Étiquettes

, , , , ,

Les détails inédits de la dernière mission du martyr Shamkhani

NOURNEWS – Les récentes déclarations du ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, qui ont révélé de nouveaux détails sur la journée du 28 février, date à laquelle les États-Unis et le régime israélien ont attaqué la résidence du Guide, ont clarifié une partie des incertitudes entourant l’un des événements les plus marquants de l’histoire de l’Iran, tout en soulevant de nouvelles questions.

M. Araghchi a déclaré que l’attaque américano-israélienne, au cours de laquelle le Guide de la Révolution islamique et plusieurs hauts responsables militaires ont été tués, n’a pas eu lieu pendant la séance plénière du Conseil suprême de défense. Au moment de l’attaque, c’est en effet l’une des commissions subsidiaires du Conseil, présidée par le secrétaire de celui-ci, qui siégeait.

La question centrale reste toutefois de savoir quel ordre du jour avait réuni les plus hauts responsables militaires du pays en ce premier jour ouvré de la semaine.

Selon des rapports documentés, la réunion du samedi matin présidée par le secrétaire du Conseil de défense portait sur deux questions : premièrement, faire avancer un plan global visant à organiser les ressources, les structures et les effectifs, et à acquérir de nouveaux équipements pour gérer les troubles ; et deuxièmement, évaluer des renseignements indiquant qu’une attaque américano-israélienne contre l’Iran était imminente.

La réunion du matin du 28 février 2026 a donc abordé deux dimensions de ce que les responsables considéraient comme une menace coordonnée : la probabilité croissante d’une attaque militaire étrangère et la possibilité de troubles internes qui, d’après l’expérience des émeutes de janvier 2026, pourraient être exploités par des acteurs hostiles en complément d’une action militaire.

Une préoccupation de longue date

Pour comprendre l’importance de cette réunion, il faut revenir sur les années pendant lesquelles le contre-amiral Ali Shamkhani a occupé le poste de secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale. Tout au long de cette période, le Guide a constamment insisté sur la nécessité de minimiser les dommages causés aux civils et aux manifestants lors des épisodes de troubles.

Entre 2017 et 2022, l’Iran a connu plusieurs vagues de manifestations et de troubles. Au cours de ces événements, Shamkhani a souligné à plusieurs reprises que les forces de sécurité devaient gérer les troubles en recourant le moins possible aux balles réelles et en limitant au maximum le nombre de victimes.

Son approche a suscité des critiques.

Ses détracteurs ont fait valoir que son insistance à limiter l’usage des armes à feu avait parfois entravé l’action des forces armées, de la police et des Basij, les exposant à des risques accrus lors des affrontements avec les émeutiers.

Lors de plusieurs réunions, il a été directement critiqué pour avoir restreint le recours à la force alors que les agents de sécurité eux-mêmes étaient attaqués.

Shamkhani a néanmoins défendu sa position. Selon lui, le maintien de la sécurité ne pouvait se faire au détriment de la vie des civils, et la confrontation avec les émeutiers ne justifiait pas un recours inutile à la force létale ni une augmentation du nombre de victimes. Cette approche, selon le rapport, reflétait non seulement son jugement personnel, mais aussi un principe constamment souligné par le Guide.

Des témoignages documentés indiquent que, pendant les périodes de troubles, le Guide examinait personnellement les rapports quotidiens sur l’évolution de la situation, les blessés et les victimes, tout en soulignant à plusieurs reprises la nécessité de protéger les civils.

Cette préoccupation a façonné l’approche de Shamkhani. En tant que secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, il s’est efforcé de veiller à ce que la gestion des crises sociales et sécuritaires, même lorsque les forces de sécurité elles-mêmes étaient attaquées, n’entraîne pas de pertes humaines incontrôlées.

Il a donc soutenu que l’Iran devait poursuivre deux objectifs simultanément : préserver la sécurité et faire face aux menaces tout en minimisant les dommages causés aux civils et aux manifestants.

Janvier 2026 : un tournant

Les événements de janvier 2026 ont porté ces préoccupations à un niveau supérieur.

Les enquêtes officielles ont conclu que des acteurs hostiles avaient joué un rôle central dans la planification et la direction des troubles, dans le cadre d’un effort plus large visant à créer une instabilité interne et des failles de sécurité.

Plusieurs mois plus tard, pendant la guerre des 40 jours, le régime israélien a ouvertement reconnu avoir planifié ces événements. Le président américain a également déclaré que des armes avaient été fournies à des groupes kurdes irakiens en vue de leur transfert vers l’Iran. Selon le rapport, cependant, des preuves de cette opération existaient bien avant ces aveux.

Au cours de la guerre des 12 jours, Israël a également bombardé Shahid Meisami Industries, un site du ministère de la Défense qui semblait au premier abord n’avoir que peu de liens avec la production militaire conventionnelle.

Sa mission principale consistait à développer des équipements permettant aux autorités de gérer les manifestations et les troubles en causant un minimum de dégâts et sans recourir à des armes plus destructrices.

Le rapport soutient que le fait de prendre ce site pour cible indiquait que la stratégie de l’ennemi allait au-delà des opérations militaires conventionnelles. Parallèlement aux attaques extérieures, elle visait à attiser les troubles internes tout en affaiblissant la capacité de l’Iran à gérer de telles crises avec un minimum de victimes.

Considérée dans ce contexte, la frappe contre Shahid Meisami Industries, conjuguée aux aveux israéliens concernant la planification de troubles intérieurs et aux déclarations du président américain sur le transfert d’armes vers l’Iran, a renforcé la conclusion des responsables selon laquelle les événements de janvier s’inscrivaient dans une stratégie plus large de menace hybride combinant action militaire extérieure, déstabilisation interne, failles de sécurité et efforts visant à affaiblir les capacités de gestion de crise de l’Iran.

