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L’autocensure est de plus en plus courante et, malgré l’impopularité croissante du gouvernement, les critiques sont étouffées

Jack Sheehan

Donald Trump a menacé d’intervenir dans les prochaines élections de mi-mandat. Photo : Jim Lo Scalzo/EPA/Bloomberg

Les États-Unis traversent une période marquée par des crimes effroyables et des peines sévères. Malheureusement, il n’y a guère de lien entre les deux.

Le second mandat de Trump se caractérise par l’enrichissement personnel, le mépris de la légitimité et une attitude autoritaire envers la dissidence. Le mépris de l’État de droit dépasse tout ce que l’on a pu observer sous les administrations précédentes, y compris celle de Trump lui-même. Le peu de respect qui restait pour le droit international s’est évaporé, les États-Unis se vantant de mener des interventions militaires largement considérées comme illégales en Iran, au Venezuela et en Somalie, entre autres. L’administration se vante d’avoir enlevé un chef de gouvernement en exercice et publie des images choquantes de frappes meurtrières menées contre des navires dans les Caraïbes.

L’ampleur de la corruption au sein de l’administration est vertigineuse. Il serait impossible d’en dresser le bilan dans une chronique vingt fois plus longue que celle-ci. Une partie de ces agissements est techniquement légale, mais la plupart sont manifestement illégaux. Peu importe, car l’État de droit qui les encadrait a cessé d’exister. L’arrêt rendu en 2024 par la Cour suprême des États-Unis, selon lequel le président jouissait d’une large immunité, n’est que la partie émergée de l’iceberg du recul que le système juridique et politique a opéré par rapport à la notion de responsabilité. Souvent, ces deux formes d’illégalité se combinent, comme dans le cas de la disparition des recettes pétrolières vénézuéliennes, un acte de vol colonial qui aurait fait pâlir d’envie le Raj britannique.

La dissidence fait l’objet d’une répression d’une autoritarisme sans précédent depuis des décennies. Alors que la première administration Trump, inexpérimentée, peinait à contrôler un vaste ensemble d’administrations, la seconde sait habilement exploiter ses capacités répressives. Les tactiques musclées utilisées contre les manifestants pro-palestiniens sous Joe Biden ont été étendues, notamment par l’exploitation à outrance du système de contrôle de l’immigration. Certains ont été détenus pendant des mois, tandis que différents tribunaux se disputaient sur leur sort, et d’autres vivent encore dans l’incertitude.

Nulle part cette répression n’est plus évidente que dans la récente affaire Prairieland. À la suite d’une manifestation devant un centre de détention pour immigrés au Texas, neuf accusés ont été condamnés à des peines allant de 30 à 100 ans chacun pour des infractions allant de la dissimulation de documents prétendument incitatifs à une fusillade ayant blessé un agent, qui a survécu. Ces peines exceptionnellement sévères ont été alourdies en les associant au terrorisme. Les juges, Reed O’Connor et Mark Pittman, sont connus pour être des juges de district conservateurs. O’Connor – dont les décisions sont souvent infirmées en appel – a explicitement lié ces peines à la volonté d’envoyer un message à « quiconque partage une idéologie similaire ».

Cette poursuite s’inscrit dans une série de poursuites visant des manifestants, en particulier ceux identifiés comme « antifascistes ». L’année dernière, l’administration a publié la directive de sécurité nationale NSPM-7, qui désigne « Antifa » comme une organisation terroriste nationale, en énumérant un ensemble extrêmement large de caractéristiques pouvant servir de preuves d’appartenance ou de soutien à celle-ci. En juillet, le Département d’État a publié un rapport sur les « groupes de façade et sympathisants » de Cuba au sein de la gauche, accusant Cuba d’avoir infiltré les « plus hautes sphères » du gouvernement américain, un prétexte tant pour la répression intérieure que pour une intervention militaire à Cuba.

Les États-Unis ont une longue histoire d’utilisation des services de police et des administrations chargées de l’immigration comme armes contre la dissidence de gauche. Après la Première Guerre mondiale, les « raids Palmer » ont visé les socialistes, les communistes et les anarchistes en vue de leur arrestation et de leur expulsion. Le FBI, sous la direction de J. Edgar Hoover, qui a occupé ce poste pendant de longues années, était une machine à bafouer les libertés civiles. La « Green Scare » (la « peur verte ») du début des années 2000 a visé les groupes écologistes en leur infligeant de longues peines de prison. À l’époque comme aujourd’hui, la répression gouvernementale va de pair avec la menace d’une violence extrajudiciaire émanant d’une population nombreuse, autonome et armée, sympathisante des objectifs de l’administration. Les sympathisants condamnés pour leur rôle dans l’insurrection du 6 janvier ont été graciés, et l’administration a tenté de les indemniser pour le temps passé en détention.

Trump a associé ces attaques à un assaut impitoyable contre d’autres foyers potentiels de dissidence : les médias et les universités. En s’en prenant à ces deux institutions à la fois par le biais du pouvoir direct de l’exécutif et d’une série de poursuites judiciaires tendancieuses rendues possibles par la transformation du système judiciaire, il en a intimidé bon nombre jusqu’à les contraindre à la soumission. Étant donné que les médias américains sont pour la plupart à but lucratif et dépendent des agences fédérales pour l’approbation des fusions et acquisitions, ils ont également un intérêt économique à se conformer à la ligne officielle. Certains sont par ailleurs détenus par des personnes proches de l’administration. L’autocensure est de plus en plus courante et, malgré l’impopularité croissante de l’administration, les critiques sont plus modérées qu’au cours de son premier mandat.

La présidence n’a cessé d’accumuler des pouvoirs depuis au moins la Seconde Guerre mondiale. Des présidents tels que Richard Nixon et George W. Bush ont testé les limites, en lançant des guerres illégales et en tentant de saboter leurs adversaires politiques. À chaque étape, ils ont sapé les fondements de la stabilité démocratique. Nous sommes aujourd’hui confrontés à une présidence de plus en plus impopulaire, de moins en moins contrainte par le Congrès, la Cour suprême, les médias ou la société civile. Alors que Trump menace d’intervenir dans les prochaines élections de mi-mandat, le pays retient son souffle pour voir si les remparts tiendront bon.

The Irish Times