Étiquettes

, , , , , , , , , , , ,

Après près de quatre ans d’une « cessation des hostilités » fragile, négociée sous l’égide de l’ONU, le Yémen est de nouveau plongé dans une guerre ouverte. Et cette fois-ci, cela ne concerne pas seulement Sanaa, Marib ou Taïz. Le conflit s’est étendu jusqu’à la mer Rouge – et les enjeux stratégiques sont mondiaux.

Oubliez le front du désert. Les rebelles d’Ansar Allah du Yémen ont déplacé leur centre de gravité vers l’interdiction maritime en s’attaquant à des pétroliers saoudiens et à une raffinerie du géant Aramco.

Le gouvernement reconnu au niveau international a riposté par ses propres offensives, et le président du Conseil présidentiel, Alimi, a catégoriquement exclu toute nouvelle trêve. Le message est clair : les deux camps épuisent les stocks de munitions accumulés depuis quatre ans dans une nouvelle guerre d’usure.

Mais cette fois, l’enjeu du conflit n’est plus régional mais mondial puisqu’il s’inscrit dans la guerre entre les États-Unis et l’Iran, elle-même liée à la guerre entre les États-Unis et la Russie et la rivalité stratégique avec la Chine.

C’est là que la situation devient grave pour tous les consommateurs d’énergie à l’échelle mondiale :

Le détroit de Bab el-Mandeb achemine environ 12 % du pétrole transporté par voie maritime;

Le détroit d’Ormuz (où l’Iran est également actif) en achemine environ 17 % supplémentaires.

Si ces deux goulets d’étranglement venaient à être contestés simultanément – ce qui est désormais un scénario réaliste –, jusqu’à 25 % de l’approvisionnement mondial en pétrole risquerait d’être perturbé.

Les États-Unis ont de nouveau classé les Houthis comme entité terroriste et déployé un groupe aéronaval. Mais une escalade militaire risque d’entraîner dans le conflit les forces navales saoudiennes, émiraties, voire iraniennes. Le dilemme stratégique est cruel :

Ignorer le blocus → panique sur les marchés de l’énergie.
Riposter → risquer une guerre plus vaste dans le Golfe, la mer Rouge et la Corne de l’Afrique.

Que va t-il se passer?

Pas de cessez-le-feu à court terme : la voie politique est dans une impasse totale; les deux camps considèrent leurs avancées militaires comme leur seule carte de négociation et ils n’ont plus d’autres cartes.

Les incidents maritimes vont se multiplier : il faut s’attendre à davantage de drones navals, de mines marines et de missiles antinavires visant les pétroliers et, éventuellement, leurs escortes navales.

L’Iran, plus furieux et défiant que jamais, restera en retrait : il fournira des données de ciblage tout en évitant de s’engager directement, à moins d’être durement touché.

L’administration US va tenter de spéculer dans la bourse et avec les cours des matières premières car elle sait qu’il n’y a plus de solutions à court ou moyen termes.

Le Yémen n’est plus un simple conflit civil périphérique. C’est désormais le nouveau point de convergence entre la rivalité irano-saoudienne, la crédibilité fortement écornée de la dissuasion américaine et la sécurité énergétique mondiale.


Note: il n’y a presque plus aucun moyen de suivre en temps réel et de connaître les positions réelles des protagonistes en 2026 en raison des blackouts algorithmiques non déclarés et de l’hégémonie numérique d’un seul belligérant dont les capacités ont été durement éprouvées par la guerre en Iran.

Strategika51