En conséquence, les responsables ne considéraient plus la répétition de tels événements comme une simple hypothèse théorique. L’Iran, ont-ils conclu, devait se préparer à des crises orchestrées de l’extérieur susceptibles de surgir sur son territoire et de viser à la fois la sécurité nationale et la stabilité sociale.

Pourtant, même dans ces circonstances, la préoccupation concernant les victimes civiles restait primordiale tant pour le Guide suprême que pour Shamkhani. À la suite des troubles de janvier, au cours desquels, selon des témoignages documentés, environ 3 000 personnes ont perdu la vie, tous deux ont considéré que la réduction au minimum du nombre de victimes constituait une priorité encore plus grande.

Par la suite, Shamkhani aurait évoqué ces pertes humaines lors de presque toutes les réunions portant sur des questions sociales ou de sécurité. Pour les deux hommes, la question centrale est devenue de savoir comment l’Iran pourrait répondre aux futures menaces pour la sécurité tout en préservant l’ordre public et en limitant au minimum les pertes civiles.

Sous la direction du Guide suprême, cette préoccupation est devenue une priorité pour l’ensemble des institutions iraniennes chargées de la défense, de la sécurité et du maintien de l’ordre.

Un nouveau plan de gestion des crises

Dans ce cadre, les autorités ont lancé un plan global intitulé « Organisation des ressources, des structures, du personnel et de l’acquisition de nouveaux équipements pour la gestion des troubles ».

Son objectif était de se préparer à de futures crises pouvant coïncider avec des opérations hostiles organisées et des tentatives visant à créer des failles de sécurité à l’intérieur du pays.

Le secrétariat du Conseil de défense a été chargé de superviser le projet. À l’issue d’études approfondies menées par des experts et de consultations impliquant de hauts responsables de la défense, de la sécurité et des forces de l’ordre, un plan global a été finalisé et soumis au Guide.

Après l’avoir examiné, le Guide a approuvé le plan dans son principe et a souligné la nécessité d’une mise en œuvre rapide.

Shamkhani a proposé de transférer la responsabilité de la mise en œuvre au Secrétariat du Conseil suprême de sécurité nationale. Le Guide a toutefois donné pour instruction que le Secrétariat du Conseil de défense, et Shamkhani en personne, restent responsables jusqu’à la mise en œuvre complète du plan.

Des comités spécialisés ont par la suite continué à superviser son exécution.

28 février : deux agendas, une seule menace

Le vendredi 27 février 2026, Shamkhani et plusieurs hauts responsables militaires étaient désormais convaincus qu’une attaque américano-israélienne contre l’Iran était imminente.

Vers 21 h ce soir-là, Shamkhani a transmis au service de presse du secrétariat du Conseil de défense une déclaration évoquant la probabilité d’une attaque conjointe américano-israélienne et la riposte de l’Iran.

Le lendemain matin, la commission subsidiaire du Conseil de défense s’est réunie sous sa présidence.

Les deux points à l’ordre du jour étaient la mise en œuvre du plan global de gestion des troubles et l’évaluation des renseignements indiquant une attaque américano-israélienne imminente.

Bien qu’apparemment sans rapport, ces deux questions portaient sur la même réalité stratégique : l’Iran était confronté à une menace à plusieurs niveaux nécessitant de se préparer à la fois à une guerre extérieure et à des crises de sécurité intérieure.

L’attaque a commencé alors que la réunion était encore en cours.

Le contre-amiral Ali Shamkhani et plusieurs hauts commandants ont été tués lors de cette frappe.

En conséquence, cette réunion, qui devait superviser la mise en œuvre d’un plan visant à réduire le nombre de victimes lors de troubles tout en se préparant à une attaque ennemie imminente, est devenue l’une des dernières sessions de haut niveau avant le déclenchement de la guerre.

Son importance réside précisément dans cette convergence : faire face à un adversaire qui préparerait à la fois une agression militaire extérieure et une déstabilisation intérieure, tout en cherchant simultanément à minimiser les dommages causés aux civils et aux manifestants lors de toute crise future.

Le récit d’Araghchi apporte désormais un éclairage plus précis sur la nature et l’objectif de cette réunion.

Selon ce récit, il ne s’agissait ni d’une séance de routine ni d’une simple discussion technique. Il s’agissait d’une réunion décisionnelle de haut niveau consacrée à la préparation d’une guerre que les hauts commandants militaires estimaient imminente sur deux fronts : l’agression militaire extérieure et les efforts visant à susciter des troubles internes.

Conformément aux instructions du commandant en chef, les responsables ont jugé essentiel de mener à bien tous les préparatifs nécessaires avant le début des hostilités, depuis la préparation militaire face à une attaque extérieure jusqu’au renforcement de la capacité de l’Iran à gérer les crises intérieures tout en minimisant les pertes civiles.

C’est pourquoi la réunion du matin du 28 février 2026 occupe une place si importante. Les hauts responsables militaires iraniens s’étaient réunis pour se préparer à ce qu’ils estimaient être un conflit à plusieurs niveaux, impliquant à la fois une agression militaire étrangère et des tentatives visant à créer une instabilité interne. Avant même que la réunion ne puisse s’achever, l’attaque ennemie a commencé, transformant cet événement en l’un des moments déterminants de l’histoire de la prise de décision nationale en Iran.

Source : Fondation du contre-amiral martyr Ali Shamkhani


NOURNEWS