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élimination du Hezbollah, Joseph Aoun, le président libanais, Liban, mandat américano-saoudien, Nawaf Salam

Ibrahim Al-Amine
L’une des ironies qui ne fait que refléter la détermination du président de la République Joseph Aoun à poursuivre son projet de normalisation avec l’ennemi est qu’il a décidé, dans la conduite des négociations directes, de garder ce dossier entre ses mains, en s’appuyant sur un soutien américain – saoudien, ainsi qu’à l’article 52 de la Constitution qui confère au président de la République le droit de mener les négociations en accord avec le chef du gouvernement, sans avoir à saisir le Conseil des ministres, sauf en cas de conclusion d’un accord nécessitant une signature, compte tenu de ses effets concrets qui concernent les ministères et les institutions de l’État.
Aoun, qui a accédé à son poste grâce à un mandat américano-saoudien axé sur la mission fondamentale qu’il s’est engagé à accomplir en échange de son investiture à la présidence de la République, à savoir l’élimination de la résistance sur la base des résultats de la guerre israélienne contre le Liban fin 2024, est allé encore plus loin. Conscient que le Liban est gouverné sous tutelle étrangère, il s’est mis d’accord avec les Américains et les Saoudiens sur une formule de gouvernance qui l’a conduit, dans un premier temps, à un renversement complet de l’accord de Taëf, en marginalisant la fonction de Premier ministre, profitant de la faiblesse du Premier ministre Nawaf Salam, qui s’est avéré, avec le temps, s’être lui aussi engagé dans la même voie, à savoir l’élimination de la résistance.
Aoun, qui invoque la Constitution pour justifier sa gestion exclusive du dossier des négociations, aurait dû, lui ou son entourage, comprendre que ce texte ne signifie pas que c’est le président de la République qui définit la politique étrangère de l’État. En effet, la Constitution lui a conféré la compétence de mener les négociations, mais ne lui a pas accordé un pouvoir décisionnel portant atteinte à la souveraineté de l’État ou imposant des modifications fondamentales aux lois. À toutes les étapes précédentes qui ont donné lieu à des négociations avec Israël, que ce soit après les guerres de 1993 et 1996, lors de la délimitation des frontières en 2000, lors des négociations sur la résolution 1701 en 2006, puis lors des négociations sur la délimitation des frontières maritimes en 2022, jusqu’à l’accord de cessation des hostilités en 2024, la présidence de la République a été un partenaire essentiel dans la conduite des négociations, même sous l’ancienne tutelle syro-saoudienne ; toutefois, le président de la République coopérait politiquement avec les forces actives du pays et se coordonnait avec les institutions constitutionnelles compétentes, notamment la présidence du gouvernement et les ministères des Affaires étrangères et de la Défense, pour tout ce qui concernait les aspects juridiques et opérationnels.
Cependant, le président, qui se présente aujourd’hui comme le « chef sauveur » cherchant à rétablir les prérogatives du « président maronite » qui avaient été réduites après l’accord de Taëf, ne s’intéresse pratiquement pas aux questions constitutionnelles et juridiques, et ce depuis qu’il était à la tête de l’armée, ce qui s’est traduit par de mauvaises relations avec tous les ministres qui se sont succédé au poste de ministre de la Défense pendant toute la durée de son séjour à Yarzeh. Il traitait en effet le ministre comme un simple « faire-valoir », dont la mission se limitait à signer les dossiers administratifs et financiers relatifs à l’institution militaire, tandis que les contrats militaires qu’il concluait restaient en marge des voies officielles, sans parler des fonds privés qui parvenaient au commandement de l’armée de la part d’entités et de pays arabes et étrangers.
Lorsqu’il a accédé à la présidence de la République, cette approche n’a pas changé. La situation a été aggravée par la révélation de sa position politique réelle et de ses tendances sectaires, ce qui a fait perdre à son mandat, à une vitesse record, le soutien ou la sympathie d’une majorité significative de Libanais. Et si les groupes politiques calculent les pourcentages selon les mécanismes constitutionnels, la réalité sur le terrain révèle clairement que cet homme, malgré tout le tapage médiatique qu’il fait, ne bénéficie que de la confiance d’une poignée de personnes, avec le soutien d’un groupe politico-médiatique-sécuritaire-américain, opérant depuis les États-Unis, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Liban.
Aoun se rend auprès de son maître américain pour solliciter son approbation après avoir signé l’accord de la honte avec Israël, et il emporte avec lui l’engagement de le mettre en œuvre par la force, même si cela devait conduire à une guerre civile.
Aoun ne semble pas vouloir changer de cap ; au contraire, il a récemment renforcé son emprise sur le pays, s’imaginant être le « père des Libanais », comme si personne ne lui disait franchement quelle est sa véritable position, les limites de son pouvoir et les limites de ses connaissances. Et si, au cours de la plupart des mandats, les conseillers ont été des « lèche-bottes », l’équipe de l’actuel président témoigne d’une misère sans précédent dans le monde des conseillers, sachant qu’une seule question suffit à en dire long : d’où les conseillers tirent-ils leurs salaires ?
Aoun, qui a rendez-vous à la Maison Blanche pour rencontrer le « fou du monde » Donald Trump, suit aujourd’hui une formation intensive portant notamment sur la manière de s’adresser au président américain, et répète, en se promenant entre les bureaux ou avant de s’endormir, des formules qui imitent le narcissisme de Trump, agrémentées d’ajouts du genre « je porte la voix du peuple qui aspire à la paix ». Or, en réalité, il ne dispose d’aucun atout susceptible de servir de monnaie d’échange avec le président américain. Et même s’il réitère demain son discours sur la souveraineté du Liban sur l’ensemble de son territoire et exige un retrait israélien rapide et total de tout le Liban, et affirmait avec « fermeté » qu’il dirigeait un nouvel État capable d’imposer son autorité par la force, sans faire de concessions à personne, il sait parfaitement qu’il n’aurait jamais obtenu de rendez-vous avec Trump s’il n’avait pas signé un document qui légitime l’occupation israélienne, voire qui couvre tous les crimes que l’ennemi continue de commettre dans les zones occupées et au-delà.
Bien sûr, la visite d’Aoun s’accompagnera de festivités à la manière libanaise, puisque la « spécialiste des relations publiques », faussement désignée comme ambassadrice du Liban aux États-Unis, Nada Maawad, se prépare à promouvoir l’image de « l’invité d’exception » et collabore avec le lobby libano- – sioniste de la capitale américaine, afin de mobiliser le plus grand nombre possible de personnalités officielles, politiques, parlementaires et médiatiques. Mais surtout, Aoun cherche d’ores et déjà à tirer parti de chaque parole prononcée par Trump au sujet du Liban. Le véritable défi qui se pose à lui est de savoir comment il réagira si Trump décide d’autoriser la présence de journalistes lors de sa réception. Serons-nous alors confrontés à une scène similaire à celle du roi de Jordanie, du président ukrainien ou du chef du gouvernement irakien ?
Le Parlement va adopter une nouvelle loi visant à réglementer les médias au Liban. La presse sera confrontée à de nouveaux défis, qu’elle n’avait plus rencontrés depuis l’époque des services de sécurité, avant l’accord de Taëf. Il ne serait pas étonnant qu’Aoun commence à mettre en œuvre cette « loi répressive » en réalisant ses rêves les plus chers et les ambitions de ses conseillers en « fermant le journal Al-Akhbar » sous l’accusation d’« atteinte à la pudeur »