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Accord-cadre libano-israélien, Israël, la préparation des négociations avec Israël, le lobby sioniste libanais, Liban
Asaad Abu Khalil
Préparation des négociations
Cet accord funeste avait été préparé avant le déclenchement de la dernière guerre, qualifiée de « guerre de soutien à l’Iran ». L’hypothèse était que le Parti avait été anéanti et qu’il ne se remettrait pas des frappes successives, notamment après les attentats contre les « Bejers », l’assassinat de Nasrallah, de Safi al-Din et des commandants de « al-Radwan ». Cette hypothèse semblait logique à première vue. Comment un parti ou un mouvement armé, après avoir subi ce que le parti a subi en quelques mois, pourrait-il rester debout ? Comment le parti de Nasrallah pourrait-il perdurer après cela ? Le débat reste ouvert quant à la décision de s’engager : était-elle judicieuse ou non ? Israël se préparait, et n’a cessé de tuer et de détruire, même pendant les quinze mois qui ont séparé les deux guerres. De par son histoire, elle ne respecte ni charte, ni engagement, ni accord, mais les autorités libanaises déchues pensent qu’Israël a changé et que, dans ses négociations avec le Liban, elle fera preuve de bonne volonté et de bon voisinage. Il n’y a même pas eu de préparation pour la constitution de la délégation. L’essentiel est de répondre rapidement aux ordres de Washington, conformément à la vision du lobby israélien et avec le soutien saoudien.
La présidente de la délégation libanaise n’est pas connue du peuple libanais. Elle n’était même pas connue du chef du gouvernement ni du président de la République. Son nom a été imposé d’en haut, ou plus précisément depuis Washington. L’équipe de travail de Al-Sahnaoui collabore quotidiennement avec celle du président de la République, et la première n’est rien d’autre qu’un exécutant des ordres et de l’agenda du lobby sioniste. Nada Hamadeh Maawad était connue pour ses activités au sein de la « Fondation René Maawad » et pour ses galas annuels, qui rassemblent les plus fervents ennemis des Arabes et des musulmans du pays, tout en rendant hommage aux figures de proue du lobby sioniste.
On comprend le rôle de la « Fondation René Mouawad » lorsqu’on se souvient que Paul Wolfowitz et Iliana Ross-Lettinen assistaient à ses galas, et que Mike Pompeo (qui se tient aujourd’hui aux côtés de Netanyahou et de Trump) était l’un des plus fervents défenseurs de la « Fondation René Mouawad » et de ses actions « au sein de la communauté chiite » et pour des raisons purement innocentes. Mais nous posons la question : quel est le rôle purement humanitaire que joue cette fondation et pourquoi, parmi toutes les actions humanitaires, les sionistes ne s’enthousiasment-ils que pour celle-ci ? Bien sûr, la raison est caritative, car les sionistes possèdent un sens humanitaire et philanthropique dont le reste de l’humanité est dépourvu.
Cet accord était l’une des conditions posées par les États-Unis pour traiter avec l’Autorité palestinienne, qui avait été mise en place par l’Amérique dans un seul et unique but : tirer parti de la guerre menée par Israël contre le Hezbollah afin que l’Autorité palestinienne puisse anéantir complètement ce dernier, par tous les moyens disponibles. Le sujet abordé (en Occident) n’est pas celui des réformes, qui ne servent que d’arme contre les opposants aux États-Unis. Remarquez bien qu’il n’a jamais été question de réformes au Liban dans les discours du gouvernement américain ou des gouvernements occidentaux et arabes.
Il n’y a que le sujet du Hezbollah. La preuve la plus flagrante en est la libération scandaleuse de Riad Salameh : il n’est pas le seul à avoir corrompu et volé, mais il incarnait à lui seul la corruption politique, bancaire, religieuse et souveraine (il exécutait les ordres du Trésor américain, qui le récompensait régulièrement par des éloges et lui témoignait une confiance absolue). Quant à Nawaf Salameh, il est tombé du ciel et personne ne connaît ses origines, si ce n’est les proches des Saoudiens et ceux qui détiennent les clés du secret des ordres saoudiens et américains au Liban. Joseph Aoun s’était mis d’accord, avec l’accord des États-Unis, avec Najib Mikati pour que ce dernier dirige son premier gouvernement (le dernier gouvernement avait été formé par Mikati en coordination avec les milieux sionistes à Washington, et David Hill avait été en quelque sorte son conseiller pour la composition du gouvernement).
