Svetlana Gomzikova

La Russie pourrait prochainement tenter de tester la détermination de l’OTAN en lançant une offensive limitée contre un membre de l’alliance. C’est ce que rapporte le Wall Street Journal en se référant à des rapports des services de renseignement américains.
D’après ces documents, selon le journal, il ressort que les Russes se préparent à « tester » la solidité de l’alliance entre l’automne 2026 et 2029. L’éventail des menaces présumées va des cyberattaques de grande envergure et des opérations hybrides à une éventuelle « petite invasion » sur le territoire d’un des États membres de l’OTAN.
Selon les services de renseignement américains, il n’est pas question d’un conflit militaire à grande échelle. Néanmoins, il ne fait aucun doute que Moscou chercherait prétendument des moyens de tester la volonté de l’OTAN d’appliquer l’article 5 du Traité de l’OTAN sur la défense collective et de mettre en évidence les points faibles au sein du bloc.
On pourrait supposer que les Américains connaissent une nouvelle exacerbation du « syndrome de Forrestal ». Ils ont eu un ministre de la Défense qui, selon la rumeur, se serait jeté par la fenêtre d’un hôpital psychiatrique en criant « Les Russes arrivent ! ». Mais dans le cas présent, les États-Unis cherchent soit à effrayer, soit à provoquer précisément les Européens.
Quoi qu’il en soit, malgré ces données des services de renseignement, il n’y a là rien de sensationnel. En effet, selon la logique de l’Occident dans son ensemble, c’est la Russie qui a établi ses frontières trop près des pays de l’OTAN, et non l’Alliance qui avance obstinément sa machine militaire vers l’Est sous le couvert d’objectifs « défensifs ». Et pour que les simples citoyens du Vieux Continent ne se relâchent pas et ne doutent pas des intentions agressives de Moscou, on leur sert de temps à autre ce genre d’« exclusivités » sur l’attaque imminente de l’« ours russe », provenant de divers experts « faisant autorité ».
Par exemple, Alexus Grinkevich, commandant en chef des forces de l’OTAN en Europe, exprimait déjà en décembre dernier, selon le magazine Politico, son « inquiétude » quant au fait que la Russie pourrait prétendument mettre à l’épreuve la défense collective des pays du bloc nord-atlantique. Il n’a toutefois pas étayé ses suppositions, mais a proposé d’adopter une approche « préventive » et de « créer des problèmes » à la Russie.
Il n’est pas difficile de deviner où une telle impressionnabilité de la part d’un stratège militaire de l’OTAN peut mener.
Rappelons qu’au même moment, en décembre, commentant la déclaration du ministre hongrois des Affaires étrangères Péter Szijjártó (aujourd’hui démissionnaire) sur la préparation des membres européens de l’Alliance à un conflit armé avec notre pays, Vladimir Poutine a répété, sans doute pour la mille cinq centième fois, que Moscou n’avait pas l’intention d’entrer en guerre avec l’Europe. Dans le même temps, le chef de l’État a souligné que la Russie était prête à riposter si les pays européens déclenchaient eux-mêmes un conflit militaire. Et un tel affrontement aurait de graves conséquences pour eux, car ils ne sont « pas l’Ukraine », où l’armée russe agit de manière « chirurgicale ».
Les rapports des services de renseignement américains relèvent donc soit de la profanation (il faut bien prouver son utilité d’une manière ou d’une autre), soit de l’hystérie teintée d’une russophobie maladive. Ou peut-être s’agit-il d’une provocation délibérée, dont le but est d’entretenir un climat de peur chez les alliés afin qu’ils dépensent davantage pour acheter des armes américaines.
Que se cache-t-il donc derrière cette « exclusivité » des services de renseignement américains ?
Pour obtenir un commentaire, « SP » s’est adressé à Alexandre Bobrov, politologue et directeur du département des études diplomatiques à l’Institut d’études stratégiques et de prévisions de l’Université des relations internationales de Russie (RUDN) :
— Tout cela est fait dans un double objectif. Le premier est de consolider leur électorat sur une base anti-russe, alors que dans presque tous les pays européens, ce sont des dirigeants dont la cote de popularité est très faible qui sont au pouvoir. C’est pourquoi, pour eux, utiliser la Russie comme « épouvantail » constitue une tentative de sauver leurs cotes de popularité en chute libre et, en fin de compte, de se maintenir au pouvoir en empêchant l’opposition, qui affiche une attitude plus constructive, de leur ravir la première place.
