les intérêts du gouvernement israélien afin de maintenir les États-Unis liés à Israël, malgré la chute vertigineuse du soutien de l’opinion publique américaine à ce pays. La forme la plus marquante du soutien américain à Israël a consisté en plus de 300 milliards de dollars d’aide économique et surtout militaire. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a tenté d’anticiper le déclin du soutien de l’opinion publique et d’éviter des revers embarrassants en laissant entendre qu’il accepterait la suppression progressive de l’aide militaire.

La stratégie d’Israël et de ses partisans américains consiste désormais à s’appuyer sur des liens avec les États-Unis et sur un soutien de leur part qui ne soient pas aussi visibles que l’aide militaire, dont le coût est considérable. Cette stratégie inclut des formes d’intégration militaire moins visibles que les subventions allouées par le Congrès et donc moins soumises à l’obligation de rendre des comptes au public. L’article 224 d’un projet de loi sur l’autorisation de défense actuellement examiné par la Chambre des représentants incarne cette forme d’intégration.

L’obligation de partage des renseignements pousse cette stratégie plus loin en la faisant entrer dans le monde obscur des relations entre agences de renseignement. Ce monde est encore plus éloigné de la visibilité publique et de la responsabilité que l’intégration de la défense, et encore moins susceptible de susciter des réflexions sur l’argent des contribuables américains allant à un pays étranger. Jusqu’à présent, l’article 622 du projet de loi sur le renseignement a reçu moins d’attention que l’article 224 du projet de loi sur la défense.

L’idée de légiférer de cette manière sur une relation de liaison en matière de renseignement avec un pays étranger est bizarre. La liaison avec les services étrangers homologues, y compris les échanges d’informations, est un aspect important mais complexe du travail de renseignement. La nature d’une relation de liaison dépend en partie de la température des relations politiques globales avec le pays en question, mais aussi d’autres facteurs connus principalement des agents du renseignement. Ces exigences de collecte qui leur sont imposées, leur capacité ou leur incapacité à répondre à ces exigences avec les ressources nationales, leur évaluation de la capacité et de la volonté du service étranger de combler les lacunes de collecte, le rôle que joue tout échange d’informations en tant que contrepartie dans la coopération opérationnelle, et les risques de compromettre les sources et les méthodes de renseignement.

De plus, aucune relation de liaison n’existe de manière isolée. Les services de renseignement américains doivent tenir compte des implications possibles pour leurs autres relations avec l’étranger. Par exemple, on ne partage généralement pas avec le pays A des informations concernant le pays B si les États-Unis entretiennent avec B une relation d’un niveau à peu près équivalent à celui qu’ils ont avec A. La liaison en matière de renseignement implique une hiérarchie de relations, allant d’une coopération étendue avec des alliés proches à des échanges ponctuels soigneusement limités avec des adversaires. La communauté du renseignement dispose d’un personnel dont la mission à plein temps consiste à surveiller et à gérer cet ensemble de relations afin d’éviter tout malentendu. Un mandat du Congrès concernant une seule relation augmente le risque de malentendu.

L’ironie est que le Congrès qui examine ce mandat est le même Congrès qui a, en fait, cédé au président ses pouvoirs, en vertu de l’article I de la Constitution, de fixer les taux des droits de douane et de décider de déclarer la guerre. Et pourtant, l’article 622 impliquerait une microgestion par le Congrès d’une question qui, par nature, relève de la compétence du pouvoir exécutif et en particulier des agences de renseignement.

En matière de renseignement, Israël est davantage un adversaire qu’un allié. Être un adversaire en matière de renseignement signifie se livrer à l’acte hostile qu’est l’espionnage. Israël a une longue histoire de ce type d’actes hostiles à l’encontre des États-Unis. Le cas le plus connu concerne l’espion Jonathan Pollard, qui a volé un volume si colossal de secrets américains que le secrétaire à la Défense de l’époque, Caspar Weinberger, a déclaré devant le tribunal qui a condamné Pollard qu’il était difficile « d’imaginer un préjudice plus grave pour la sécurité nationale que celui causé par l’accusé, compte tenu de l’ampleur, de l’importance cruciale pour les États-Unis et de la haute sensibilité des informations qu’il a vendues à Israël ».

Lorsque Pollard a purgé sa peine de prison et terminé sa période de liberté conditionnelle en 2020, il a reçu un accueil triomphal, mené par Netanyahou lui-même, à son arrivée à l’aéroport Ben Gourion en Israël. Il n’y avait rien de noble dans les actes de Pollard. Bien qu’il aimât dire qu’il était motivé par le souci de la sécurité d’Israël, avant de vendre ses services d’espionnage à Israël, il avait proposé de vendre des secrets américains à trois autres pays et avait fait la même offre à un quatrième pays alors même qu’il espionnait pour le compte d’Israël.