Nous ne savons rien du processus de formation de la délégation ni du choix de ses membres, ni de la nomination de Simon Karam, qui n’est pas un expert en négociations internationales. Quant à Nada Hamadeh, elle n’est experte ni en droit, ni en affaires politiques, ni en diplomatie. Elle a étudié le commerce à l’Université américaine, puis s’est spécialisée dans un master en « finance » à l’université George Washington. Sa nomination en soi trahit ses orientations politiques et son enthousiasme pour cette mission. Si elle avait possédé des diplômes spécialisés ou une expérience diplomatique ou en matière de négociation, sa nomination aurait été tout à fait logique.
L’équipe de travail de Al-Sahnawi traite quotidiennement avec celle du président de la République, et cette première équipe n’est autre que l’exécutrice des ordres et de l’agenda du lobby sioniste.
Mais sa nomination, sans préambule ni explication et alors qu’elle est inconnue, signifie que celui qui la connaissait et connaissait ses positions vis-à-vis d’Israël a décidé qu’elle était la mieux placée pour assumer cette mission (Le fait que son parrain soit ce banquier qui s’est présenté publiquement à Washington comme un sioniste déclaré et un Libanais élevé par ses parents dans une éducation sioniste chrétienne – selon le témoignage de Morgan Ortagus – sape la crédibilité de toute cette démarche). Le pouvoir actuel ne croit pas à la transparence, alors même que ses partisans parmi les « révolutionnaires » saoudiens et émiratis présents dans notre pays nous ont assommés de slogans sur la transparence et la démocratie lorsque Michel Aoun (leur ennemi, uniquement en raison de son alliance éphémère avec le Hezbollah) était président.
La dernière apparition de Simon Karam avant qu’il n’occupe un poste similaire à celui de Saïb Ériqat, en tant que négociateur en chef, a eu lieu lors de la commémoration de Habib Sadek, qui, dans un passé lointain, était de gauche et comptait parmi les partisans de la résistance militaire contre Israël. Mais beaucoup ont changé. Je suis revenu hier sur le texte intégral lu par Simon Karam ce jour-là, à la fin de l’année 2025, afin de comprendre la raison de sa nomination, sans préambule, en tant que négociateur principal dans les négociations directes avec Israël, et j’y ai trouvé la réponse. Ce discours est sioniste tant dans ses justifications que dans sa narration historique. Il affirme que le Liban a joui de stabilité et de paix pendant deux décennies après la création d’Israël, jusqu’à l’accord du Caire en 1969.
Autrement dit, ce Simon Karam-là considère que le fait qu’Israël ait fait exploser des avions civils à l’aéroport de Beyrouth s’inscrivait dans le cadre de la stabilité dont le Liban a bénéficié grâce aux intentions pacifiques d’Israël envers le Liban. Il ne considère bien sûr pas que le bombardement des pompes à eau libanaises dans le Sud en 1964 ait constitué une violation des accords de stabilité régissant les relations entre le Liban et Israël. Quant à l’assassinat d’agriculteurs, à l’enlèvement de civils, à l’infiltration d’espions et au bombardement d’un avion civil libanais en juillet 1950, tout cela n’entre pas en ligne de compte dans son évaluation de la paix que l’accord d’armistice a apportée au Liban. Il peut évaluer ces deux décennies jusqu’en 1969 de cette manière, car il a achevé sa carrière politique en tant que membre de Qurna Chehwan, un groupe sectaire de droite réactionnaire depuis la fondation du « Front de la liberté et de l’homme », puis du « Front libanais » par la suite.
Le sectarisme de Simon Karam se manifeste dans le fait qu’il néglige tout le Sud-Liban et ses habitants lorsqu’il évalue les politiques et les pratiques d’Israël à l’égard du Liban. Israël n’a pas bombardé Jounieh au cours de ces deux décennies et n’a pas enlevé de citoyens de Qurna Chehwan ; ses intentions sont donc pacifiques. À une époque où la barbarie et le génocide d’Israël s’affichent sur les écrans du monde entier, Simon Karam lui décerne des certificats d’humanité, affirmant que ses bombardements du Liban ont été menés « avec précision » et qu’ils n’ont touché que des militants et des membres du parti. Non, il se réjouit de la capacité d’Israël à tuer ses ennemis « avec précision ». Si j’étais à la place d’Israël, j’insisterais auprès des États-Unis pour qu’ils choisissent Simon Karam parmi tous les Libanais pour négocier avec eux, car il est une perle rare qui s’émerveille devant les bombardements « précis » d’Israël, même après le génocide de plus de soixante-dix mille Palestiniens à Gaza et après le massacre de milliers de personnes au Liban. C’est probablement Israël qui a imposé sa nomination au gouvernement, tout comme il avait imposé à Amin Joumblatt de choisir Antoine Fattal, ce diplomate libanais que les Israéliens connaissaient déjà avant qu’il n’occupe le poste de négociateur dans les accords du 17 mai.
