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Au cours des 72 dernières heures, les attaques réciproques entre l’Iran et les États-Unis, le renforcement militaire accru dans le golfe Persique, la hausse des prix du pétrole et les inquiétudes grandissantes concernant la sécurité du détroit d’Ormuz et du détroit de Bab el-Mandeb ont une nouvelle fois placé une question clé au premier plan de l’analyse stratégique : une nouvelle guerre se profile-t-elle à l’horizon, ou la région entre-t-elle dans une nouvelle phase de dissuasion et de rivalité autour du futur ordre sécuritaire et de la géopolitique de l’énergie ?

Nournews : Au cours des 72 dernières heures, la situation sécuritaire dans le golfe Persique est entrée dans une nouvelle phase. Les frappes réciproques entre l’Iran et les États-Unis, l’escalade des affrontements autour du détroit d’Ormuz, le renforcement du déploiement des forces militaires américaines et la persistance des tensions entre Téhéran et Washington suggèrent tous que la crise a dépassé le stade d’une confrontation maîtrisée pour entrer dans une nouvelle phase.

Dans le même temps, la hausse des prix du pétrole, les risques croissants pesant sur le commerce maritime, les déclarations des acteurs régionaux et internationaux, ainsi que les inquiétudes grandissantes quant à un conflit plus vaste ont une nouvelle fois soulevé la question de savoir si la région est au bord d’une guerre à grande échelle ou si ce qui est en train d’émerger est un nouvel ordre de sécurité régional régi par des règles et des équilibres de pouvoir différents.

Les développements actuels indiquent que l’Asie occidentale s’approche d’un tournant historique. Contrairement aux hypothèses courantes, les événements récents ne doivent pas être considérés uniquement sous l’angle des échanges de tirs entre l’Iran, les États-Unis et Israël, ni à travers les aléas d’un protocole d’accord temporaire. Ce qui se dessine aujourd’hui, c’est une rivalité plus large visant à définir la future architecture de sécurité du golfe Persique et des goulets d’étranglement énergétiques stratégiques mondiaux — une rivalité dont l’issue pourrait façonner l’équilibre des pouvoirs régional, voire l’économie mondiale, pour les années à venir.

Au cours des dernières semaines, une série d’événements apparemment indépendants ont, en réalité, constitué les éléments d’une même équation stratégique : les cortèges funéraires sans précédent, auxquels ont assisté des millions de personnes en Iran et en Irak pour le Guide martyr, qui ont démontré politiquement l’unité nationale et la capacité de mobilisation ; la demande publique persistante d’une riposte aux actes d’agression ; l’escalade des affrontements navals dans le golfe Persique ; le redéploiement des forces navales américaines dans la mer d’Oman ; le soutien politique apporté par le secrétaire général de l’OTAN aux récentes attaques américaines ; la hausse des prix du pétrole et des coûts d’assurance maritime ; les menaces du mouvement yéménite Ansarallah d’étendre le conflit au détroit de Bab el-Mandeb ; et les inquiétudes croissantes des acteurs économiques quant à la sécurité des voies commerciales mondiales. Considérés dans leur ensemble, ces événements brossent un tableau fondamentalement différent de l’avenir de la région.

La réalité est que la stratégie initiale de Washington, consistant à convertir la pression militaire en gains politiques, s’est heurtée à de sérieux obstacles. Si l’objectif des États-Unis était de lancer rapidement des négociations en vue d’un accord global, la mise en œuvre de l’accord initial est elle-même devenue le principal point de discorde. La baisse de la confiance mutuelle, la poursuite des pressions économiques, l’annulation de certaines mesures liées aux exportations de pétrole iranien et la persistance des affrontements militaires indiquent tous que la voie diplomatique est devenue plus fragile que jamais.

L’Iran, quant à lui, cherche à déplacer l’équation de la dissuasion au-delà de la sphère purement militaire pour l’inscrire dans le domaine de la géopolitique énergétique. L’accent qu’il met sur son rôle souverain dans la gestion du détroit d’Ormuz dans le cadre d’un accord conjoint n’est pas simplement une position de sécurité ; c’est un message stratégique selon lequel la sécurité énergétique mondiale ne peut être redéfinie sans reconnaître la position et les intérêts de l’Iran. C’est pourquoi Ormuz n’est plus seulement une voie navigable : il est devenu le levier géoéconomique le plus important de la région.

