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La stratégie de l’Iran pour redéfinir un nouveau champ de bataille dans son affrontement avec les États-Unis

NOURNEWS – Les événements qui se déroulent dans la région ne peuvent être analysés uniquement à travers l’opposition binaire entre guerre et négociations. Derrière la crise actuelle se cache une bataille autour du « temps » et de la définition des règles du jeu ; une lutte dans laquelle Trump et Netanyahou sont confrontés à des pressions électorales, tandis que l’Iran cherche à limiter la liberté d’action de ses rivaux grâce à une gestion prudente de la situation.

Les récents développements régionaux ne peuvent être compris en se contentant de se demander si la voie à suivre mènera à la guerre ou à un accord. Bien que cette opposition binaire semble simple et compréhensible à première vue, elle masque une partie importante de la réalité sur le terrain. L’enjeu central aujourd’hui est la compétition pour « définir les règles du jeu », c’est-à-dire déterminer quel acteur peut créer les conditions dans lesquelles son rival sera contraint de prendre des décisions à un moment, en un lieu et dans un cadre qui ne lui sont pas favorables.

Dans ce contexte, le « temps » est devenu une variable stratégique. L’Iran, les États-Unis et le régime israélien cherchent tous à gérer le temps à leur avantage. Cependant, la différence essentielle réside dans le fait que Washington et Tel-Aviv sont confrontés à des pressions liées à leurs calendriers électoraux, tandis que Téhéran peut utiliser ces mêmes contraintes pour modifier l’équilibre du processus décisionnel.

Le comportement récent de l’administration américaine, en particulier de Donald Trump lui-même, concernant les discussions techniques entre l’Iran et Oman sur les modalités de gestion et de surveillance du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz doit également être analysé dans ce cadre. Les efforts déployés par Washington pour faire valoir qu’un éventuel accord entre l’Iran et Oman équivaudrait à la « réouverture du détroit d’Ormuz » constituent en réalité une tentative de franchir rapidement une étape et de transformer une mesure technique et préliminaire en une réussite politique.

Si un éventuel accord entre l’Iran et Oman sur les mécanismes de gestion et de surveillance du trafic maritime pourrait simplement constituer une condition nécessaire pour entrer dans une nouvelle phase, cela ne signifie en aucun cas qu’un accord global a été conclu ou que toutes les questions en suspens ont été résolues. La condition suffisante est la mise en œuvre des engagements acceptés par la partie américaine dans le cadre de l’accord d’Islamabad, y compris les obligations liées à la restitution des avoirs iraniens, à la consolidation du cessez-le-feu au Liban et à la clause concernant le rôle de l’Iran dans la garantie de la sécurité dans le détroit d’Ormuz.

De ce point de vue, la précipitation de Trump à dépasser le stade des négociations techniques entre l’Iran et Oman et à présenter cela comme un succès définitif pourrait être le signe d’une pression temporelle pesant sur l’administration américaine. Washington se trouve dans une situation où il a besoin d’un succès présentable en matière de politique étrangère ; un succès capable à la fois d’atténuer les critiques internes et d’être présenté comme la preuve de la réussite du gouvernement à l’approche des élections législatives. Cependant, la tentative de dissocier une partie du processus d’accord de l’ensemble plus large des engagements réciproques montre que la question centrale reste axée sur la « gestion du temps et l’ordre de mise en œuvre des obligations ».

Le régime israélien traverse également l’une des périodes les plus complexes de son histoire sur les plans politique et sécuritaire. La guerre prolongée, la confrontation persistante sur le front libanais, la pression exercée sur les forces de réserve, les coûts économiques et les préoccupations sociales croissantes ont déplacé la question de l’usure de la sphère militaire vers l’arène politique.

Un récent sondage réalisé par la chaîne de télévision Channel 13 du régime israélien est significatif dans ce contexte. Selon ce sondage, la coalition de droite de Netanyahou obtiendrait 51 sièges, l’opposition anti-Netanyahou en remporterait 58 et les partis arabes en gagneraient 11. Ces chiffres ne constituent pas une prévision définitive du résultat des élections, mais ils indiquent que la position politique de Netanyahou reste fragile et que tout événement en matière de sécurité pourrait influencer le paysage politique.

Dans le cadre du système parlementaire du régime israélien, la formation d’un gouvernement nécessite au moins 61 des 120 sièges de la Knesset. Obtenir 51 sièges signifie que la coalition de droite de Netanyahou, associée aux partis religieux et d’extrême droite, serait encore à 10 sièges du seuil requis. Cette situation montre que même si le camp de droite reste dominant, la formation du prochain gouvernement nécessiterait une construction de coalition difficile et la gestion de divisions internes.

