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Les responsables à Beyrouth savent que tout accord avec Israël serait voué à l’échec dès son arrivée au Liban

Aurélie Daher

Le 26 juin, deux délégations officielles — l’une venue d’Israël et l’autre du Liban — ont signé en grande pompe un accord-cadre à Washington. Le secrétaire d’État Marco Rubio, ouvertement enthousiaste, a présenté cet événement comme ouvrant la voie à une « paix et une sécurité durables » entre Beyrouth et Tel-Aviv.

Un mois plus tard, le président Donald Trump a reçu le président libanais Joseph Aoun à la Maison Blanche. Une fois de plus, Rubio s’est félicité de cette visite et a réaffirmé l’objectif de désarmer le Hezbollah et de parvenir à une paix complète et définitive entre le Liban et son voisin du sud.

À l’instar de Tel-Aviv, Rubio privilégie une approche descendante axée sur la force et la coercition. Pour neutraliser à la fois Téhéran et le Hezbollah, ce camp espère combiner une action militaire forte contre le territoire iranien avec une pression maximale sur le gouvernement de Beyrouth. L’objectif est double : contraindre le gouvernement libanais à mettre le Hezbollah sur la touche et séparer définitivement les équations libanaise et iranienne.

Au sein de l’administration Trump, tout le monde n’est pas convaincu que cette feuille de route soit l’approche la plus efficace. Le vice-président JD Vance a clairement indiqué depuis un certain temps déjà qu’il ne croyait plus que les intérêts de Washington et ceux de Tel-Aviv soient parfaitement alignés, et il se prononce ouvertement en faveur d’une désescalade sur le front iranien.

Bien que Vance n’ait pas exposé de vision claire de l’issue idéale qu’il envisage, celle-ci inclurait probablement

un accord avec Téhéran visant à maintenir sous contrôle ses groupes armés alliés au Moyen-Orient — au premier rang desquels le Hezbollah. Soit dit en passant, cela contribuerait à stabiliser les prix du pétrole et le trafic maritime dans le Golfe, tout en empêchant la guerre contre l’Iran de devenir encore plus impopulaire auprès des citoyens américains à l’approche des élections de mi-mandat.

Dans ce contexte concurrentiel, l’effervescence politique et médiatique autour de la question israélo-libanaise offre l’occasion de renforcer les partisans de Rubio et d’Israël au détriment des préférences apparentes du vice-président. Il n’en reste pas moins que le processus israélo-libanais a très peu de chances d’aboutir.

Au Liban, tout d’abord, tout accord avec Israël se heurterait à plusieurs obstacles juridiques et constitutionnels. Le système consociatif, dans lequel le pouvoir est largement réparti entre les trois principales communautés (sunnites, chiites, chrétiens), ne laisse au président qu’une marge de manœuvre exécutive très réduite. Depuis la signature, en 1990, des accords de Taëf, qui ont marqué la fin d’une guerre civile de quinze ans, les communautés religieuses doivent respecter une répartition des pouvoirs qui détermine la légalité des décisions politiques. Si l’article 52 de la Constitution autorise le président à « négocier et ratifier des traités », il ne peut le faire « qu’en accord avec le chef du gouvernement », et la ratification ne sera validée « qu’après approbation par le Conseil des ministres ».

Le problème est qu’aucune décision gouvernementale n’est constitutionnellement valide si elle n’est pas approuvée par toutes les principales communautés. Les partis chiites ayant d’emblée exprimé leur opposition aux termes de l’accord-cadre, il est difficile d’envisager la viabilité d’un quelconque accord futur.

De même, tout accord de paix avec Israël devra en fin de compte être ratifié par le Parlement. Compte tenu de la composition actuelle de cette assemblée, la probabilité que le texte soit approuvé par une majorité de députés est exactement nulle.

Le cadre institutionnel libanais n’est pas le seul problème. La confiance dans la bonne foi d’Israël constitue également un enjeu très problématique. Le 27 novembre 2024, Tel-Aviv et le Hezbollah ont signé un cessez-le-feu. Alors que le Hezbollah l’a respecté jusqu’en mars 2026 (soit pendant près d’un an et demi), Tel-Aviv n’a jamais honoré cet accord : elle a violé l’accord de cessez-le-feu qu’elle avait signé en 2024 plus de 12 000 fois en moins d’un an. Une nouvelle blague a même vu le jour : « Que signifie “cessez-le-feu” en hébreu ? “Ils cessent, nous tirons.” »

La destruction systématique et à grande échelle du sud du pays ainsi que les massacres massifs de civils n’ont pas produit les résultats escomptés par Israël. Tel-Aviv avait idéalement espéré une polarisation de la société libanaise qui mènerait à une guerre civile, dans laquelle les chiites seraient pris pour cible par leurs compatriotes — ou, à tout le moins, que la majorité des Libanais condamnent et excluent définitivement le Hezbollah de la gouvernance.

