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Ibrahim Al-Amine

◄ Les documents de négociation ont été préparés avant le 2 mars… et l’ennemi a refusé de les modifier malgré l’échec de la guerre

◄ L’annexe secrète accorde à l’ennemi le droit de subsister et d’agir tout en exerçant une surveillance étroite sur l’armée

Peu importe les qualificatifs que l’on puisse attribuer à la décision prise par les autorités sous tutelle américano-saoudienne de conclure un accord qui les soumet, cette fois-ci, à une troisième tutelle représentée par Israël. Ce qui importe, c’est que parmi les piliers du pouvoir au Liban, certains n’hésitent pas à entraîner le pays dans une guerre civile, uniquement pour satisfaire les maîtres étrangers qui les ont portés à leurs postes. C’est précisément ce qu’ont fait les présidents Joseph Aoun et Nawaf Salam, accompagnés d’une bande de mercenaires qui ont œuvré à faire adopter un accord de capitulation aux États-Unis.

Les dirigeants de cette autorité ne peuvent prétendre que cet accord a été préparé à la dernière minute. De nombreux éléments indiquent que la plupart des documents relatifs aux négociations directes appelées de ses vœux par Aoun à la fin de l’année dernière étaient en cours d’élaboration par une équipe américaine, en coordination avec Israël et l’équipe libanaise complice de ce crime. Bien qu’on ait affirmé que le texte de l’accord final avait été rédigé au cours des deux dernières semaines, de nombreux éléments indiquent qu’il existait déjà sous forme de brouillons avant même le déclenchement de la guerre.

L’idée fondamentale est que ceux qui ont rédigé ces documents, qui ont abouti à ce qu’on a appelé l’« accord-cadre », agissaient selon un scénario élaboré par les Américains et les Israéliens, partant du principe que la guerre contre l’Iran serait éclair, que le régime s’effondrerait rapidement et que le Hezbollah serait anéanti en peu de temps. Ainsi, l’accord tel qu’il a été conclu correspondait aux résultats hypothétiques de cette guerre insensée.

Dès le déclenchement de la guerre, Aoun s’est empressé de faire ce qu’on attendait de lui, à savoir annoncer sa disponibilité immédiate pour négocier directement avec Israël au plus haut niveau, ce qui a poussé le président américain Donald Trump à proposer une rencontre entre Aoun et le chef du gouvernement ennemi, Benjamin Netanyahou. Tout au long des premières semaines de la guerre, les responsables de l’autorité tutélaire n’ont cessé de répéter ce que les Américains leur transmettaient, à savoir que la guerre était sur le point d’anéantir l’Iran. En contrepartie, Washington a demandé à ses alliés au Liban d’intensifier la pression politique et médiatique contre le Hezbollah, de l’inciter à la haine et de lui imputer la responsabilité de tout ce qui se passait.

Toujours sur le plan stratégique, le gouvernement de l’ennemi avait lancé, par l’intermédiaire de ses centres de recherche, un programme d’action visant à tracer une feuille de route pour démanteler les structures politiques, sociales, sanitaires et financières du Hezbollah au Liban, considérant cela comme une exigence fondamentale après la neutralisation de ses capacités militaires et sécuritaires. C’est ce qu’a souligné l’ancienne coordinatrice des Nations unies au Liban, Janine Hennis-Plasschaert, dans un exposé présenté au Conseil de sécurité de l’ONU, où elle a outrepassé les limites du mandat qui lui avait été confié, et a adopté la vision de l’ennemi sur laquelle travaillait le sénateur sioniste Lindsey Graham avec son équipe libanaise, composée notamment d’Anton Al-Sahnaoui et des « adjoints de l’ambassade » à Beyrouth, afin de démanteler le Hezbollah de manière exhaustive, dans le but de créer les conditions susceptibles d’entraîner l’exil à l’étranger d’une grande partie des chiites du Liban.

Concrètement, l’accord qui a été signé avait été préparé avant le 2 mars, et les dirigeants de l’autorité de tutelle ont refusé de reconnaître les premiers résultats de la guerre, qui ont révélé l’échec du projet américano-israélien tant en Iran qu’au Liban. Il semble toutefois que cette autorité souhaite aller plus loin, ce dont s’est chargé, aux côtés des Américains, l’émissaire saoudien Yazid ben Farhan, qui a renforcé cette orientation au cours des dernières semaines, affirmant à tous ceux avec qui il travaille – politiciens, journalistes et hommes d’affaires – la nécessité de poursuivre la lutte pour le désarmement du Hezbollah. Tous ces acteurs n’ont eu d’autre recours que de lier les dossiers du retrait du Sud, de la reconstruction et de la stabilisation de cette région à une seule condition : le désarmement de la résistance dans tout le Liban.