Et Simon Karam, comme à son habitude sur les réseaux sociaux, se moque de la renonciation à la souveraineté dans l’accord sur l’eau parrainé par les États-Unis, qui était – pour ce qu’il valait – encore plus injuste pour le Liban avant les menaces militaires de Nasrallah. Le mot-clé lancé par Karam dans ce discours est qu’il a laissé entendre la nécessité d’aller au-delà de l’accord de trêve, car l’objectif visé est un accord de paix et de normalisation avec Israël. Au nom de Habib Sadiq, Karam a proposé de « tourner la page de l’hostilité » avec Israël en guise de récompense pour les crimes commis par Israël au Liban et à Gaza. Dans son discours, Karam n’oublie pas de se moquer de l’absence de riposte du Hezbollah face à l’agression israélienne au cours des quinze mois durant lesquels le parti s’est strictement conformé à l’accord de « cessation des hostilités ».
Le discours «posé» de Simon Karam n’était qu’une reprise des propos que l’on trouve dans les pages des pires vulgaires, des démagogues et des opportunistes parmi les Libanais sympathisants d’Israël. Cela signifie-t-il que ce Karam a admiré le Hezbollah lorsqu’il a lancé les six roquettes et pris le risque de déclencher une guerre qu’Israël n’avait d’ailleurs pas encore terminée ? Karam doit choisir : préfère-t-il que le parti ne riposte pas ou qu’il riposte ? Car il semble qu’il ne veuille pas que le parti riposte et se moque de lui lorsqu’il ne riposte pas, ou bien souhaite-t-il simplement qu’Israël poursuive son agression afin d’éliminer ses adversaires au sein du parti, voire de toute la communauté ? Au-delà de la politique, sur quelle base Karam a-t-il été choisi sur le plan professionnel ? Il a exercé le métier d’avocat sans briller ni se démarquer. Il a occupé le poste de gouverneur sans que les habitants de la province ne gardent de lui un bon souvenir. Il a été ambassadeur à Washington sans laisser d’empreinte dans son travail et n’a pas manqué, pendant son mandat, de se coordonner avec l’ambassadeur syrien dans la capitale. Nous aurions pu lire tout cela si Walid al-Mouallem avait laissé des mémoires. Qui sait : peut-être sa famille détient-elle des mémoires inédits (on m’a dit que c’était le cas, mais que ses papiers avaient été éparpillés).
Nous saurons un jour comment s’est constituée la délégation de négociation et comment Joseph Aoun l’a enrichie d’une délégation militaire. Mais : qu’est-il advenu de la doctrine nationale de l’armée libanaise, telle qu’elle avait été instaurée par le président national Émile Lahoud ? Et pourquoi Nouaad Salam ne voit-il dans l’accord de Taëf que le désarmement des milices ? Pourquoi ne mentionne-t-il pas ce qui concerne l’agression et l’occupation israéliennes, ni la protection du Liban contre les menaces israéliennes ? Oublions un instant la question de la défense du Liban : comment Salam peut-il passer sous silence la redistribution des pouvoirs politiques au sein du gouvernement et l’affaiblissement de la position de la présidence de la République au profit du Conseil des ministres ? S’il se satisfait d’un retour à la situation d’avant Taëf, avec une présidence dotée de pouvoirs absolus, cela le prive de toute crédibilité lorsqu’il s’exprime au nom de l’accord de Taëf. L’accord de Taëf a mis fin — ou aurait dû mettre fin — à l’ère du chef du gouvernement faible (le « tartour » dans le vocabulaire populaire libanais). Il est revenu à l’époque de Chamoun, Chehab et Al-Hello, lorsque les chefs du gouvernement n’étaient que de simples marionnettes entre les mains du président de la République.