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par Larry C. Johnson

Alors que les médias occidentaux continuent de présenter les attaques de drones ukrainiens contre la Russie comme des exploits militaires incroyables qui sapent la volonté de combattre de la Russie, la réalité est que la Russie poursuit une campagne implacable de bombardements et de tirs de missiles qui détruit les installations et infrastructures ukrainiennes essentielles, de Kiev à Odessa.

Les 18 et 19 juillet 2026 (principalement dans la nuit du 18 au 19 juillet), la Russie a mené une attaque combinée de grande envergure, mêlant missiles et drones, avec Kiev comme cible principale. Cette opération a été décrite comme l’une des plus importantes salves de missiles balistiques contre la capitale depuis le début de la guerre en février 2022. Selon certaines informations, plus de 40 missiles balistiques (notamment des Iskander-M, des S-400 et peut-être des missiles hypersoniques de type Zircon), ainsi que des missiles guidés lancés depuis les airs (Kh-59/69) et d’autres types d’engins, ont détruit des cibles à travers Kiev. Plusieurs vagues ont frappé la ville en l’espace d’environ 30 à 60 minutes. Par ailleurs, la Russie a lancé entre 90 et 125 drones de type Shahed, Gerbera, Italmas et leurres depuis différentes directions (Russie et Crimée).
La veille, les 17 et 18 juillet, la Russie avait lancé sept missiles et 90 drones sur l’oblast d’Odessa. Parmi ces missiles figuraient deux missiles balistiques Iskander-M, deux missiles antinavires Onyx et trois missiles air-sol Kh-59/69, ainsi que les 90 drones de différents types. Cette attaque a de fait fermé les ports d’Odessa et de Nikolaïev et marque la rupture totale de la Russie avec l’Initiative céréalière de la mer Noire (BSGI), négociée par le secrétaire général de l’ONU António Guterres et le président turc Erdoğan durant l’été 2022.
Après l’invasion de février 2022, la marine russe a bloqué les ports ukrainiens de la mer Noire, tandis que l’Ukraine a miné ses propres approches côtières pour dissuader un assaut amphibie. Au total, plus de 20 millions de tonnes de céréales se sont retrouvées bloquées dans des silos, impossibles à acheminer — l’Ukraine étant l’un des plus grands exportateurs mondiaux de blé, de maïs, d’orge et d’huile de tournesol. Les prix mondiaux du blé ont grimpé en flèche, et les pays les plus exposés étaient les États dépendants des importations alimentaires d’Afrique du Nord, du Moyen-Orient et de la Corne de l’Afrique (notamment l’Égypte, le Liban, la Somalie et le Yémen). L’ONU a explicitement présenté cette initiative comme une intervention face à une crise alimentaire, et non comme une faveur accordée à l’économie ukrainienne.
Parallèlement à l’accord BSGI, l’ONU a signé un protocole d’accord distinct d’une durée de trois ans avec la Russie, s’engageant à faciliter les exportations russes de denrées alimentaires et d’engrais vers les marchés mondiaux. C’est là un aspect souvent oublié… Les denrées alimentaires et les engrais russes n’ont jamais fait l’objet de sanctions occidentales officielles, mais Moscou a fait valoir que les effets secondaires — sanctions contre les banques (notamment les exclusions du système SWIFT), assurances maritimes et accès aux ports — étouffaient ses propres exportations agricoles. Ce protocole d’accord constituait le prix exigé par la Russie pour autoriser la sortie des céréales ukrainiennes et, malgré les plaintes persistantes de Moscou selon lesquelles l’ONU ne tenait pas ses engagements, la Russie n’a pas imposé de blocus jusqu’à présent.
Bien que la Russie se soit finalement retirée de l’initiative BGSI le 17 juillet 2023, déclarant l’initiative caduque et ses garanties relatives à la mer Noire nulles, elle n’a pas pris de mesures pour imposer un blocus total sur Odessa et n’a pas non plus systématiquement attaqué les navires céréaliers entrant et sortant d’Odessa. Les ports d’Odessa et de Nikolaïev ont pu mener leurs activités commerciales normalement, malgré des attaques russes occasionnelles contre le port d’Odessa et ses infrastructures céréalières.
Aujourd’hui, la situation est complètement différente. Le porte-parole de Poutine, Dmitri Peskov, a annoncé il y a deux semaines que la Russie était en guerre contre l’Ukraine et ses alliés de l’OTAN. Il s’agit là d’un changement radical par rapport à la description antérieure du conflit avec l’Ukraine comme une « opération militaire spéciale ». Les attaques intenses et variées menées par la Russie depuis le 6 juillet contre Kiev et d’autres villes clés encore aux mains de l’Ukraine marquent un tournant décisif dans la manière dont la Russie mènera la guerre contre l’Ukraine au cours des semaines et des mois à venir.