Et comme cette bataille nécessite plus qu’un accord et des signatures, l’autorité tutélaire, en collaboration avec Israël, s’est efforcée d’intensifier la pression en demandant aux forces politiques libanaises, au premier rang desquelles les « Forces libanaises », de collaborer avec les « chaînes de la discorde » que sont la « Fondation libanaise de radiodiffusion », « Al-Jadeed » et « MTV », ainsi qu’une cohorte de personnalités politiques et de journalistes, afin de lancer une campagne ouverte contre la Résistance et ses armes. Cela ne s’est pas limité à des prises de position politiques, mais a dépassé ce cadre pour intensifier la mobilisation sectaire et confessionnelle, tout en adressant des messages à la Syrie pour qu’elle intervienne en vue d’atteindre l’objectif du désarmement de la Résistance.

L’autorité de tutelle participe à la contre-offensive américano-israélienne contre le protocole d’accord visant à modifier les voies de passage du détroit d’Ormuz, à relancer le débat sur les missiles et les « bras armés » et à dissocier le dossier libanais

Quant aux dispositions et clauses de l’accord, connues de longue date par les parties concernées depuis au moins cinquante jours, elles ne diffèrent en rien de tout ce que l’ennemi exigeait. Mais le plus grave, c’est que l’Autorité a commencé, avant même l’entrée en vigueur de l’accord, à prendre des mesures visant à restreindre la résistance et ses institutions, et à tenter de faire chanter des centaines de milliers de déplacés qui, malgré toutes les tentatives de provocation et de tension auxquelles ont pris part des officiers des services de sécurité officiels, ne se sont laissés entraîner dans aucun affrontement avec qui que ce soit. Le Hezbollah, en particulier, a même modéré sa campagne dénonçant les manquements de l’État à l’aide aux déplacés, et a opté pour une stratégie de soutien discret.

L’annexe secrète et l’obstacle de l’armée

Mais il est frappant de constater que l’Autorité de tutelle ne s’est pas contentée d’approuver les dispositions visant la résistance, d’une part, et visant à démanteler son tissu social et politique, d’autre part, mais qu’elle est allée plus loin en adoptant une stratégie visant à la poursuivre sur les plans sécuritaire et militaire. Après avoir, par le biais de cet accord, mis à mal le principe de la poursuite de l’ennemi pour ses crimes, cette autorité a également accepté de ne pas fixer de calendrier pour le retrait des forces d’occupation. Mais le plus grave réside dans les clauses d’application à caractère sécuritaire et militaire, qui sont restées secrètes. Le problème de l’équipe de l’Autorité de tutelle est qu’elle ignore, ou refuse d’admettre, que les Américains et les Israéliens ne se soucient même pas de préserver la face de ceux qui travaillent avec eux au Liban.

Il est ressorti des faits relatifs aux pourparlers qui se sont tenus à Washington que tout ce discours sur des « négociations difficiles, ardues et impitoyables » n’était qu’une mise en scène, et que la discussion réelle s’est limitée à la tentative de la délégation militaire de régler les choses dans leur cadre concret, en demandant une délimitation précise des zones pilotes, qui devaient se situer d’abord dans les zones occupées, puis dans les zones relevant du champ d’action de la « FINUL », ainsi que sur l’examen de la terminologie et des définitions relatives à ce qui se passe sur le terrain, jusqu’au mécanisme de coordination. L’armée a en effet clairement rejeté toute coordination directe avec l’armée d’occupation et a insisté sur la présence d’un ou plusieurs médiateurs sur le terrain.

Mais en réalité, les dispositions du plan de sécurité opérationnel comprennent une série d’éléments que l’ennemi réclamait depuis le premier jour et qui constituaient, à ses yeux, l’essentiel de l’accord ; parmi ceux-ci figurent notamment :

Premièrement : Israël est seul à déterminer l’étendue des « zones pilotes », sans s’engager à respecter un calendrier, mais en laissant la situation en suspens jusqu’à ce que le Liban ait mis en œuvre tout ce qui lui est demandé, ce qui signifie concrètement l’absence de tout retrait automatique, et subordonne entièrement ces retraits aux besoins israéliens et à l’évaluation des résultats sur le terrain.

