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Larry C. Johnson

Raffinerie de pétrole de Jazan

Nous assistons à une escalade majeure en mer Rouge dans le cadre de la guerre non déclarée qui oppose AnsarAllah à l’Arabie saoudite, et cela pourrait avoir des répercussions sur la guerre que mènent les États-Unis contre l’Iran. Au moment où j’écris ces lignes, les Houthis ont riposté à une attaque saoudienne contre le port de Hodeidah, contrôlé par les Houthis. Passons donc en revue les événements de cette semaine.

Mercredi 22 juillet, le porte-parole militaire des Houthis, Yahya Saree, a revendiqué une attaque contre deux pétroliers saoudiens, l’Encelia et le Layla, qui transitaient par la mer Rouge, à l’aide de drones et de missiles. La justification avancée était que les navires avaient violé le blocus maritime des Houthis.

L’agence de presse saoudienne SPA, citant un responsable de l’Autorité générale des transports, a confirmé que l’Encelia avait été touché, signalant un incendie à la proue et précisant que tout l’équipage était sain et sauf. L’UKMTO a enregistré le témoignage d’un capitaine indiquant que son pétrolier avait été touché par un projectile inconnu et qu’un incendie s’était déclaré à bord, que l’équipage s’efforçait d’éteindre. L’attaque de l’Encelia est donc confirmée par l’État du pavillon ; celle du Layla n’est pour l’instant qu’une affirmation des Houthis — la SPA n’a fourni aucun détail à ce sujet.

Après l’attaque de l’Encelia (mercredi) et une nouvelle frappe vendredi contre le navire saoudien NCC MASA (dégâts mineurs à la coque, qui a poursuivi sa route vers sa destination selon la SPA), la coalition dirigée par l’Arabie saoudite a frappé Hodeidah, ville contrôlée par les Houthis, tard dans la soirée du vendredi 24 juillet. Al-Maliki a présenté cette intervention comme une « riposte militaire proportionnée contre des cibles militaires légitimes » — des sites utilisés pour menacer la navigation marchande — et a insisté avec force sur le fait que le port lui-même n’avait pas été touché et restait ouvert. Les Houthis voient les choses différemment : Al Masirah affirme que les frappes ont touché des installations de télécommunications de l’État dans la ville de Hodeidah et sur l’île de Kamaran (où une femme a été blessée), tandis que Reuters fait état d’explosions au port. Le ministère des Affaires étrangères houthi a averti que Riyad avait fait de « l’escalade pour l’escalade » la caractéristique principale de la phase à venir et que cette frappe « se révélerait coûteuse ».

Et, comme on pouvait s’y attendre, quelques heures plus tard, les Houthis ont lancé cinq missiles balistiques contre le terminal pétrolier d’ARAMCO situé au port de Jazan, en Arabie saoudite. Les installations de Saudi Aramco à Jazan (également orthographié Jizan) constituent l’un des projets en aval les plus ambitieux et les plus avancés sur le plan technologique de la société : une raffinerie entièrement intégrée, un complexe pétrochimique et un pôle de production d’électricité situés à l’extrême sud-ouest du royaume, sur la côte de la mer Rouge. La raffinerie est une raffinerie à conversion totale, ce qui signifie qu’elle peut transformer du pétrole brut lourd en produits légers à forte valeur ajoutée plutôt que de se contenter de séparer le brut en fractions. Jazan abrite la plus grande centrale électrique au monde fonctionnant par gazéification.

Le complexe de Jazan n’est pas simplement une raffinerie : c’est un écosystème énergétique entièrement intégré qui transforme le pétrole brut en produits raffinés, en produits pétrochimiques, en électricité, en hydrogène et en métaux industriels, tout en minimisant les déchets et les émissions. Il incarne la vision de Saudi Aramco d’un avenir en aval plus intelligent et à faible empreinte carbone, et sert de pilier économique à l’une des initiatives de développement régional les plus ambitieuses du Royaume. En d’autres termes, les Houthis ont frappé un actif énergétique saoudien d’une importance capitale.

La balle est désormais dans le camp des Saoudiens. Vont-ils intensifier les hostilités et attaquer les installations portuaires de Hodeidah, ou décideront-ils de suspendre les opérations militaires et de rechercher une solution diplomatique ? La décision la plus judicieuse serait d’opter pour la voie diplomatique. S’ils choisissent de frapper d’autres cibles sur le territoire contrôlé par les Houthis, la prochaine cible logique de ces derniers serait les terminaux pétroliers de Yanbu. Il existe deux principaux terminaux d’exportation de pétrole brut à Yanbu, en Arabie saoudite. Ces deux terminaux, exploités par Saudi Aramco, traitent la majeure partie des exportations de pétrole brut en provenance du port de la mer Rouge (relié par l’oléoduc Est-Ouest). À eux deux, ils ont une capacité de chargement nominale combinée d’environ 4,5 millions de barils par jour (environ 1,5 million de bpd au nord et 3 millions de bpd au sud). Une attaque qui endommagerait ou détruirait ces terminaux aggraverait la pénurie mondiale de pétrole. Cela promet un week-end pour le moins intéressant.

SONAR21