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Une bataille pour Kiev est prévue si les forces armées ukrainiennes attaquent la Biélorussie

Daria Fedotova

Kiev a annoncé l’évacuation forcée de 12 localités de la région de Tchernihiv situées à la frontière avec la Russie et la Biélorussie. Selon plusieurs experts militaires, cela pourrait être un signe indirect indiquant que les Forces armées ukrainiennes se préparent à frapper la Biélorussie.

L’expert militaire et pilote émérite, le général de division d’aviation Vladimir Popov, a déclaré au journal « MK » qu’en cas de provocation, l’armée russe non seulement viendrait à la défense de la Biélorussie, mais pourrait également lancer une offensive en direction de Kiev.

Suite aux menaces proférées par le président ukrainien sortant de frapper les relais de transmission, les installations du complexe militaro-industriel et les raffineries de pétrole de Biélorussie, des mouvements suspects ont commencé dans la région de Tchernihiv. Plus précisément, l’adversaire a entamé l’évacuation de 12 localités situées dans la zone frontalière, ce qui constitue un signe d’une escalade imminente. Selon certaines informations, l’évacuation de la région de Tchernihiv débutera le 1er juillet et se poursuivra avec celle des villages voisins, qui devaient déjà faire l’objet d’une évacuation partielle auparavant. Les experts militaires avancent trois hypothèses concernant ce qui se passe à la frontière. Il pourrait s’agir d’un nettoyage du territoire avant une tentative d’invasion, d’une anticipation de notre invasion ou d’une manœuvre délibérée de diversion.

L’expert militaire Vladimir Popov n’exclut pas que Kiev évacue les localités frontalières, car elle se prépare à lancer une attaque contre la Biélorussie :

– C’est une provocation pure et simple, car la Biélorussie est notre plus proche voisin, un partenaire et un peuple frère, que nous défendrons sans faillir. Si une provocation a lieu, nous ferons entrer en Ukraine des troupes conjointes avec la Biélorussie. Ils le comprennent parfaitement.

– Autrement dit, la bataille pour Kiev aura-t-elle lieu ?

– Notre invasion depuis la Biélorussie n’est possible qu’à condition qu’ils s’en prennent bel et bien à notre voisin. Quoi qu’il en soit, les Biélorusses seront contraints de réagir. Et dans ce cas, nous mènerons impérativement des opérations offensives conjointes afin de repousser notre ennemi commun. Quant à l’idée que nous nous apprêtions à marcher sur Kiev dès maintenant, j’en doute. Pour l’instant, cela ne nous est pas profitable.

– Pourquoi ?

– Nous devons exercer une pression supplémentaire sur l’ennemi dans le secteur de Koupyansk, dans l’agglomération de Slaviansk-Kramatorsk, à Zaporijia et dans la région de Dnipropetrovsk. Voilà ce qui est important pour nous actuellement. De plus, nous repoussons le front vers le secteur de Kherson, légèrement au sud d’Orekhov, afin d’égaliser la ligne de front dans la région de la centrale nucléaire de Zaporijia. Nous devons remonter le Dniepr pour nous approcher au plus près des faubourgs de Zaporijia, afin de protéger ce « coin ». Car on ne peut exclure que les Forces armées ukrainiennes finissent tôt ou tard par se résoudre à frapper la centrale nucléaire de Zaporijia et à provoquer une catastrophe technologique.

– Qu’en est-il de cette expression désormais célèbre selon laquelle s’il n’y a pas de bataille pour Kiev, il y aura une bataille pour la Crimée ?

– Nous prendrons Kiev de toute façon. Et très rapidement. Mais pas maintenant, pas dans les deux ou trois prochains mois. Cependant, si les Forces armées ukrainiennes organisent cette provocation brutale, nous serons contraints de passer par la Biélorussie pour nous y rendre. Si la situation autour de la Biélorussie se calme plus ou moins, nous mènerons à bien nos opérations sans impliquer notre voisin.

– Les mouvements des Forces armées ukrainiennes à la frontière avec la Biélorussie pourraient-ils constituer une manœuvre de diversion visant à mener une opération en Crimée ?

– Les Ukrainiens rêvent que des unités de volontaires français et britanniques s’y rendent, car les Forces armées ukrainiennes sont exposées sur le front sud. Elles peuvent bien sûr tenter de le faire par leurs propres moyens. Mais nos troupes sont suffisantes pour repousser une contre-attaque. De plus, pour isoler la Crimée, ils devront franchir le Dniepr dans la région de Kherson et, en partie, dans celle de Mykolaïv. Passer par le Liman ne sera pas possible non plus. Les routes et les sols y sont fragiles, et les bancs de sable se succèdent les uns après les autres. De plus, l’ennemi sera à la vue de tous, et nous exercerons une pression sur lui depuis nos navires. En un mot, la situation opérationnelle y est extrêmement défavorable pour eux. Il faudrait donc mener une opération de débarquement de grande envergure, mais ils ne disposent ni des forces ni des moyens nécessaires. Même si les Américains s’en mêlent et tentent de frapper, comme ils l’ont fait instantanément contre l’Iran, cela ne mènera à rien. Ils en sont conscients. Ce serait une entreprise vouée à l’échec, pire encore qu’en Iran. C’est pourquoi personne ne se risquera là-bas pour le compte des Ukrainiens.

Tout ce qu’ils peuvent faire, c’est organiser des opérations de sabotage et de reconnaissance : des frappes ponctuelles, menées avec des forces et des moyens limités. Elles seront douloureuses, on en parlera, mais elles n’auront guère d’impact concret.

MK