Netanyahu a besoin d’un résultat présentable pour changer cette situation, mais il est pris au piège d’un paradoxe difficile. Poursuivre la guerre sans issue claire pourrait aggraver son érosion politique, tandis que mettre fin à la guerre sans résultat tangible pourrait affaiblir le discours de victoire. Pour cette raison, le temps est devenu moins une opportunité qu’une source de pression pour le Premier ministre du régime israélien.

D’un autre côté, les États-Unis sont également confrontés à leurs propres contraintes. Les élections législatives de mi-mandat du 4 novembre obligeront l’administration Trump à trouver un équilibre entre le soutien à Israël, la nécessité d’éviter de s’enliser dans une guerre coûteuse et le maintien de l’image d’un gouvernement performant en matière de politique étrangère.

Jusqu’à présent, Trump a dû faire face à un double défi : il n’a ni remporté de succès en temps de guerre qu’il puisse présenter au public comme une victoire, ni obtenu de résultat diplomatique définitif à mettre en avant. De plus, une partie importante de sa base politique au sein du mouvement anti-guerre « MAGA », qui l’a soutenu sous les slogans « America First » et d’opposition aux interventions étrangères coûteuses, s’oppose fermement à l’implication des États-Unis dans une nouvelle guerre.

Dans ces circonstances, les intérêts de Washington et de Tel-Aviv ne sont pas entièrement alignés. Israël pourrait avoir besoin d’une action sécuritaire majeure pour redéfinir son environnement politique intérieur, mais Trump doit évaluer les coûts régionaux et nationaux d’une telle initiative.

Toutefois, toute analyse des tendances actuelles reste incomplète si l’Iran n’est pas également considéré comme un acteur actif et influent. Une erreur courante dans l’analyse des développements régionaux consiste à présenter l’Iran comme une simple partie réagissant aux décisions américaines et israéliennes ; or Téhéran, en tant qu’acteur stratégique disposant de multiples outils pour modifier les équations politiques, sécuritaires et économiques, cherche à façonner l’environnement décisionnel de la partie adverse.

La stratégie de l’Iran pourrait reposer sur le principe selon lequel, grâce à une combinaison d’actions efficaces sur le terrain, de diplomatie et d’utilisation intelligente des capacités régionales, il peut alourdir le coût des choix à haut risque pour ses rivaux. L’objectif d’une telle approche n’est pas simplement d’empêcher la guerre ou de parvenir à un accord, mais plutôt de restreindre la liberté d’action de la partie adverse et de modifier ses calculs.

Le détroit d’Ormuz est l’un des exemples les plus évidents de cette logique. L’importance d’Ormuz ne se limite pas au simple transit énergétique ou à une voie maritime ; ce détroit constitue en effet une variable stratégique dans les calculs sécuritaires et économiques de la région. Les discussions entre l’Iran et Oman sur la manière de gérer et de superviser le trafic sur cette voie navigable démontrent que même la sécurité maritime doit être analysée dans un cadre allant au-delà d’une simple question technique.

Dans ce cadre, Téhéran cherche à maintenir un équilibre entre deux principes : d’une part, faire preuve de responsabilité en matière de sécurité régionale et de trafic maritime ; d’autre part, empêcher qu’une mesure technique limitée ne devienne un moyen de passer outre aux engagements réciproques. En d’autres termes, la gestion d’Ormuz s’inscrit dans une équation plus large où le renforcement de la confiance, le respect des obligations et l’équilibre entre droits et responsabilités revêtent une importance capitale.

La valeur d’un levier stratégique ne réside pas toujours dans son utilisation immédiate ; parfois, sa fonction la plus importante est l’impact qu’il exerce sur le comportement et les calculs d’un rival. Tout comme le Liban, les négociations et les autres dossiers régionaux ne sont pas simplement des questions distinctes, ils s’inscrivent également dans une rivalité plus large portant sur la gestion des conditions dans lesquelles les décisions sont prises.

Dans cette perspective, les mois à venir doivent être considérés comme une période de rivalité autour du « temps ». Netanyahu cherchera à modifier l’équation sécuritaire avant les élections ; Trump tentera de concilier les exigences de la politique intérieure américaine avec ses engagements à l’étranger ; et l’Iran s’efforcera de restreindre davantage les options dont dispose la partie adverse tout en conservant l’initiative.

Dans de telles circonstances, le vainqueur n’est pas nécessairement l’acteur qui prend l’initiative en premier ou qui présente la proposition finale ; il s’agit plutôt de celui qui parvient à modifier les règles de la prise de décision de manière à ce que son rival se retrouve face à moins d’options et à des coûts plus élevés.

C’est pourquoi la question centrale concernant l’évolution future de la région n’est peut-être pas de savoir si une guerre éclatera ou si un accord sera conclu, mais plutôt qui sera capable de gérer le temps et de façonner le terrain d’action.

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