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C’est peut-être l’Iran aujourd’hui, mais qui sait ce que demain nous réserve ?

Tom Engelhardt

[Voici un article à ne pas manquer, à mon sens. (En tout cas, je ne le rate jamais.) Je pense au Substack « Bracing Views » de Bill Astore, lieutenant-colonel à la retraite de l’armée de l’air et historien. Si vous ne l’avez pas encore consulté, jetez-y un œil ! Et tant que vous y êtes, jetez également un œil à son livre au titre on ne peut plus approprié : *American Militarism on Steroids : The Military-Industrial Complex, Unbounded, Uncontained, and Undemocratic*. Tom]

Hé, Donald Trump n’aurait pas pu être plus clair sur son envie d’entrer en guerre contre l’Iran, n’est-ce pas ?

On pourrait penser que même lui n’aurait pas été assez bête pour déclencher une guerre contre ce pays, compte tenu du bilan des États-Unis en matière de (non-)victoires militaires partout dans le monde depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale il y a plus de 80 ans, sans parler de ses promesses répétées, lors de sa nouvelle campagne électorale en 2024, selon lesquelles, contrairement à pratiquement tous les présidents récents, il n’y aurait « pas de nouvelles guerres », du moins pas de guerres typiquement américaines, une fois qu’il serait de retour au pouvoir — non, nulle part sur Terre. (Ouf ! Ça faisait beaucoup à caser dans une seule phrase à la Trump !)

Comme « notre » président s’en est vanté après son premier mandat en 2023 : « J’ai été le seul président de l’histoire moderne à n’avoir déclenché aucune nouvelle guerre. » (Bon, d’accord, il a bel et bien combattu Daech pendant un certain temps en Syrie, mais cela, au moins, n’a été qu’un épisode passager.) Et pourtant, au cas où vous l’auriez manqué, voici ce qu’il a déclaré relativement récemment à propos de l’Iran lorsqu’un journaliste l’a interrogé sur la possibilité d’y envoyer des troupes américaines : « Je suis absolument convaincu que, oui, je pense qu’il n’y a aucun doute là-dessus. »

Oh, attendez, excusez-moi, je me suis trompé (ce qui arrive parfois aux personnes de 82 ans). En réalité, il a tenu ces propos en… oui !… 1980. Vous y croyez ? Certes, à l’époque, l’Iran détenait en otage des diplomates américains et d’autres ressortissants américains. Mais tout de même, comme c’est étrange que cela lui trotte dans la tête depuis si longtemps ! Et bien sûr, en 1980, il n’était pas encore président des États-Unis et ne pouvait donc pas mettre ses pensées fugaces en pratique. Aujourd’hui, bien sûr, il l’est, pour la deuxième fois, et donc… soupir… il est bel et bien entré en guerre avec ce pays (peu importe que l’Iran n’ait plus détenu de diplomate américain depuis près d’un demi-siècle)… et donc… soupir… nous y voilà — ou devrais-je dire : nous n’y sommes plus, voire nous n’y sommes pas du tout ?

En matière de guerre, on dirait qu’il n’y a tout simplement pas de courbe d’apprentissage, pas de courbe du tout en fait, pour les présidents américains, et certainement pas pour celui qui ressent aujourd’hui le besoin, entre autres, de faire passer le budget annuel du Pentagone d’un simple billion (oui, un billion !) de dollars par an à un simple billion et demi de dollars (non, ce n’est pas une erreur d’impression !) par an, la plus forte augmentation annuelle proposée depuis la guerre de Corée, il y a plus de trois quarts de siècle ! (Et peu importe le nombre de fois où je vois ce chiffre de 1 500 milliards de dollars, je n’arrive toujours pas à croire qu’il ait réellement l’intention de s’y attaquer, même si je crains que cela en dise davantage sur moi – malgré mes années interminables passées à couvrir les guerres américaines et les budgets militaires – que sur Donald J. Trump.)

