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Robert Inlakesh
Un Yémen fort et uni, ayant accès à ses ressources et capable de continuer à développer ses capacités militaires, constituera sans aucun doute la plus grande menace pour l’hégémonie américano-israélienne dans le monde arabe.

La campagne menée par les forces armées yéménites pour libérer leur nation et mettre fin au blocus dirigé par l’Arabie saoudite pourrait constituer l’un des événements les plus importants pour le monde arabe depuis des décennies. Non seulement elle aura des implications majeures pour la guerre régionale en cours, mais elle a également le potentiel de redessiner radicalement la région.
En juillet, l’effondrement de l’accord de cessez-le-feu entre le Yémen et l’Arabie saoudite, en vigueur depuis 2022, a été provoqué par une erreur stratégique commise par Riyad. Alors que l’Iran cherchait à briser le blocus inhumain imposé au Yémen en faisant atterrir des avions civils dans la capitale du pays, l’armée de l’air saoudienne s’est empressée de bombarder l’aéroport international de Sanaa. Les Saoudiens ne s’en sont peut-être pas rendu compte, mais leurs actions irrationnelles les ont pris au piège dans un dispositif stratégiquement placé.
Non seulement le gouvernement de Sanaa coordonnait une mobilisation générale, mais ses forces armées ont décidé de riposter directement en frappant des infrastructures pétrolières saoudiennes vitales et en imposant un contre-blocus à leurs adversaires au nord. Les forces armées yéménites ont ensuite décidé d’aller plus loin, en lançant 24 heures sur 24 des frappes de missiles balistiques et de drones qui ont fait des centaines de victimes parmi les forces soutenues par l’Arabie saoudite au Yémen, et ont même progressé pour libérer davantage de territoire national.
L’Arabie saoudite est désormais incapable de transiter par le détroit de Bab al-Mandab, et sa capacité à exporter du pétrole a été coupée, ce qui représente un coup dur sur le plan économique. Riyad se trouve désormais confrontée à une situation sans précédent, alors qu’Ansar Allah impose une logique selon laquelle les violations de l’espace aérien yéménite par l’Arabie saoudite entraînent des frappes directes sur les infrastructures pétrolières.
Si tout cela revêt une telle importance, c’est parce que depuis 2015, la soi-disant « communauté internationale » s’est rangée du côté de l’Arabie saoudite et de ses alliés du CCG. Les médias internationaux ont également pris part à cette mascarade, faisant comme si un groupe rebelle qu’ils appellent « les Houthis » luttait contre un « gouvernement internationalement reconnu ». La raison pour laquelle ils ont entretenu ces mensonges est simple : sans contrôle total sur son pays et ses ressources, le gouvernement de Sanaa n’était tout simplement pas un partenaire aussi précieux que les États arabes du Golfe, et tout le monde a donc joué le jeu.
Personne n’a pris la peine de souligner que « les Houthis » n’est pas un nom exact pour désigner Ansar Allah, qu’il ne s’agit pas simplement d’un groupe de « rebelles » mais d’un gouvernement qui règne sur la plus grande partie de la population yéménite, ni que les deux tiers des forces armées du pays se sont rangés de leur côté. Ils ne vous diront pas non plus que le soi-disant « Conseil de direction présidentielle du Yémen » a été créé à l’hôtel Ritz-Carlton de Riyad et que son dirigeant, choisi de manière non démocratique, réside en Arabie saoudite.
En réalité, l’idée selon laquelle les forces agissant pour le compte de l’Arabie saoudite au Yémen seraient les représentants légitimes de la nation et constitueraient en quelque sorte un gouvernement souverain est encore plus farfelue que lorsque la plupart des pays occidentaux ont décidé, sans fondement, que Juan Guaidó était le président « internationalement reconnu » du Venezuela.
Mais tout cela n’aura finalement aucune importance si Ansar Allah parvient à unifier le Yémen et à conclure un accord pour libérer son territoire des agresseurs soutenus par les États-Unis et Israël. La raison pour laquelle les régimes arabes, aux côtés de l’alliance États-Unis-Royaume-Uni-UE-Israël, se sont battus contre le gouvernement de Sanaa est qu’ils craignent tous les conséquences de leur succès.
Le Yémen sera la seule nation arabe qui non seulement s’opposera à l’impérialisme américain et soutiendra la résistance régionale, mais qui combattra aussi activement les Israéliens et œuvrera à la lutte contre le « projet du Grand Israël ». Le seul gouvernement arabe qui ait osé ouvrir le feu sur les Israéliens ou leur imposer un blocus, en soutien à Gaza, a été le gouvernement de Sanaa au Yémen. Tous les autres qui se sont battus pour Gaza étaient des acteurs non étatiques.
Un Yémen fort et uni, ayant accès à ses ressources et capable de continuer à développer ses capacités militaires, constituera sans aucun doute la plus grande menace pour l’hégémonie américano-israélienne dans le monde arabe. Mais cela changera également la donne : cela pourrait bien servir d’exemple aux populations de toute la région, en leur montrant ce qu’il est possible de réaliser lorsque le peuple se bat pour sa libération. Aucune perspective n’effraie davantage les régimes arabes que celle-là.
L’impact que le Yémen peut avoir sur le commerce mondial, les marchés pétroliers, les rapports de force régionaux et, en fin de compte, la cause palestinienne de libération nationale, fait trembler de peur les puissances alliées au sionisme. La question yéménite a longtemps été ignorée, mais cela pourrait bientôt changer de manière spectaculaire.
Robert Inlakesh, Analyste politique, journaliste et réalisateur de documentaires.