Deuxièmement : c’est Israël qui détermine quelles zones relèvent de la zone de sécurité et lesquelles en sont exclues, et c’est elle qui établit le programme que l’armée libanaise est censée mettre en œuvre, tout en garantissant la liberté de mouvement de l’armée d’occupation dans l’ensemble de la zone occupée sous prétexte de faire face aux menaces (lire : détruire davantage de villages et de maisons).

Troisièmement : l’armée mène des missions à l’intérieur des « zones expérimentales » selon un programme établi par Israël et transmis par l’intermédiaire des États-Unis ; cela inclut des cartes et des sites précis qu’il est demandé de traiter et d’éliminer. Ces mesures sont mises en œuvre sous la supervision directe d’une équipe militaire américaine présente sur le terrain au Liban, Israël se réservant le droit de vérifier l’exactitude et les résultats de ces opérations. Pour ce faire, une force militaire israélienne est autorisée à accompagner l’équipe américaine pour inspecter la zone expérimentale ; si Israël estime que la mise en œuvre se déroule de manière satisfaisante, il procède alors au retrait.

Quatrièmement : le retour des habitants dans leurs villages ou le lancement du processus de reconstruction est subordonné à l’achèvement de cette opération, tout retour avant cela étant interdit, et les autorités libanaises sont tenues de mettre en œuvre toutes les mesures requises dans ce cadre.

Cinquièmement : il sera mis en place, sous la supervision des États-Unis, un mécanisme chargé de contrôler en interne la situation au sein de l’armée libanaise, sur la base de renseignements israéliens concernant une longue liste d’officiers et de soldats dont Israël affirme qu’ils sont sous l’influence du Hezbollah ou agissent selon ses directives. Ce mécanisme prévoit l’engagement de l’État libanais à révoquer toute personne refusant de coopérer avec cette commission, pouvant aller jusqu’à la destitution du commandement de l’armée libanaise si celui-ci refuse d’appliquer l’intégralité des clauses de l’accord.

Sixièmement : mettre en place un cadre juridique arabe et international permettant de vérifier la capacité du gouvernement libanais à traquer les transferts de fonds vers le Hezbollah, que ce soit par l’intermédiaire d’institutions ou de particuliers, de rendre public l’ensemble des dossiers relatifs aux transferts financiers et d’empêcher tout flux financier justifié par le soutien à la reconstruction. Il est également proposé de créer un mécanisme de fonds financier placé sous l’autorité du gouvernement libanais et sous supervision américaine, dans le but de vérifier les sources des fonds et de garantir qu’ils ne parviennent à aucune entité liée au Hezbollah.

Le pouvoir dans le cadre d’une contre-offensive américaine

Ce qui s’est passé à Washington n’était pas isolé de ce qui se passe sur le front iranien, car il était clair pour toutes les parties que Washington et Tel-Aviv n’accepteraient pas la mise en œuvre du protocole d’accord avec l’Iran tel quel. C’est pourquoi les deux parties ont pris des mesures laissant entrevoir une volonté de reprendre la guerre contre l’Iran et le Liban, voire contre d’autres pays, parallèlement à l’intensification des menaces à l’encontre de Gaza et aux allusions israéliennes concernant sa disposition à mener une « opération préventive » pour faire face à ce qu’elle considère comme « la montée de la menace turque » en Syrie. De son côté, l’Iran a clairement fait savoir aux médiateurs qu’il abordait les négociations en partant du principe que le protocole d’accord lui-même faisait partie intégrante de la guerre.

