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Juan Cole

Les treize nuits de frappes menées par l’administration Trump contre l’Iran, notamment contre des ponts et des infrastructures énergétiques, ont été suivies de trois nuits de calme. Les Iraniens, cependant, ne font manifestement pas confiance à Trump pour mettre fin à sa guerre d’agression contre leur pays très longtemps, surtout avec la visite à Washington, D.C., cette semaine, du « chuchoteur de Trump », le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Même Trump se plaint de la campagne bruyante menée par Netanyahu pour le pousser à bombarder des cibles spécifiques en Iran.

Pour montrer ce qu’ils pensaient du bellicisme de Netanyahou à leur encontre, les commandants du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) ont lancé mercredi matin, heure locale, une salve de missiles contre des bases américaines secrètes en Jordanie.

Les alliés de l’Iran, les milices chiites irakiennes (« Unités de mobilisation populaire ») et la milice des « Aides de Dieu » au Yémen, connue sous le nom de Houthis d’après la famille qui la dirige, ont repris la stratégie d’ e propre à Téhéran consistant à riposter aux attaques américaines contre l’Iran en envoyant des drones et des missiles contre les alliés régionaux des États-Unis.

À deux reprises cette semaine, des missiles ont frappé l’immense raffinerie d’Abqaiq, située dans la province orientale de l’Arabie saoudite, provoquant des incendies visibles par satellite et contraignant les Saoudiens à suspendre dans un premier temps la production sur ce site, puis à l’arrêter complètement.

Les États-Unis et l’Arabie saoudite ont imputé la responsabilité des attaques contre Abqaiq aux Forces de mobilisation populaire en Irak. Cette raffinerie assure le raffinage de l’ordre de 7 % à 9 % du pétrole brut mondial. Le pétrole brut est inutilisable tant qu’il n’est pas raffiné en produits tels que l’essence et le diesel. Si l’installation d’Abqaiq ne peut être réparée rapidement et reste hors service, cela entraînera une hausse des prix du pétrole. Les États-Unis et l’Arabie saoudite ont dépêché des avions de chasse pour bombarder des installations des milices chiites tôt mercredi, heure locale.

Par la suite, les « Aides de Dieu » au Yémen ont affirmé avoir également frappé un terminal qui achemine le pétrole de cette raffinerie vers l’oléoduc reliant l’est de l’Arabie saoudite à Yanbu.

À la suite des 13 nuits de frappes menées par Trump contre l’Iran, en violation du protocole d’accord qu’il avait signé au château de Versailles le 17 juin, les Houthis au Yémen ont lancé une campagne contre l’Arabie saoudite et son pétrole.

Samedi dernier, les Houthis ont endommagé une raffinerie située dans le port de Jazan, sur la mer Rouge, obligeant les Saoudiens à retirer 400 000 barils par jour de la production alors qu’ils s’efforcent de la réparer d’ici le 15 août. L’offre internationale est déjà tendue car un milliard de barils ont été retirés du marché ce printemps et cet été en raison de la fermeture du détroit d’Ormuz. Chaque tranche de 400 000 barils par jour qui n’est pas produite et exportée resserre encore davantage ce marché.

L’oléoduc de Yanbu a une capacité de 7 millions de barils par jour. Il transportait 3,5 millions de barils par jour avant que NetanyahUmp ne lance son attaque non provoquée contre l’Iran. Le détroit d’Ormuz étant fermé, les Saoudiens ont détourné 3,5 millions de barils supplémentaires par jour vers cet oléoduc afin de pouvoir les acheminer vers le sud via la mer Rouge, en passant par Bab al-Mandeb, l’étroit passage entre la mer Rouge et le golfe d’Aden qui débouche sur l’océan Indien. Si cet oléoduc venait à être gravement endommagé, les prix du pétrole s’envoleraient.

Photo de Djeddah, port de la mer Rouge, par shahad hassan sur Unsplash

Pour l’instant, les dégâts à Abqaiq et à Jazan semblent relativement mineurs et les deux sites pourraient être remis en service dès le mois d’août. Le message en provenance de Sanaa et de Bagdad est toutefois le suivant : si Trump pense que de nouvelles attaques contre l’Iran n’auront aucune conséquence économique, il se trompe lourdement. Aux États-Unis, le prix de l’essence a légèrement remonté pour dépasser les 4 dollars le gallon lors de la dernière campagne aérienne de Trump contre l’Iran. Il s’élevait à 2,70 dollars avant que Trump n’entraîne le pays dans la guerre sur la parole de Netanyahou et du regretté Lindsey Graham, et de nombreux électeurs de Trump sont durement touchés par ces prix élevés.

Ces prix pourraient encore augmenter considérablement. Les États-Unis, l’Europe et la Chine n’ont évité une flambée dévastatrice des prix du pétrole qu’en libérant leurs réserves publiques et privées, réduisant ainsi leurs stocks à leur plus bas niveau depuis 50 ans. Le système dispose désormais d’une marge de manœuvre bien moindre. Si le détroit reste fermé en grande partie pendant encore deux mois, une pénurie soudaine et sans précédent d’essence et de diesel pourrait se développer très rapidement, surtout si la Chine revient sur le marché.

Les attaques menées par les Houthis et les Forces populaires mobilisées (PMF) irakiennes contre les installations pétrolières saoudiennes pourraient aggraver cette catastrophe imminente.

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