La campagne brutale de l’armée israélienne a eu l’effet inverse, attisant le feu du Hezbollah plutôt que de l’éteindre. Concrètement, l’armée israélienne a redonné de la légitimité au discours de l’organisation libanaise selon lequel elle a pour mission particulière (quoique auto-attribuée) de défendre le territoire contre l’ennemi du sud.

Cela représente un échec retentissant pour la position pro-israélienne sur cette question. En janvier 2025, les États-Unis et l’Arabie saoudite (avec le soutien d’Israël en coulisses) avaient fait pression sur les partis politiques libanais pour qu’ils élisent le président Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam, censés incarner une « nouvelle ère » pour le Liban. Les nouveaux dirigeants avaient promis haut et fort que les États-Unis s’employaient à transformer l’armée libanaise en une force militaire capable de défendre le territoire national, ce qui rendrait obsolète la rhétorique défensive du Hezbollah. Ils avaient également tenté de rassurer les sceptiques en affirmant que des « relations diplomatiques amicales » suffisaient à dissuader Israël de toute tentative de provocation.

Un an et demi plus tard, non seulement l’armée libanaise manquait toujours de ressources pour mener à bien sa mission, mais elle battait ouvertement en retraite, sur ordre d’Aoun lui-même, face à l’avancée israélienne au printemps 2026. Le Hezbollah, que Tel-Aviv prétendait avoir décimé à l’automne 2024, était de retour au combat dès le mois de mars de la même année. Et rien n’indiquait la présence d’un quelconque « ami du gouvernement libanais » extérieur capable de contenir la force militaire israélienne.

Le soutien initial de Salam, un sunnite, en faveur de pourparlers directs avec les Israéliens à Washington l’a rapidement placé dans une position délicate au sein de sa propre communauté. Si les sunnites libanais peuvent avoir des désaccords internes avec les partis chiites et, en particulier, avec le Hezbollah, la majorité de la communauté reste attachée à son héritage panarabe, pro-palestinien et antisioniste. Cela expliquait la position des élites sunnites, qui, à première vue, semblait incohérente mais qui était en réalité l’œuvre d’un maître de l’équilibre : comme plusieurs députés de la communauté me l’ont expliqué fin mars, ils soutiennent la décision du Premier ministre d’envoyer une délégation à Washington, mais pas l’accord qui en résultera. Certes, il y aurait une loyauté envers le dirigeant, mais pas nécessairement envers le résultat de ses initiatives.

Depuis la signature de l’accord-cadre, Salam a donc discrètement pris ses distances par rapport au processus et s’est lancé dans une tournée visant à nouer des liens plus étroits avec les puissances régionales montantes, en tête desquelles la Syrie et la Turquie. Interrogé sur l’état d’avancement de l’accord, il a tendance à s’irriter et à renvoyer son interlocuteur vers le palais présidentiel.

Pire encore, le chef de l’armée libanaise lui-même, le général Rodolphe Haykal, s’est montré si ouvertement critique que l’administration américaine a demandé à Aoun de le démettre de ses fonctions. Et le jour de la signature, les militaires libanais qui faisaient partie de la délégation ont refusé de figurer sur la photo commémorative.

En d’autres termes, poussées par les États-Unis et Israël au point de défendre des options qu’elles savent elles-mêmes irréalistes, les autorités libanaises se sont rapidement retrouvées à perdre leur légitimité et leur crédibilité auprès de leur propre peuple. Hormis l’extrême droite chrétienne — à savoir le parti des Forces libanaises, héritier de la milice du même nom qui incarnait, pendant les années de guerre civile, une milice brutale ayant collaboré avec Israël —, aucun Libanais ne croit véritablement à ce qui se trame à Washington avec les représentants israéliens.

Cela explique en partie pourquoi le Hezbollah est sorti vainqueur incontestable des élections municipales de 2025 dans toutes les villes où il avait présenté des candidats. Ce retour à la réalité a conduit les gouvernements occidentaux à faire pression sur les partis politiques libanais pour qu’ils reportent de deux ans les élections législatives prévues au printemps 2026.

Il n’est donc guère étonnant que même l’optimisme de Rubio se soit quelque peu tempéré. Commentant la récente visite d’Aoun, il s’est contenté de préciser qu’il ne s’agissait là que du « tout début du début ».

Une chose est sûre : c’est un président libanais plutôt isolé qui s’est envolé de Beyrouth la semaine dernière pour accepter l’invitation de Trump. Dans la plupart des cercles politiques de la capitale libanaise, quelle que soit l’appartenance confessionnelle, le sentiment dominant est le suivant : « Bonne chance, mon cher. Tout sera fini en novembre 2028 ! »

Aurélie Daher est maître de conférences en sciences politiques à l’université Paris-Dauphine PSL. Titulaire d’un doctorat en sciences politiques de Sciences Po Paris (2011), elle a été chercheuse invitée à l’université d’Oxford à deux reprises (2010-2011 et 2016-2017), ainsi que chercheuse invitée à l’université de Princeton, dans le New Jersey (2012-2013). Son ouvrage, *Hezbollah : Mobilization and Power*, a été publié en anglais par Oxford University Press.

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