Au fil du temps, alors même qu’il prétend tenter de faire la paix avec l’Iran, ses menaces n’ont cessé de s’intensifier, même si tout ce qu’il dit peut être contredit 47 secondes plus tard. Il a bien sûr commencé par insister sur le fait que, si l’Iran ne rouvrait pas rapidement le détroit d’Ormuz, « toute une civilisation disparaîtrait ce soir, pour ne plus jamais renaître ». Cela aurait même pu être une menace implicite d’utiliser des armes nucléaires. Et lorsque ce détroit n’a finalement pas rouvert, il a rapidement fait marche arrière, pour affirmer plus récemment qu’un Iran « fourbe » n’avait plus qu’« une dernière chance » de conclure un accord, sous peine de voir une catastrophe s’ensuivre, sur le plan militaire.

Et ainsi va le monde de Donald J. Trump, ou plutôt ainsi cela s’est-il passé ces derniers — oui, pouvez-vous le croire ? — six mois ! Et comme l’a récemment souligné le journaliste du New York Times Steven Erlanger, et comme l’a montré la situation en Iran, le président Trump a réussi à transformer les États-Unis en « un instrument imprévisible de désordre mondial », tout en laissant l’Iran et Oman aux commandes du destin du détroit d’Ormuz (et du commerce mondial plus généralement), et en créant « une nouvelle forme de guerre éternelle ».

« Je veux leur donner toutes les chances possibles avant de les décapiter »

Et pourtant, dans l’étrange univers de « vous savez qui », tout pourrait se terminer plus ou moins pacifiquement avant même la publication de cet article, ou bien tout pourrait tout simplement partir en fumée. D’un autre côté, le président américain, qui n’est pas vraiment réputé pour sa capacité d’attention, pourrait se tourner à nouveau vers le Groenland (qu’il lorgne avidement depuis des années) et répondre à la fermeture du détroit d’Ormuz par un acte de représailles consistant à fermer le passage du Nord-Ouest (peu importe que cela n’ait absolument aucun rapport avec l’Iran).

Et à vrai dire, quoi qu’il arrive en ce qui concerne l’Iran (ou d’ailleurs le Groenland) d’ici la parution de cet article, qui parmi nous ne saurait pas depuis longtemps qu’avec un tel président, nous ne pourrions tout simplement pas nous trouver dans un univers plus étrange, plus aléatoire et moins prévisible ? Pour autant que je (nous) sache(ons), au moment de sa parution ou à tout moment par la suite, « notre » président pourrait être en train de faire à peu près n’importe quoi, y compris, disons, kidnapper le premier secrétaire du Parti communiste et dirigeant de Cuba, Miguel Díaz-Canel Bermúdez. Après tout, s’il a pu le faire pour le dirigeant du Venezuela, pourquoi pas celui de Cuba ?

La vérité, c’est que le cerveau de Donald Trump, réélu à la Maison Blanche par 49,8 % des électeurs américains en 2024, devrait nous inquiéter tous (même eux). À tout moment, n’importe quelle idée pourrait lui traverser l’esprit et, avant même de s’en rendre compte… eh bien, malheureusement, on le sait déjà : quoi qu’il en soit, on n’en saura probablement rien avant que ça ne nous frappe tous en plein visage !

Au moment où j’écrivais ces lignes, par exemple, il a déclaré, à propos des Iraniens : « Je veux leur donner une dernière chance avant de les décapiter. … On verra ce qui se passera. » Et il a ajouté : « Le détroit [d’Ormuz] va être ouvert très bientôt, ou bien ils vont être frappés très fort, et ensuite le détroit sera ouvert. » Ou, bien sûr, fermé, ou retourné, ou envoyé sur la Lune, ou… enfin, vous pouvez compléter vous-même, puisque vos suppositions valent bien les miennes.

Bon, avant de conclure, réfléchissez un instant à cette citation : « décapiter » l’Iran n’est certainement pas une mince affaire, et qui sait ce qu’il entend réellement par là (pas même lui, fort probablement) ?

Mais une chose est sûre : vivre dans l’univers présidentiel de Donald Trump est (ou du moins devrait être) une expérience profondément déstabilisante. Assez déstabilisante ces derniers temps pour que même sa base fidèle au slogan « Make America Great Again » (MAGA) semble s’amenuiser à un rythme effréné.

Quant à ce qui va se passer ensuite, eh bien, qui sait ? Et si vous voulez le savoir, ne posez surtout pas la question à Donald Trump. Je soupçonne que, pour son deuxième mandat présidentiel, il pourrait bien être le dernier à le savoir, et si ce n’est pas là un monde étrange, honnêtement, je ne sais pas ce que c’est.

Tom Engelhardt