La menace d’espionnage israélien envers les États-Unis n’a fait que s’intensifier. La semaine dernière, NBC News a rapporté que l’Agence de renseignement de la Défense avait relevé le niveau de menace pour ce type d’espionnage, ce qui reflète manifestement surtout les divergences entre les États-Unis et Israël sur la guerre contre l’Iran. Le New York Times cite un responsable affirmant que les opérations de renseignement israéliennes visant des hauts responsables américains sous la deuxième administration Trump sont devenues si agressives qu’elles en sont « démesurées ».

Toute information sensible, y compris les secrets de renseignement, partagée avec Israël comporte un risque élevé qu’Israël la transmette à d’autres pays, y compris aux adversaires des États-Unis. Israël a d’ailleurs de longs antécédents en la matière, et pas seulement parce qu’il a probablement transmis à l’URSS certains des secrets dérobés par Pollard, en échange de l’autorisation accordée par Moscou aux Juifs soviétiques d’émigrer. Le partage par Israël de technologies militaires d’origine américaine avec la Chine a posé problème. Le fait que ce partenaire puisse être un État voyou n’a pas empêché Israël de mener une coopération militaire et technique, comme le démontre sa relation avec l’Afrique du Sud de l’époque de l’apartheid, qui s’est même étendue au développement d’armes nucléaires.

Le risque qu’Israël transmette des informations sensibles provenant des États-Unis à d’autres États persiste en partie parce qu’Israël aspire à nouer des relations cordiales — et surtout à établir de nouvelles relations diplomatiques officielles — avec tout pays disposé à entretenir de telles relations, malgré l’oppression continue des Palestiniens par Israël. Les secrets des services de renseignement américains seraient très attrayants pour certains partenaires ou partenaires potentiels d’Israël, et donc intéressants pour Israël en tant que monnaie d’échange. Parmi ces autres pays pourraient figurer la Chine, avec laquelle Israël continue d’entretenir une coopération technique étendue, et la Russie.

Même sans aucune transmission à des pays tiers, l’utilisation par Israël d’une grande partie des renseignements américains est susceptible d’aller à l’encontre des intérêts des États-Unis et de l’intérêt de la paix et de la sécurité au Moyen-Orient, et ce pour bon nombre des mêmes raisons qui sous-tendent la baisse de popularité d’Israël auprès de l’opinion publique américaine. Israël a déclenché plus de guerres et attaqué plus de nations que tout autre pays du Moyen-Orient. Ces dernières années, il a causé plus de morts et de destructions parmi les civils par le biais d’opérations militaires que tout autre État du Moyen-Orient. Il recourt à la violence pour rechercher l’hégémonie régionale et détruire la nation palestinienne d’une manière incompatible avec les intérêts américains.

La guerre actuelle et malavisée contre l’Iran démontre la forte divergence entre les intérêts américains et israéliens. Après avoir été la principale influence sur la décision du président Donald Trump de lancer la guerre, le gouvernement de Netanyahou sabote les efforts visant à y mettre fin. Il le fait actuellement principalement par des attaques incessantes au Liban qui ont tué des milliers de personnes et déplacé plus d’un million d’autres. Cette divergence d’objectifs s’est reflétée dans un appel téléphonique ponctué d’injures entre Trump et Netanyahou la semaine dernière, qui portait principalement sur ces attaques.

Ces attaques, qui sabotent la diplomatie, font partie des opérations israéliennes susceptibles de bénéficier des renseignements américains partagés. Les États-Unis seront également accusés de soutenir d’autres opérations violentes d’Israël en raison de ce partage « renforcé » de renseignements, même s’ils ne finançaient plus les armes israéliennes.

La clause échappatoire supposée de l’article 622 du projet de loi sur le renseignement serait, dans la pratique, si lourde de formalités qu’elle en deviendrait inutile. Le rapport obligatoire au Congrès renverrait la question au Capitole, où le lobby israélien la présenterait rapidement comme un choix entre être pour ou contre la sécurité d’Israël. Le partage obligatoire des renseignements prévu dans le projet de loi lierait ainsi les mains du président et empêcherait toute administration d’utiliser la gestion des relations de liaison en matière de renseignement comme levier pour dissuader Israël de se livrer à des agissements destructeurs.

Paul R. Pillar est chercheur senior non résident au Centre d’études sur la sécurité de l’université de Georgetown et chercheur non résident au Quincy Institute for Responsible Statecraft. Il est également chercheur associé au Centre de politique de sécurité de Genève.

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