Dans ce contexte, Washington, contraint de signer le protocole d’accord, misait sur la possibilité d’orienter l’Iran vers une voie différente en lui offrant des incitations limitées, et estimait que le fait d’autoriser le transfert de plus de 11 milliards de dollars vers Téhéran via des pays arabes avant la signature du protocole pourrait constituer une « carotte » suffisante pour apaiser Téhéran, d’autant plus que l’administration américaine s’était initialement concentrée sur la réouverture du détroit d’Ormuz. Mais après le premier cycle de négociations en Suisse, Washington a lancé une campagne visant à imposer de nouveaux faits accomplis sur le terrain, par le biais d’une offensive de grande envergure qui s’est traduite par les mesures suivantes :

Premièrement : inciter les pays concernés par le détroit à rejeter tout cadre d’accords irano-omanais relatifs à l’avenir de la gestion du détroit d’Ormuz ; la situation a ensuite évolué au point d’en venir à demander aux compagnies de transport de pétrole, de gaz et de marchandises de ne pas respecter les itinéraires définis par Téhéran pour la navigation à destination et en provenance du détroit, tout en s’engageant à assurer une protection militaire à cette circulation.

Deuxièmement : Washington a pris l’initiative de chercher à inclure des points que l’Iran avait refusé d’intégrer dans le protocole d’accord, et ce, par le biais de la déclaration finale de la réunion tenue par le ministre américain des Affaires étrangères, Marco Rubio, avec ses homologues des pays du Conseil de coopération du Golfe. Cette déclaration ne s’est pas limitée au dossier du détroit d’Ormuz et à la sécurité de la région, mais s’est étendue à des dossiers que les États-Unis n’avaient pas osé imposer à l’Iran, parmi lesquels les « missiles balistiques », les « groupes armés » et le « financement » .

Troisièmement : l’accord conclu avec le gouvernement de l’ennemi sur une voie de négociation conduisant concrètement à dissocier le dossier libanais du dialogue irano-américain, par le biais de l’accord de Washington qui a répondu à l’ensemble des exigences israéliennes, tout en accordant au Liban une compensation sous la forme d’une visite du président Joseph Aoun à la Maison Blanche.

Concrètement, les États-Unis peuvent affirmer qu’ils ont réussi, avec Israël et leurs alliés arabes, à obtenir une série de résultats, parmi lesquels la modification des voies de transit dans le détroit d’Ormuz, la transformation du problème de l’ennemi avec le dispositif de défense iranien en un dossier régional relevant des pays du Golfe, ainsi que la transformation du dossier des forces de résistance en un sujet que les pays arabes sont censés traiter en partant du principe qu’il faut s’en débarrasser. Cela s’est traduit concrètement par l’accord-cadre qui a déplacé le cœur du problème de la question de l’occupation israélienne vers celle des armes du Hezbollah.

Étant donné que ce qui s’est passé et se passe encore fait partie de la guerre, l’Iran a décidé de lancer une contre-offensive contre ces violations. Elle a donc pris l’initiative de perturber par des tirs certaines des nouvelles voies de navigation dans le détroit d’Ormuz et a annoncé qu’elle était prête à riposter à toute violation des accords, même si cela devait entraîner la reprise des combats avec les États-Unis. Elle a également fait savoir aux pays du Golfe que le communiqué issu de leurs réunions avec Washington compliquerait le processus de dialogue arabo- – iranien, sans déboucher sur une solution radicale, affirmant qu’elle n’accepterait aucun accord ni arrangement portant atteinte à sa sécurité nationale, et a procédé au bombardement de bases américaines à Bahreïn et au Koweït en réponse à l’autorisation accordée par ces deux pays aux Américains d’agir à nouveau contre l’Iran.

Quant au Liban, Téhéran a fait savoir aux autorités libanaises qu’elle ne reviendrait pas sur les termes du protocole d’accord et qu’elle avait décidé de geler le processus de négociation avec les États-Unis jusqu’à ce que ces points soient réglés. Elle a rappelé aux différentes parties libanaises que le protocole d’accord contenait des bases claires et que le premier cycle de pourparlers en Suisse s’était conclu par un accord sur la création d’un groupe de travail chargé de suivre le dossier de la consolidation du cessez-le-feu au Liban et de définir le calendrier du retrait israélien. Les Iraniens ont précisé que ce groupe de travail se composerait de deux niveaux : le premier, basé à Beyrouth, regrouperait des représentants de l’Iran, des États-Unis et du Liban ; Téhéran a désigné son ambassadeur au Liban, Reza Al-Shibani, comme représentant, tandis que les parties américaine et libanaise nommeraient leurs représentants respectifs, et que Beyrouth serait le siège de ce groupe de travail. Quant au deuxième niveau, ses réunions se tiendront à Doha ou à Islamabad, avec la participation des médiateurs qatari et pakistanais.

Al Akhbar