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Le dernier projet des États-Unis visant à mettre en place de nouveaux corridors énergétiques relève moins d’une stratégie économique destinée à réduire la dépendance vis-à-vis du détroit d’Ormuz que d’une tentative visant à réaffirmer leur influence politique, à consolider leur présence militaire, à créer une dépendance économique parmi les États de la région et à aligner les infrastructures énergétiques régionales sur les intérêts du régime israélien.
Nournews : Alors que les États-Unis continuent d’apporter un soutien sans faille au régime israélien tout en menant des politiques hostiles à l’égard de la République islamique d’Iran, ils ont simultanément promu des projets de nouveaux corridors de transport d’énergie visant à réduire la dépendance vis-à-vis du détroit d’Ormuz. Plutôt que de constituer une initiative purement économique, cette démarche parallèle reflète la tentative plus large de Washington de redéfinir l’équilibre géopolitique et de consolider son influence à travers l’Asie occidentale.
Dans ce cadre, Tom Barrack, l’envoyé spécial du président américain en Irak, a annoncé un projet qui, selon lui, fait actuellement l’objet de discussions avec la Syrie, la Jordanie, la Turquie, le Liban et l’Égypte. La proposition envisage de faire du détroit d’Ormuz une « voie secondaire » pour le commerce mondial de l’énergie d’ici deux ans. Il a également évoqué l’extension du « Corridor central », qui traverse la Turquie, l’Azerbaïdjan et le Turkménistan pour relier l’Asie centrale à l’Europe.
Parallèlement, lors de la visite du Premier ministre irakien aux États-Unis, le ministre irakien du Pétrole a révélé que Bagdad étudiait la construction d’un oléoduc qui transporterait le brut de Bassorah via Kirkouk vers le port turc de Ceyhan et le port syrien de Baniyas. Bien que Washington présente ces projets sous l’angle du développement économique et de l’extension des infrastructures, les éléments disponibles suggèrent des objectifs qui vont bien au-delà du secteur énergétique.
Une présence militaire sous le prétexte de la sécurité énergétique
Confrontés à des défis croissants liés aux capacités de dissuasion et aux moyens de défense autonomes de la République islamique d’Iran, tout en faisant face à la fin de leur mission militaire en Irak, les États-Unis continuent de chercher de nouvelles justifications pour maintenir leur présence dans la région. Parallèlement, la promesse électorale du président Donald Trump de réduire l’empreinte militaire américaine à l’étranger a créé un dilemme stratégique pour Washington. Rester dans la région entraîne des coûts politiques et sociaux considérables, tandis qu’un retrait signifierait renoncer à une partie de l’influence stratégique dont ils disposent encore.
Dans ce contexte, la relance de projets de transport d’énergie de longue date entre l’Irak et la Syrie et la proposition de nouveaux corridors énergétiques semblent moins répondre à une véritable demande du marché qu’être un moyen de maintenir la présence militaire américaine sous un prétexte économique, une grande partie de la charge financière étant répercutée sur les pays de la région. Le moment choisi pour ces propositions, qui coïncide avec un regain d’instabilité et la réactivation de groupes terroristes dans certaines parties de la Syrie, renforce encore davantage l’impression que la sécurisation de ces projets pourrait servir de prétexte au maintien du déploiement des forces américaines.
L’économie de la dépendance : reproduire l’influence par l’énergie
L’intensification de la concurrence avec les puissances économiques émergentes — en particulier la Chine —, conjuguée à la perte de confiance mondiale dans les politiques américaines, a poussé Washington à adopter de nouveaux instruments pour préserver son influence. Dans cette perspective, les projets énergétiques proposés ne peuvent être considérés simplement comme des initiatives visant à renforcer la sécurité énergétique de l’Europe ou de la région. Ils s’inscrivent plutôt dans une stratégie plus large visant à accroître la dépendance économique des États de la région, notamment l’Irak, vis-à-vis des entreprises, des technologies et des investissements américains.
Ce modèle de dépendance économique s’inscrit dans la lignée de politiques antérieures visant à étendre l’influence américaine par le contrôle des ressources financières et des restrictions imposées à l’accès de l’Irak à une partie de ses réserves de devises étrangères. Dans un tel cadre, le levier économique devient un tremplin pour exercer une influence politique et sécuritaire, affaiblissant progressivement l’indépendance stratégique des États de la région.
Dans le même temps, Washington promeut des programmes d’investissement et des partenariats économiques destinés à établir de nouveaux modèles d’intégration régionale sous la houlette des États-Unis. La participation de pays tels que la Turquie, l’Irak, la Syrie, la Jordanie, le Liban et l’Égypte reflète moins un processus naturel de coopération régionale qu’un effort américain visant à forger des alliances susceptibles d’empêcher l’émergence de mécanismes régionaux indépendants et endogènes.
Les corridors énergétiques : le chaînon manquant du programme de normalisation
À première vue, ces projets sont présentés comme des efforts visant à diversifier les voies de transport de l’énergie et à réduire la dépendance vis-à-vis du détroit d’Ormuz. Cependant, la configuration géographique des corridors proposés, associée à des initiatives parallèles visant à relier les États arabes au régime israélien par le biais de réseaux ferroviaires, suggère des objectifs politiques et sécuritaires bien plus larges.
Washington reconnaît les obstacles majeurs qui entravent la normalisation politique et sécuritaire avec le régime israélien. En conséquence, il cherche à utiliser l’intégration économique, le commerce et les infrastructures de transport pour établir des réseaux d’interdépendance qui, à terme, relieraient les pays de la région aux territoires occupés.
Dans ce cadre, les réseaux énergétiques interconnectés, les ports, les voies ferrées et les couloirs commerciaux deviendraient des instruments permettant d’imposer une forme de coexistence forcée avec le régime israélien — un processus qui, de ce point de vue, fait progresser les objectifs à long terme associés au projet dit « du Nil à l’Euphrate » par des moyens économiques plutôt que militaires.
Réalité géopolitique : le détroit d’Ormuz reste irremplaçable
Malgré la promotion intensive de ces initiatives, les réalités géopolitiques de la région indiquent que le détroit d’Ormuz ne peut être remplacé. En raison de sa position géographique unique, de sa capacité de transit énergétique, de ses infrastructures bien établies et de sa sécurité durable, il restera le goulet d’étranglement énergétique le plus important au monde. Aucune voie alternative n’est en mesure d’égaler son rôle à court, ni même à moyen terme.
De plus, bon nombre des corridors proposés par Washington traversent des zones encore touchées par une instabilité chronique, des conflits internes et une fragmentation politique. La Syrie en est un exemple flagrant : ce pays continue de faire face aux conséquences de la guerre, à la division de facto d’une partie de son territoire et à une insécurité persistante. Investir dans de telles voies de transit relève donc moins d’une décision économique judicieuse que de l’acceptation de risques politiques et sécuritaires considérables.
En revanche, la sécurité durable du golfe Persique et du détroit d’Ormuz a, au cours des dernières décennies, été préservée grâce aux capacités régionales et au rôle responsable joué par la République islamique d’Iran. Par conséquent, toute tentative visant à mettre cette voie navigable stratégique à l’écart ou à la remplacer par des corridors conçus autour de l’intervention américaine et des intérêts du régime israélien manque de viabilité pratique et pourrait exposer la sécurité énergétique et la stabilité économique régionales à de graves risques. De ce point de vue, les pays qui choisissent de participer à ces projets aux côtés des États-Unis et du régime israélien, au détriment des intérêts régionaux de l’Iran, devront inévitablement supporter les coûts politiques, économiques et sécuritaires de cette décision.