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Alex Krainer

La Grande-Bretagne, ce grand phare de la démocratie libérale occidentale, des droits de l’homme et de toutes ces belles valeurs, ne semble pas parvenir à se débarrasser de sa russophobie dévorante. Aux premières heures du dimanche 14 juin 2026, des commandos britanniques ont arraisonné le pétrolier MT Smyrtos alors qu’il naviguait dans la Manche. D’une manière ou d’une autre, pour une raison inconnue, une équipe de tournage les avait devancés pour enregistrer une vidéo de propagande percutante montrant les courageux et professionnels Royal Marines en action.

Il s’agissait de la première opération de ce type menée par le Royaume-Uni contre un pétrolier de la « flotte fantôme » russe depuis l’annonce de cette initiative. Rappelons que la décision de cibler les pétroliers russes avait été annoncée en août 2024 lors du sommet de la « Communauté politique européenne » à Londres et que les 44 représentants des pays européens présents avaient approuvé ce plan.

Une fin noble justifie-t-elle tous les moyens ?

Lorsque les Royal Marines ont arraisonné le MT Smyrtos, le pétrolier naviguait dans la Manche, au sud de l’île de Wight (près de la zone plus large du détroit de Douvres). Il se trouvait en eaux internationales et, par conséquent, la Grande-Bretagne n’avait aucun droit légal de l’arraisonner ni de le saisir. La raison officielle invoquée pour cibler la « flotte fantôme » est qu’elle aide la Russie à contourner les sanctions et à vendre son pétrole à un prix supérieur au plafond fixé par le G7. Ces recettes supplémentaires fournissent à la Russie les fonds nécessaires pour mener sa guerre contre l’Ukraine libre et démocratique.

La Manche

Même si l’on admet que ce noble objectif justifie les moyens musclés employés par la Grande-Bretagne, cet acte n’en restait pas moins illégal : le Royaume-Uni ne peut appliquer des sanctions que dans sa propre juridiction, et un navire étranger naviguant dans les eaux internationales ne relève pas de la juridiction britannique. Pour remédier à ce problème, le Royaume-Uni a saisi le MT Smyrtos et l’a conduit dans les eaux territoriales britanniques. Il se trouvait désormais sous juridiction britannique, en toute légalité ! Astucieux. Très astucieux, en effet, mais c’est précisément ce genre d’astuce qui a valu au Royaume-Uni le surnom de « Perfidious Albion » aux yeux d’une grande partie du monde. Malheureusement, les choses ne font qu’empirer à partir de là…

Un autre prétexte juridique invoqué par les autorités britanniques est que, en vertu de l’article 110 de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, elles étaient en droit d’intervenir car le MT Smyrtos était apatride au moment où il traversait la Manche. La manière dont il s’est retrouvé apatride relevait d’un nouvel acte de perfidie astucieuse.

Lorsque le pétrolier a achevé son chargement au terminal russe d’Oust-Louga le 4 juin, il était dûment immatriculé au registre camerounais et naviguait sous pavillon camerounais. Cependant, alors qu’il faisait route de la Russie vers la Manche, le Cameroun a soudainement radié le navire de son registre. D’après l’ancien ambassadeur britannique Craig Murray :

Alors que le navire était en mer, le 10 juin, le Cameroun a retiré son immatriculation. Il l’a fait parce que l’UE et le Royaume-Uni menaçaient de suspendre l’aide au développement accordée au Cameroun s’il ne retirait pas les navires russes de son registre maritime. Le Royaume-Uni a donc fait chanter le Cameroun pour qu’il radie le navire. Puis, avant que le navire n’ait pu atteindre un port ami, le Royaume-Uni l’a arraisonné au motif qu’il avait été radié. Il ne fait aucun doute que certains, au sein des secteurs de la sécurité et de l’armée britanniques, ricanent en se félicitant de leur propre ingéniosité.

Tellement, tellement malins, en effet. Cependant, même si un navire à voile est apatride, l’article 110 n’autorise qu’une inspection du navire, et non sa saisie. À moins qu’il ne soit constaté qu’il se livre à une activité illégale, il ne peut légalement être saisi. C’est pourquoi ces « malins » l’ont entraîné dans leurs propres eaux territoriales et ce n’est qu’alors qu’ils ont revendiqué leur juridiction sur lui.

