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Belen Fernandez

Sous prétexte de rétablir l’autorité de l’État, le plan de Washington exige le désarmement du Hezbollah tout en permettant la poursuite de l’occupation militaire et de la conquête territoriale

Des soldats libanais patrouillent à Zawtar al-Gharbiya le 28 juillet 2026, alors que les habitants reviennent inspecter leurs maisons une semaine après le déploiement de l’armée dans ce village du sud dans le cadre de l’accord sur les « zones pilotes » parrainé par les États-Unis (Joseph Eid/AFP)

Imaginez, un instant, que le pays A mène une occupation illégale du pays B et massacre régulièrement ses habitants malgré un prétendu accord de cessez-le-feu.

Avec un minimum de logique, une résolution de la situation exigerait d’abord que le pays A cesse d’occuper et de massacrer la population du pays B, n’est-ce pas ?

C’est faux – du moins si le « pays A » est Israël, qui ne s’est jamais senti tenu de respecter les normes juridiques ou morales internationales. L’impunité israélienne est particulièrement flagrante dans la bande de Gaza, où la guerre génocidaire menée par Israël a tué au moins 73 375 Palestiniens – soit une personne sur 33 – en moins de trois ans, tandis que des milliers d’autres gisent sous les décombres.

Aujourd’hui, le Liban s’est lui aussi vu attribuer le rôle du « pays B » grâce au soi-disant « cadre trilatéral » signé en juin entre le gouvernement libanais, Israël et les commanditaires génocidaires d’Israël aux États-Unis.

Selon les hallucinations fantaisistes du secrétaire d’État américain Marco Rubio, cet accord « établit un processus clair et structuré visant à rétablir la souveraineté du Liban, à désarmer le Hezbollah et à démanteler son infrastructure terroriste, et à permettre à Israël de revenir à ses frontières une fois que cette menace pesant sur ses citoyens aura été éliminée ».

Peu importe qu’Israël nourrisse depuis toujours des visées prédatrices sur le territoire libanais ; ce n’était d’ailleurs pas un hasard si l’armée israélienne a perpétré une occupation brutale du Sud-Liban pendant 22 ans, qui n’a pris fin qu’en mai 2000, lorsque les Israéliens ont été chassés par le mouvement de résistance libanais dirigé par le Hezbollah (pardon, les « terroristes »).

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a clairement fait savoir qu’il n’avait pas l’intention, cette fois-ci, de voir Israël « revenir à ses frontières ».

Mais Rubio et le reste de la clique impérialiste de Washington se font un plaisir de superviser une quête grotesque de « souveraineté » libanaise tandis que l’occupation s’enracine sur le terrain.

Les « zones pilotes »

Cette farce s’articule autour du concept de « zones pilotes » : des zones dans lesquelles, selon l’accord, l’armée libanaise « prendra le contrôle exclusif du territoire, à l’exclusion de tous les acteurs non étatiques », à mesure que les troupes israéliennes se retireront.

Les premiers rapports laissaient entendre que deux petites zones pilotes, dont les emplacements n’étaient pas précisés, donneraient le coup d’envoi de cette expérience absurde – qui revient en substance à accorder à une armée d’occupation composée de psychopathes génocidaires le droit de statuer sur la « souveraineté » d’une nation où elle vient de tuer plus de 4 000 personnes en l’espace de quelques mois, tout en rayant complètement de la surface de la terre une multitude de villages du sud du Liban.

Cette expérience absurde… revient en substance à accorder à une armée d’occupation composée de psychopathes génocidaires le droit de statuer sur la « souveraineté » de la nation où elle vient de tuer plus de 4 000 personnes

Le projet de zone pilote a finalement été lancé fin juillet dans trois villages : Froun, Srifa et Zawtar al-Gharbiya.

Par coïncidence, aucun de ces villages n’a jamais réellement fait partie de la vaste partie du territoire libanais qui continue d’être occupée par Israël – ce qui remet en cause tout le principe supposé selon lequel l’armée israélienne céderait du territoire au fur et à mesure de son retrait.

Bien qu’ils se situent en dehors de la zone d’occupation actuelle, ces trois villages ont néanmoins subi des destructions massives – ce qui signifie qu’Israël autorise, par pure générosité, l’armée libanaise à prendre le contrôle de villages en grande partie inhabitables qui, « zones pilotes » ou non, s’inscrivent toujours dans un contexte plus large d’occupation et de dévastation.

Pour compliquer encore davantage la situation, l’armée israélienne a ouvert le feu à proximité des troupes libanaises alors qu’elles se déployaient, c’est-à-dire les alliés supposés d’Israël dans la quête visant à rétablir la « souveraineté » libanaise en désarmant le Hezbollah – les seuls, il se trouve, à avoir jamais été capables de défendre le Liban contre les incursions israéliennes.

Accuser le Hezbollah

Une dépêche de Reuters datée du 29 juillet, en provenance de Zawtar al-Gharbiya et intitulée « Le premier test des “zones pilotes” soutenues par les États-Unis dans le sud du Liban met en évidence les difficultés », déplorait que le projet ait « connu un démarrage douloureusement lent » et qu’il ne serait « pas plus facile à reproduire ailleurs ».

L’article reconnaissait que, « même après le cessez-le-feu du mois dernier, les troupes israéliennes sont restées dans la zone [d’occupation], rasant des villages et ordonnant aux habitants qui avaient fui de ne pas revenir ».

Et pourtant, comme le font habituellement les grands médias occidentaux, tout était encore, d’une manière ou d’une autre, de la faute du Hezbollah, l’article étant divisé en sous-sections aux titres tels que « Le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre au Moyen-Orient » et « Le désarmement du Hezbollah reste essentiel ».

À aucun moment Reuters ne juge nécessaire de mentionner que, lorsque le Hezbollah a « entraîné le Liban » dans la guerre au début de cette année, Israël occupait non seulement déjà divers endroits dans le sud du pays, mais bombardait et tuait aussi allègrement des Libanais, en violation d’une trêve de novembre 2024.

Et Dieu nous en préserve que les médias rappellent un jour à qui que ce soit que l’existence même du Hezbollah est la conséquence directe des violations de la souveraineté libanaise commises par Israël lui-même, à savoir la diabolique invasion de 1982 qui a coûté la vie à des dizaines de milliers de personnes dans le pays.

À présent que les Libanais se voient offrir la possibilité de prouver qu’ils sont des « partenaires crédibles » pour une vision régionale américano-israélienne, toute cette histoire de « zone pilote » fleure bon l’orientalisme infantilisant des accords d’Oslo des années 1990 – lorsque les Palestiniens se sont vu accorder la possibilité de s’essayer à un semblant d’autonomie partielle sous une occupation permanente.

Au final, l’autonomie palestinienne s’est résumée à une police palestinienne agissant pour le compte d’Israël – ce qui correspond à peu près exactement à l’arrangement qu’Israël tente de mettre en place au Liban.

Selon Marco Rubio, le cadre trilatéral « ouvre une voie réaliste pour sortir d’un conflit sans fin ». Mais alors que la conquête territoriale se poursuit à un rythme soutenu sous le couvert des « zones pilotes », il n’existe aucune voie réaliste pour sortir du conflit tant qu’Israël tient les rênes.

Belen Fernandez est chroniqueuse pour Al Jazeera et l’auteure, notamment, de The Darien Gap : A Reporter’s Journey through the Deadly Crossroads of the Americas (Rutgers University Press, 2025).

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