Dans ce contexte, le Yémen est apparu comme une variable particulièrement importante. Si les menaces d’Ansarallah de s’en prendre aux intérêts saoudiens et de perturber potentiellement le trafic maritime dans le détroit de Bab el-Mandeb se concrétisaient, le monde pourrait, pour la première fois depuis des décennies, être confronté à des crises simultanées affectant deux des artères commerciales maritimes les plus cruciales de la planète. Dans de telles circonstances, les conséquences s’étendraient bien au-delà du Moyen-Orient, affectant les marchés énergétiques mondiaux, les chaînes d’approvisionnement, les coûts du transport maritime, voire l’inflation dans les grandes économies. La hausse des prix du pétrole et l’augmentation des primes d’assurance maritime doivent donc être considérées comme les premiers indicateurs que la crise est entrée dans une phase géoéconomique.

Cette réalité explique également le comportement des grandes puissances et des acteurs régionaux. La Chine recherche la stabilité des voies énergétiques et commerciales mondiales, tandis que la Russie, bien qu’elle se réjouisse de la pression accrue exercée sur les États-Unis, n’a guère intérêt à s’impliquer directement dans une guerre. Les États arabes du golfe Persique se trouvent eux aussi pris entre deux préoccupations majeures : d’une part, ils comptent sur les garanties de sécurité américaines ; d’autre part, toute perturbation dans le détroit d’Ormuz ou le détroit de Bab el-Mandeb pourrait gravement compromettre leurs projets de développement, leurs exportations énergétiques et leurs ambitions économiques plus larges.

En conséquence, contenir la crise et préserver les voies diplomatiques sont devenues des priorités communes à tous ces pays.

Dans le même temps, c’est peut-être à Washington même que se déroulent les événements les plus importants. Le redéploiement des forces américaines et le soutien de l’OTAN aux récentes frappes indiquent que les options militaires restent à l’étude. Cependant, la hausse des prix du pétrole, la pression croissante sur l’économie mondiale, les inquiétudes liées aux perturbations du commerce maritime et les conséquences politiques d’une nouvelle guerre prolongée ont considérablement réduit la marge de manœuvre de Washington. Cette contradiction devrait influencer la prise de décision américaine dans les mois à venir.

Dans ce contexte, l’évolution de la crise peut s’envisager selon trois scénarios possibles.

Le premier est la poursuite de la situation actuelle de « ni guerre, ni paix », dans laquelle des affrontements militaires limités, des pressions économiques, des confrontations maritimes et une guerre de l’information persistent sans qu’aucune des deux parties ne franchisse le seuil d’un conflit à grande échelle. Dans les conditions actuelles, ce scénario semble être le plus probable.

Le deuxième scénario implique une erreur d’appréciation stratégique dans le détroit d’Ormuz, le détroit de Bab el-Mandeb, au Liban ou sur un autre front régional — un incident susceptible de déclencher une chaîne de réactions incontrôlables et d’aggraver considérablement la crise. Dans un tel cas, l’enjeu ne se limiterait plus à la sécurité régionale ; l’économie mondiale deviendrait l’une des principales victimes du conflit.

Le troisième scénario — peut-être le plus difficile sur le plan politique, mais en fin de compte le plus rationnel — est l’émergence d’une nouvelle entente fondée sur les réalités du terrain et les revendications légitimes de l’Iran. Un tel accord exigerait que toutes les parties reconnaissent que la sécurité durable dans le golfe Persique, le détroit d’Ormuz et le détroit de Bab el-Mandeb ne peut être assurée en excluant un seul acteur, mais uniquement par la mise en place d’un cadre de sécurité inclusif et piloté au niveau régional.

La réalité stratégique est que le principal enjeu de l’avenir ne tournera plus autour d’une poignée de frappes de missiles ou de plusieurs cycles de négociations. La véritable compétition porte sur la question de savoir qui rédigera les règles du nouvel ordre sécuritaire du golfe Persique. Les États-Unis et Israël semblent déterminés à internationaliser davantage l’architecture de sécurité de la région tout en réduisant le rôle indépendant de l’Iran. Téhéran, en revanche, est déterminé à préserver son contrôle du détroit d’Ormuz, en tant qu’expression de sa souveraineté nationale et élément clé de sa stratégie de dissuasion.

L’Asie occidentale est donc entrée dans une nouvelle phase où les échanges de missiles ne constituent plus qu’un instrument parmi d’autres de cette rivalité. Le principal champ de bataille se situe désormais dans la géopolitique de l’énergie, la sécurité des voies navigables stratégiques et la définition de la future architecture de sécurité de la région. Les décisions prises dans les mois à venir à Ormuz, dans le détroit de Bab el-Mandeb, à Washington, à Téhéran, à Tel-Aviv ou dans les capitales arabes détermineront non seulement le cours de la crise actuelle, mais aussi la nature de l’ordre régional pour les années à venir.

Nournews