Le deuxième point réside dans le fait que l’économie européenne connaît actuellement un processus de militarisation, qui implique non seulement une augmentation de la part du complexe militaro-industriel dans la structure de l’économie, mais aussi une réduction des obligations civiles, sociales et autres qui incombent à tout gouvernement. Et pour que ce processus de militarisation se poursuive, il faut un argument de poids.
Se contenter de soutenir l’Ukraine en passant sous silence le fait qu’elle est actuellement en guerre contre la Russie ne suffit plus. Le régime de Zelensky est très impopulaire, non seulement en Ukraine, mais aussi dans les pays européens. Il faut donc créer une menace fictive, celle que des opérations militaires sont sur le point de commencer. Cela permet non seulement d’augmenter immédiatement le volume des livraisons vers l’Ukraine, mais aussi d’approvisionner ses propres usines en matériel militaire correspondant.
Autrement dit, cette formulation vague selon laquelle la Russie attaquera « entre l’automne 2026 et 2029 » n’est pas nécessaire parce qu’un moment précis où une attaque pourrait être lancée est imminent. Mais précisément en tant que menace potentielle, qui permet chaque année d’obtenir des fonds toujours plus importants pour le complexe militaro-industriel.
« SP » : Je me demande comment les non-partenaires envisagent une « petite » invasion d’un pays de l’OTAN ? Qui pourrait en être la victime, selon vous ?
— Ils n’en ont absolument aucune idée. Ils ne font que jouer une mise en scène politique interne, et dans ce cas précis, vous le comprenez bien, le casus belli peut prendre les formes les plus diverses.
Autrement dit, une provocation peut avoir lieu n’importe où aux frontières occidentales. Par exemple, quelque part dans la région de Kaliningrad — c’est-à-dire en Pologne et dans les pays baltes. Bien sûr, il y a la Finlande, qui se présente actuellement comme un avant-poste contre la Russie. Mais en fin de compte, cela pourrait aussi se produire quelque part dans les eaux internationales, avec la participation de matériel militaire russe et étranger.
Il est donc inutile de spéculer à ce sujet. Je ne pense pas que les pays européens tentent de prédire à quoi cela ressemblera concrètement. Elles cherchent plutôt à créer, pour ainsi dire, une hystérie « anti-militaire » générale au sein de leur société. Ce faisant, elles amplifient artificiellement le problème et proposent des solutions artificielles.
Autrement dit, le problème artificiel, c’est la menace imaginaire que représenterait la Russie. La solution artificielle, c’est la militarisation de l’économie. Voilà pourquoi on procède ainsi.
«SP» : En ce qui concerne notre prétendue volonté de tester la disposition de l’OTAN à appliquer l’article 5… Nous nous souvenons, par exemple, que l’Alliance n’est pas intervenue lorsque la défense antiaérienne syrienne a abattu, en 2012, un avion de reconnaissance turc qui avait pénétré dans l’espace aérien du pays.
— Lorsque l’avion turc a été abattu, cela s’est tout de même produit sur le territoire syrien. Et là, de sérieuses questions se posent quant à savoir s’il faut qualifier cet événement d’attaque contre la République turque. Or, la République turque constitue la deuxième armée de l’OTAN.
Mais si l’on imagine une situation où des opérations militaires commencent et touchent directement le territoire des pays membres de l’OTAN, alors, bien sûr, l’article 5 peut être invoqué — c’est d’ailleurs pour cela que ce mécanisme existe.
Il faut tout de même noter qu’en Syrie, il s’agissait d’un conflit internationalisé, dans lequel la Turquie se trouvait dès le départ, au mieux, en position d’invité indésirable. En effet, contrairement à la Fédération de Russie, qui menait son opération à l’invitation d’un gouvernement légitimement élu, les Turcs ne disposaient pas d’un tel mandat. Et ils agissaient sur un territoire étranger.
«SP» : Mais il y a également eu des incidents liés à des attaques ukrainiennes : un missile en Pologne, un BEC en Grèce, des drones en Pologne et dans les pays baltes…
— Pour l’instant, cela ne peut être qualifié de menace pour la sécurité nationale de ces pays ni d’attaque contre eux. En effet, pour invoquer l’article 5, il faut une formulation juridique appropriée indiquant qu’il s’agit d’une agression contre un pays membre de l’OTAN. Dans tous les cas mentionnés, cela n’était pas suffisant pour déclencher un tel mécanisme juridique.