L’astuce est la pire forme de stupidité

Il semble étrange qu’une certaine catégorie d’adultes considère la ruse sournoise comme une forme particulière d’intelligence qui les rend supérieurs aux victimes méprisables de leurs manigances. Dans le même temps, ils semblent inconscients du tort qu’ils causent à la réputation de leur pays dans le monde, ainsi que des risques auxquels ils exposent la société dans son ensemble. Ils ont habilement qualifié le MT Smyrtos de navire russe, faisant partie de la « flotte fantôme » de pétroliers de la Russie, comme si cela justifiait leur propre acte de piraterie.

Cependant, au-delà des consommateurs les plus superficiels des discours dominants, personne n’est dupe ni amusé. Le MT Smyrtos est tout simplement un pétrolier construit en 2009 pour l’activité légitime et légale de transport de pétrole. Il n’est pas russe non plus : il appartient à la compagnie armatoriale Zhao Yao Shipping Ltd, basée à Hong Kong, qui en assure également l’exploitation. Sa cargaison était destinée à l’Inde et son capitaine est un ressortissant indien, Anand Madhukar, qui pourrait désormais être poursuivi et emprisonné au Royaume-Uni pour avoir enfreint les sanctions anti-russes.

Pour quiconque s’y connaît en commerce international du pétrole, en exploitation des pétroliers ou possède ne serait-ce qu’une connaissance élémentaire du droit maritime, la saisie par la Grande-Bretagne du MT Smytros n’est rien d’autre qu’un acte de piraterie éhonté. Son intention manifeste est de s’opposer à la Russie et de la pousser à une nouvelle escalade des hostilités. Mais aux yeux du monde, un tel comportement a pour effet de faire passer la Grande-Bretagne pour un État voyou agressif et belliciste.

Des manœuvres astucieuses peuvent aider les pirates à se forger une couverture juridique douteuse pour leurs actions, mais cela ne fera sans doute impression que sur un public national crédule. Dans son roman de 1924, « La Montagne magique », Thomas Mann écrivait : « Il existe tant de formes différentes de stupidité, et l’intelligence est l’une des pires. » Il n’est pas difficile de comprendre en quoi elle pourrait être la pire : par le passé, la ruse sournoise de la « Perfide Albion » nous a valu la Première Guerre mondiale et la Seconde Guerre mondiale. Il devient de plus en plus évident que l’objectif ultime de ces manœuvres actuelles est d’orchestrer la Troisième Guerre mondiale, comme l’a publiquement réclamé le roi Charles III de Grande-Bretagne.

Attiser l’hystérie anti-russe

Au cas où leurs provocations maritimes feraient long feu, les dirigeants britanniques ont accusé la Russie d’être à l’origine d’une série d’incendies criminels visant les propriétés du Premier ministre Sir Keir Starmer. Les Russes, dans leur lâcheté, auraient incité deux jeunes Ukrainiens et un jeune Roumain à mettre le feu aux maisons et aux voitures de Sir Keir. Cette affaire bizarre vient tout juste de s’achever à Londres avec les verdicts du jury, et avant même que la procédure judiciaire ne soit entièrement close cette semaine, la BBC a révélé en grande pompe que les Russes avaient orchestré ces incendies criminels.

Eh bien, qui d’autre cela pourrait-il être ? Tom Tugthatend, député conservateur et président de la commission des affaires étrangères de la Chambre des communes, s’est lancé dans une série de tweets hystériques diabolisant la Russie (ainsi que la Chine et l’Iran), se réjouissant de la saisie dimanche du pétrolier « russe » et appelant à une confrontation plus agressive contre la Russie.

Je dois dire que je suis à court de mots. Il fut un temps où l’establishment britannique pouvait se sentir en sécurité en orchestrant des guerres à l’étranger, en mobilisant des forces par procuration et en intervenant ici et là. Il jouissait du « splendide isolement » des îles britanniques et subissait rarement les conséquences de ses manigances perfides. Mais à l’ère des missiles hypersoniques à guidage de précision et des missiles de croisière à portée illimitée, ce splendide isolement n’existe plus.

Les Russes pourraient facilement prendre pour cible l’ensemble des domaines et châteaux du roi Charles, ainsi que la plupart des autres atouts stratégiques du royaume. Il n’existe aucune défense contre les missiles hypersoniques et tout ce qui serait visé pourrait être vaporisé en quelques minutes. Dans ces conditions, est-ce vraiment judicieux de s’opposer à la Russie et d’appeler à une Troisième Guerre mondiale ?

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