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Crise du Golfe, détroit d'Ormuz, Golfe Persique, Iran, Liban
Les récents événements survenus dans le golfe Persique ne doivent pas être considérés simplement comme le prolongement des tensions militaires entre l’Iran et les États-Unis. Ils constituent plutôt la phase initiale d’une rivalité plus large autour de l’ordre de sécurité régional d’après-guerre et de la future gouvernance du détroit d’Ormuz. Alors que la période de négociation de 60 jours se déroule, Washington semble déterminé à redéfinir l’équilibre géopolitique, tandis que l’Iran a élevé la préservation de son rôle dans le détroit d’Ormuz et le maintien d’un cessez-le-feu au Liban au rang de lignes rouges en matière de sécurité nationale.
Nournews : Les récents affrontements dans le golfe Persique sont plus que de simples incidents militaires isolés. Ils s’inscrivent dans le cadre d’un effort plus large des États-Unis visant à façonner l’architecture géopolitique et de sécurité régionale d’après-guerre, ainsi que de la réponse ferme de l’Iran à ce qu’il perçoit comme des exigences excessives de Washington. Le moment choisi pour ces événements, qui coïncide avec le début des négociations de 60 jours prévues dans le protocole d’accord irano-américain, suggère que l’évolution de la situation sur le terrain et le processus diplomatique s’influencent directement l’un l’autre.
Le récent conflit a une nouvelle fois mis en évidence une réalité stratégique fondamentale : le détroit d’Ormuz reste le levier géopolitique le plus important de l’Iran dans les affaires régionales. Malgré des opérations militaires de grande envergure, les États-Unis n’ont pas réussi à neutraliser cet avantage. Même Donald Trump a reconnu que les bombardements militaires ne suffisaient pas à eux seuls à garantir que le détroit resterait ouvert. Tout au long de la crise, l’Iran a démontré à la fois la capacité et la volonté politique d’influencer la situation dans le détroit, ce qui constitue l’une des principales raisons pour lesquelles Washington n’a pas pu atteindre ses objectifs politiques plus larges.
En conséquence, la stratégie américaine semble s’orienter non plus vers une confrontation militaire directe, mais vers une réorganisation de l’équilibre politique, juridique et sécuritaire autour du détroit d’Ormuz. La déclaration commune publiée par les États-Unis et les États du sud du golfe Persique, les propositions relatives à un corridor sud, les efforts visant à internationaliser et à régionaliser les dispositifs de sécurité dans le détroit, ainsi que les récentes activités militaires s’inscrivent tous dans ce cadre plus large. L’objectif va au-delà de la simple garantie de la liberté de navigation ; il s’agit d’établir des accords à long terme qui limiteraient le rôle géopolitique de l’Iran dans la gestion de cette voie navigable d’importance stratégique vitale.
Dans ce contexte, il convient d’accorder une attention particulière à l’article 5 du protocole d’accord signé entre l’Iran et les États-Unis. D’un point de vue stratégique, cette disposition peut être interprétée comme une reconnaissance des droits, des prérogatives et de la position de l’Iran dans tout accord futur régissant le détroit d’Ormuz. Les développements récents suggèrent toutefois que Washington tente de s’écarter de ce cadre en formant des coalitions politiques et sécuritaires et en créant de nouvelles réalités sur le terrain avant la conclusion des négociations, dans l’intention d’intégrer ultérieurement ces réalités dans le processus de négociation.
Dans cette optique, le différend actuel entre l’Iran et les États-Unis ne porte pas fondamentalement sur la question de savoir si le détroit d’Ormuz restera ouvert ou fermé. Il concerne plutôt la question de savoir qui déterminera les futures règles régissant ce passage maritime stratégique. Les récentes attaques contre des navires commerciaux, les opérations de représailles et les efforts visant à modifier l’architecture de sécurité du golfe Persique doivent donc être compris non pas comme des incidents isolés, mais comme les éléments d’une stratégie plus large visant à redéfinir l’équilibre géopolitique régional.
Dans ces circonstances, si un deuxième cycle de négociations devait avoir lieu, il serait probablement fortement influencé par les développements en cours dans le golfe Persique. Des questions telles que le détroit d’Ormuz, la sécurité maritime et le cessez-le-feu au Liban devraient occuper une place de plus en plus centrale dans les négociations. Les indications disponibles suggèrent que les États-Unis cherchent à recourir simultanément à des instruments politiques, sécuritaires et militaires afin d’élargir l’ordre du jour des négociations au-delà du cadre initial du protocole d’accord, en orientant les discussions vers des enjeux régionaux plus larges et en créant ainsi des moyens de pression supplémentaires contre l’Iran avant qu’un accord définitif ne soit conclu.
La réponse de l’Iran, en revanche, s’est jusqu’à présent montrée largement défensive et visait à empêcher toute modification de l’équilibre stratégique existant. Téhéran tient les États-Unis pour directement responsables des actions d’Israël au Liban et soutient qu’un cessez-le-feu dans ce pays constitue un élément indissociable de toute résolution durable du conflit. En ce qui concerne le détroit d’Ormuz, l’Iran a constamment démontré qu’il n’avait nullement l’intention de renoncer à ses avantages géopolitiques. Dans ce contexte, si les États du sud du golfe Persique venaient à s’intégrer à la stratégie de Washington d’une manière qui contribuerait à accroître la pression sur l’Iran, ils risqueraient de s’exposer involontairement aux conséquences d’une nouvelle confrontation régionale — un scénario qui ne serait pas conforme à leurs propres intérêts sécuritaires ou économiques.
Bien que la quasi-totalité des principaux acteurs internationaux, à l’exception d’Israël, soient actuellement favorables à la fin du conflit et au rétablissement de la stabilité régionale, la cessation des hostilités militaires ne doit pas être confondue avec la fin de la concurrence stratégique.
Au contraire, la fin des hostilités actives devrait déplacer le principal théâtre de la rivalité du champ de bataille vers la diplomatie, la politique et la géopolitique, où des questions telles que le détroit d’Ormuz et le cessez-le-feu au Liban deviendront les principaux sujets de négociation.
L’expérience des deux guerres les plus récentes a profondément remodelé l’évaluation stratégique de ces questions par l’Iran. Téhéran semble avoir conclu que la préservation de son influence géopolitique — en particulier dans le détroit d’Ormuz — et la garantie d’un cessez-le-feu au Liban, en tant qu’élément indissociable du règlement d’après-guerre, sont directement liées à la sécurité nationale et à la posture de dissuasion de l’Iran. Par conséquent, renoncer à ces positions, même sous une pression politique ou militaire importante, n’est pas considéré comme une option stratégique viable.
En conséquence, toute tentative visant à modifier cet équilibre ou à imposer des arrangements qui affaibliraient ces piliers de la puissance iranienne réduirait non seulement les chances de réussite des négociations, mais pourrait également ouvrir la voie à un nouveau cycle de confrontation, susceptible de déboucher sur une nouvelle guerre. Du point de vue de l’Iran, le détroit d’Ormuz et le cessez-le-feu au Liban ne sont plus de simples sujets de négociation ; ils font désormais partie intégrante des lignes rouges de la sécurité nationale du pays et de sa stratégie de dissuasion au sens large.