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Moon Of Alabama

Vendredi 24, les États-Unis ont de manière inattendue mis fin à leur campagne de bombardements contre l’Iran. J’avais l’intuition que c’était le signe de négociations. Cependant, l’Iran a par la suite démenti qu’il y ait eu la moindre négociation avec les États-Unis.

Mais il s’est pour l’instant rallié aux États-Unis en s’abstenant de tirer :

« L’Iran suspendra ses propres attaques tant que les États-Unis feront de même », a déclaré dimanche à Reuters un haut responsable iranien. Cette évolution intervient alors que les États-Unis ont mis leur campagne de bombardements en pause après que les conseillers du président Donald Trump lui ont fait savoir qu’ils étaient à court de cibles et ont exprimé leurs inquiétudes quant à l’épuisement de l’arsenal américain.

Après 13 nuits de frappes aériennes américaines de plus en plus intenses contre l’Iran, le Pentagone a suspendu la campagne vendredi soir ; aucune attaque américaine n’a été signalée ni samedi ni dimanche. L’Iran, qui répondait chaque nuit aux attaques américaines par ses propres frappes contre les pays voisins abritant des bases américaines, a lui aussi cessé le feu depuis deux jours.

Le responsable iranien, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a déclaré à Reuters que la position de Téhéran « reste celle de “frappe pour frappe” : si les attaques cessent, l’Iran mettra également fin à ses opérations. Ce message a déjà été transmis aux États-Unis ».

Des sources américaines affirment que cette suspension a été décidée parce que l’armée était à court de missiles de défense aérienne. Cela a sans doute été le cas. Mais la raison principale est que les frappes américaines contre l’Iran n’ont pas été efficaces. Elles n’ont pas incité l’Iran à changer sa position concernant son contrôle effectif du détroit d’Ormuz. Le détroit est bloqué, le pétrole ne peut pas circuler, et la hausse des prix à la pompe fera perdre des voix au parti de Trump lors des prochaines élections.

L’armée américaine n’a fait qu’une pause momentanée – elle n’a pas mis fin à sa guerre contre l’Iran. Il y a toujours plus de 100 avions ravitailleurs américains au Moyen-Orient, ainsi que des avions de chasse supplémentaires et des unités d’opérations spéciales. Les États-Unis pourraient à tout moment revenir à une escalade totale.

Pendant ce temps, la guerre se poursuit à d’autres niveaux.

Dimanche, en réponse aux frappes saoudiennes sur le port de Hodeidah au Yémen, les forces d’Ansarallah ont attaqué deux raffineries saoudiennes :

Les Houthis yéménites, proches de l’Iran, affirment avoir mené des opérations visant les installations pétrolières de Saudi Aramco dans les villes méridionales de Jizan et Yanbu, selon un communiqué du porte-parole militaire du groupe, Yahya Sare.

Il n’y a pas eu de confirmation immédiate de la part de l’Arabie saoudite, bien que des images montrent des panaches de fumée noire s’élevant dans les airs depuis la raffinerie d’Aramco à Jizan.

L’Arabie saoudite avait auparavant émis de brèves alertes à l’intention des habitants de Jizan et de Yanbu après que les Houthis eurent promis de riposter contre le royaume pour les attaques de cette semaine.

Les deux raffineries sont actuellement encore en feu. Alors que la raffinerie de Yanbu est plus ancienne, le nouveau projet de Jizan (également orthographié Jazan), situé sur la côte de la mer Rouge près de la frontière yéménite, constitue un actif de grande valeur :

En 2006, l’Arabie saoudite a élaboré des plans ambitieux visant à construire une nouvelle ville industrielle à Jazan, à l’extrême sud-ouest du royaume. L’objectif principal de cette initiative, le projet de ville économique de Jazan, était de stimuler le développement économique de la région.

Au cœur du projet se trouve le complexe pétrochimique et de raffinage de Jazan d’Aramco, entièrement intégré — fruit d’un investissement estimé à 21 milliards de dollars — qui, une fois opérationnel, devrait produire à la fois des produits à forte valeur ajoutée et de l’électricité, de manière plus durable.

