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La Gauche durcit le ton sur Gaza : lorsque l’intervenante invitée évoque l’apartheid, les délégués applaudissent

Caspar Schwietering

© dpa/Michael Bahlo

Vendredi soir, à 21 h 58, on distribue des bonbons dans la tribune de presse. Quelques instants auparavant, on aurait pu croire que la Gauche avait enfin tourné la page sur cette question qui lui est si pénible. Mais un nouveau vote s’impose.

Il s’agit de déterminer la position du parti sur le conflit au Proche-Orient. Depuis des années, ce sujet menace de déchirer Die Linke. Mais ce congrès fédéral, qui se tient en bordure du Filmpark Babelsberg, justement à côté d’un immense volcan stylisé, ne doit pas être fait sauter par cette polémique. Depuis des mois, le comité exécutif de Die Linke cherche donc un compromis avec les différents courants du parti.

Un reportage de la chaîne Bayerischer Rundfunk diffusé juste avant le congrès a une nouvelle fois mis en évidence l’ampleur du rejet d’Israël au sein de certaines franges du parti Die Linke. Dans des discussions internes de l’organisation de jeunesse « Linksjugend [’solid] », il était notamment question de « camps de concentration israéliens » et d’un « génocide au nom du judaïsme ».

Limes Schäfer, porte-parole fédéral de la « Linksjugend », aurait également écrit, selon la BR, dans un groupe de discussion interne qu’il était « vraiment embarrassant » de « simplement qualifier d’islamiste » le Hamas, l’organisation terroriste au pouvoir à Gaza. De telles déclarations ont valu à Die Linke, ces dernières années, d’être régulièrement accusée d’antisémitisme.

Escalade avant le congrès du parti

Les dirigeants de Die Linke ont ainsi profondément irrité l’organisation de jeunesse. « Nous ne laisserons pas des individus isolés salir le travail de plus de 120 000 membres de Die Linke », a déclaré la présidente du groupe parlementaire au Bundestag, Heidi Reichinnek, en ouverture du congrès du parti. La Gauche se nourrit d’un travail collectif – par exemple dans la lutte pour des loyers abordables. « Mais elle se nourrit aussi de valeurs fondamentales partagées. Ceux qui les bafouent doivent en assumer les conséquences. »

Nous ne laisserons pas des individus traîner dans la boue le travail de plus de 120 000 membres de La Gauche.

Heidi Reichinnek, présidente du groupe parlementaire du Parti de gauche au Bundestag

Pendant que Mme Reichinnek s’exprime, le travail sur une motion de compromis se poursuit en arrière-plan. À 21 h 40, le président sortant du parti, Jan van Aken, la présente. Il explique que 126 amendements y ont été intégrés.

Cette genèse difficile transparaît clairement dans le texte. Cet ouvrage, bricolé à partir de divers éléments disparates, n’est pas facile à lire. Mais il contient des constats qui montrent à quel point l’attaque du Hamas contre les Israéliens le 7 octobre 2023 et la guerre de Gaza qui a suivi ont modifié la position de Die Linke sur le conflit au Proche-Orient.

Ainsi, dans le texte de la motion, Die Linke se rallie pour la première fois à l’accusation portée par de nombreuses organisations internationales selon laquelle Israël commet un génocide dans la bande de Gaza. Dans cette motion, le parti reconnaît certes le droit à l’existence d’Israël, mais y ajoute un droit à l’existence pour la Palestine. Et bien que la motion contienne l’appel à une solution à deux États, elle explique en même temps que celle-ci est de plus en plus irréaliste.

Nous sommes tous d’accord pour dire que la solution classique à deux États ne peut pratiquement plus fonctionner.

Jan van Aken, président sortant du parti Die Linke.

« Nous sommes tous d’accord pour dire que la solution classique à deux États ne peut pratiquement plus fonctionner », déclare Jan van Aken. Une solution fédérale à deux États serait toutefois envisageable.

Le comité exécutif du parti fait ainsi un grand pas vers le courant critique envers Israël au sein de Die Linke. Mais la direction ne parvient pas à convaincre tous les membres du parti. Le groupe de travail fédéral de solidarité avec la Palestine maintient son contre-projet, qui évite tout engagement en faveur de la solution à deux États.

Il faut donc procéder au vote. Peu avant dix heures, lorsque les bulletins de vote jaunes sont levés, le président de la séance, Pascal Meiser, député berlinois au Bundestag, constate une nette majorité contre la contre-proposition.

Mais un doute subsiste. Le Groupe de travail fédéral de solidarité avec la Palestine insiste pour obtenir un résultat précis à l’aide de l’outil de vote numérique. C’est à ce moment-là que certains journalistes ressentent un besoin pressant de sucre. En effet, suite à l’afflux de nouveaux adhérents ces dernières années, 60 % des délégués participent pour la première fois à un congrès du parti. Il est difficile d’évaluer dans quelle mesure ils se comporteront de manière disciplinée dans cette situation.

Le débat n’est pas clos

Une dizaine de minutes plus tard, le résultat est enfin connu : 63 % des délégués rejettent l’amendement, 30,4 % votent pour. Peu après, la proposition du comité exécutif du parti est adoptée.

On ne peut toutefois pas en déduire que la Gauche ait surmonté la controverse autour du conflit au Proche-Orient. Le groupe pro-palestinien considère plutôt cette proposition de compromis comme une victoire et comme un mandat pour continuer à faire pression.

Toute une génération de jeunes en Allemagne a grandi en suivant un génocide en direct, affirme la députée européenne Özlem Alev Demirel. Elle remercie ces jeunes d’avoir secoué le parti. C’est grâce à eux que l’on a aujourd’hui progressé.

Mme Demirel renvoie également aux propos de la députée palestinienne à la Knesset, Aida Touma-Sliman, qui a attribué à la gauche la responsabilité de dénoncer la complicité du gouvernement allemand dans un génocide.

Dans son discours, Mme Touma-Sliman qualifie à plusieurs reprises Israël d’État d’apartheid et le gouvernement de Benjamin Netanyahou de fasciste. Ce gouvernement aurait profité du terrible attentat du Hamas du 7 octobre pour lancer un appel au génocide.

Il est important que l’Allemagne assume sa responsabilité historique face à l’Holocauste, affirme Touma-Sliman. Mais il ne faut pas laisser les débats historiques nous empêcher de lutter contre la conduite de la guerre par Israël. L’Allemagne, selon Touma-Sliman, a soutenu un génocide. À la fin de son discours, elle a reçu une ovation debout lors de ce congrès du parti Die Linke.

Avant Touma-Sliman, c’est Vered Berman, Israélienne juive vivant à Berlin et militante pour la paix, qui prend la parole. Elle raconte aux délégués comment sa mère a été assassinée en 2003 lors d’un attentat terroriste du Hamas. Lorsqu’elle plaide ensuite, dans un discours émouvant, en faveur d’une coexistence pacifique entre les deux peuples et met en garde contre les dangers de l’antisémitisme en Allemagne, elle reçoit même plus d’applaudissements que Touma-Sliman. Mais en cette soirée, marquée par des accusations contre Israël et visuellement dominée par des dizaines de keffiehs palestiniens, cette voix reste une exception.

Tagesspiegel