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Juan Cole

Photo du mausolée de l’imam Reza, à Mashhad, par Moslem Daneshzadeh sur Unsplash

Les cérémonies funéraires, qui se sont étalées sur plusieurs jours, en l’honneur du guide suprême iranien assassiné, l’ayatollah Ali Khamenei, se sont achevées la semaine dernière après quatre étapes. Lundi, une foule immense a défilé dans les rues de Téhéran. Mardi, le cercueil de Khamenei a été transporté vers la ville sainte iranienne de Qom, haut lieu de la vie séminariste. Mercredi, il a été transporté à Najaf et à Karbala, en Irak, où, là encore, des foules immenses ont rendu hommage au religieux disparu. La plupart des Irakiens n’acceptent pas la doctrine théocratique de la « tutelle du jurisconsulte » mise en avant par son prédécesseur, Ruhollah Khomeini, mais nombreux sont ceux qui honorent l’autorité des grands érudits et jurisconsultes chiites. La conviction des think tanks de droite à Washington, D.C., selon laquelle les chiites irakiens se détournent de l’Iran s’est avérée erronée.

Khamenei était un chef religieux majeur, suivi ou du moins admiré par de nombreux chiites à travers le monde — en Iran, en Irak, au Liban, dans le Golfe, en Afghanistan, au Pakistan et en Inde, entre autres, ainsi qu’aux États-Unis, au Canada, à Trinidad, en Argentine et dans d’autres pays des Amériques.

Honorer, pleurer et faire le deuil des martyrs est au cœur de la piété chiite, et les funérailles de Khamenei s’inscrivaient pleinement dans ces traditions.

Le public américain, nourri de propos insipides et largement maintenu dans l’ignorance par ses « médias d’information », ignore totalement l’ampleur de la haine que ces croyants éprouvent à son égard à la suite de l’assassinat de Khamenei.

Jeudi, Khamenei a été inhumé au mausolée de l’imam Reza, dans la ville de Mashhad, à l’est de l’Iran.

Ces cérémonies funéraires ont été marquées par l’émotion collective et l’autoflagellation. Pour les pieux, les États-Unis et Israël avaient assassiné un grand chef spirituel. Mais même pour les nationalistes aux idées plus laïques, la mort de Khamenei a été perçue comme un affront aux sentiments nationalistes et a attisé le ressentiment envers l’impérialisme occidental.

Al Jazeera rapporte, à propos de ces cortèges et rassemblements, que parmi tout ce noir, on pouvait également voir des pancartes rouges appelant à la vengeance sanglante contre les auteurs de l’assassinat de Khamenei. Le « tha’r », ou vengeance sanglante, est le droit d’une tribu dont l’un des membres a été assassiné par un membre d’une autre tribu d’exiger la mort de l’auteur du crime.

Certains participants au deuil parmi la foule de Mashhad ont scandé des slogans contre les dirigeants civils iraniens actuels, notamment le président Masoud Pezeshkian, le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi et le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, pour avoir engagé des négociations avec les assassins de Khamenei. Selon le journal britannique al-Quds, ils ont scandé : « Négocier avec l’ennemi, c’est trahir la nation. »

Ces trois hommes politiques ont, dans une certaine mesure, pris les rênes de la politique étrangère iranienne depuis l’assassinat de Khamenei. Aucun d’entre eux n’est un religieux, et de nombreux conservateurs les considèrent comme trop libéraux et trop enclins à conclure un accord avec l’administration Trump.

À un moment donné, le ministre des Affaires étrangères Araghchi a dû être encerclé par ses gardes du corps alors qu’il marchait aux côtés des personnes venues rendre hommage au défunt, lorsque certaines d’entre elles ont commencé à scander des slogans le qualifiant de traître ayant vendu son pays, tandis que d’autres jetaient des bouteilles d’eau et des pierres dans sa direction.

La presse américaine qualifie ces personnes de « partisans de la ligne dure », comme s’il était déraisonnable de leur part d’être indignés qu’un pays étranger ait abattu leur dirigeant sans crier gare depuis les airs. Dans ce contexte, les « partisans de la ligne dure » désignent toute personne qui ne s’incline pas devant Washington et Tel-Aviv et n’accepte pas leur hégémonie politique. Les grands journaux américains relaient désormais la propagande israélienne selon laquelle l’Iran voudrait assassiner Donald Trump par vengeance. Beaucoup d’Iraniens aimeraient bien que cela arrive, et certains l’ont même réclamé lors des cérémonies funéraires, mais les assassinats de chefs d’État relèvent davantage de la politique israélienne que de la politique iranienne.

À un moment donné, la télévision d’État iranienne a coupé le son lors de sa couverture des funérailles à Mashhad afin d’empêcher la diffusion de ces messages incendiaires. Cette mesure a elle-même fait scandale, poussant les conservateurs au Parlement à protester contre la censure.

Al-Quds cite également l’agence de presse iranienne Khabar Online, qui déplore que les funérailles de Khamenei n’aient pas été un moment d’unité nationale, et critique ceux, parmi la foule, qui ont tenté de s’en servir à des fins politiques en s’en prenant à des responsables de l’État.

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