Aujourd’hui, l’Arabie saoudite a déclaré avoir subi une nouvelle attaque de drones en provenance d’Irak, qui visaient ses installations pétrolières de la côte est. Un incendie a été détecté au site de traitement d’Aramco à Abqaiq, dans le désert oriental saoudien. Il s’agit de la plus grande installation de traitement de pétrole brut au monde.

Les Saoudiens considéreront ces attaques comme coordonnées par l’Iran et menées par ses mandataires. Ces attaques s’ajoutent à la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran et de la sortie de Bab al-Mandeb de la mer Rouge par le Yémen. La production pétrolière de l’Arabie saoudite est fortement réduite. Le pays va connaître une très forte pression.

Un autre incident secondaire s’est produit en mer Caspienne, où une attaque de drone ukrainien a endommagé un navire iranien qui transportait des marchandises vers la Russie. Une telle attaque n’aurait pas pu avoir lieu sans les renseignements fournis par les services secrets américains. Ses effets ne seront toutefois rien de plus qu’un coup de pub pour le président par intérim de l’Ukraine. L’Iran ripostera contre lui le moment venu.

Quelle direction les États-Unis vont-ils prendre à présent ?

L’« USrael » a perdu sa guerre contre l’Iran. Il n’a ni la volonté ni les moyens de vaincre ce pays. La géographie est l’atout de l’Iran. Il peut contrôler le détroit et le flux de pétrole qui y transite, quoi que tentent de faire les États-Unis ou Israël.

Trump l’avait déjà reconnu lorsqu’il avait signé, à la mi-juin, le protocole d’accord. Il a toutefois immédiatement ignoré plusieurs des clauses convenues : Trump a continué à menacer l’Iran, il n’y a pas eu de cesse-le-feu au Liban, le droit exclusif de l’Iran à contrôler le détroit a été ignoré et les avoirs iraniens bloqués par les États-Unis n’ont pas été débloqués.

Peu après, les États-Unis ont rétabli leur blocus sur le trafic iranien et repris leur campagne de bombardements. L’Iran a de nouveau bloqué l’approvisionnement mondial en pétrole en fermant le détroit.

Trump pourrait désormais tenter de rétablir le protocole d’accord tel qu’il avait été convenu il y a six semaines. L’Iran rejettera bien sûr une telle proposition. Il exigera au minimum que les États-Unis respectent TOUTES les clauses du protocole d’accord à la lettre AVANT de rouvrir le détroit d’Ormuz.

Pour se sortir de son dilemme actuel, Trump devra chasser Israël du Liban. Il devra retirer ses forces du Moyen-Orient et débloquer les avoirs iraniens.

Il est difficilement concevable qu’il fasse quoi que ce soit de tout cela.

Cette semaine, le Premier ministre de l’entité sioniste, Bibi Netanyahoo, se rendra à nouveau à Washington pour rencontrer Trump. Son objectif sera de faire à nouveau pression en faveur d’un changement de régime :

« Nous constatons que Trump souhaite parvenir à un accord », a déclaré Danny Citrinowicz, ancien commandant des services de renseignement militaire israéliens et spécialiste de l’Iran à l’Institut d’études de sécurité nationale de Tel-Aviv. « Israël ne veut pas entendre parler d’un accord, il n’y a donc pas de convergence d’intérêts », a-t-il ajouté.

Les dirigeants israéliens préfèrent un retour à la guerre, a-t-il expliqué, car tout accord de paix entre les États-Unis et l’Iran renforcerait le régime de Téhéran qu’ils souhaitent voir renversé.

Ce qui se passe en coulisses entre les deux dirigeants s’est toutefois révélé insondable et parfois surprenant. M. Netanyahu a réussi à influencer M. Trump par le passé, selon les analystes, et il peut être impossible de savoir si les deux hommes sont en désaccord ou de mèche.

Mon hypothèse actuelle est que Trump, sous l’influence israélienne, tentera bientôt une nouvelle intervention militaire. Ce n’est que lorsque celle-ci échouera, comme cela risque fort d’arriver, qu’il sera enfin prêt à admettre sa défaite.

MOA