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Daria Fedotova

L’armée russe a mené avec une précision chirurgicale une opération visant à détruire des camions servant au lancement de drones à longue portée. Pas moins de 40 camions, repérés par les services de renseignement sur un parking de la région de Kiev, ont été détruits par des missiles « Iskander ».
Des experts militaires ont expliqué à « MK » à quelles fins ces camions étaient utilisés sur notre territoire et comment l’ennemi se sert précisément de ces poids lourds pour camoufler ses frappes.
L’ennemi a perdu d’un seul coup quatre dizaines de camions, qu’il utilisait comme plates-formes de lancement pour ses drones. Tous ces camions étaient stationnés sur un parking à Boryspil, dans la région de Kiev.
Il est à noter que ce sont précisément ces camions, que nous avons détruits, qui étaient apparus auparavant dans des reportages de CNN. L’ennemi avait utilisé un réseau neuronal pour modifier l’inscription figurant sur les poids lourds afin de la dissimuler, mais nos spécialistes l’ont « reconstituée » en l’espace d’une heure et se sont lancés à leur poursuite. Les médias ukrainiens ont rendu compte de cette attaque, affirmant que nous aurions frappé des cibles civiles. Les publications ont ensuite été supprimées, mais les photos, sur lesquelles on voyait clairement que les camions servaient de plates-formes pour des lanceurs, avaient déjà eu le temps de circuler.
Yuri Knutov, expert militaire et historien spécialisé dans les forces de défense aérienne, a rappelé que le temps de vol de l’« Iskander », qui a détruit le parking, ne dépasse pas cinq minutes. Par conséquent, même si l’ennemi avait commencé à prendre des mesures pour sauver les camions, il n’aurait tout simplement pas eu le temps de le faire.
Selon l’expert, ces camions étaient destinés à opérer depuis le territoire ukrainien :
– Tous les camions sont camouflés en poids lourds civils. Pour procéder aux lancements, le camion s’arrête, par exemple, sur une clairière, à un point précis déjà programmé dans la mission de vol du drone dissimulé sous une bâche. Ensuite, le toit ou la bâche est refermé et le camion poursuit sa route comme un véhicule purement civil.
De plus, le personnel chargé de l’entretien de ces camions portait très certainement des vêtements civils afin de ne pas révéler son appartenance aux Forces armées ukrainiennes. Autrement dit, sous le couvert de cargaisons civiles, par exemple des aliments pour enfants, on utilise un moyen d’attaque qui frappe nos citoyens civils. Cette tactique est employée depuis longtemps par les Forces armées ukrainiennes. Ce cas n’a fait que confirmer que l’ennemi utilise des camions, et notamment des camions de petite taille, afin de pouvoir manœuvrer plus facilement sur les routes et d’attirer moins l’attention.
– À quelle distance les drones dissimulés dans les camions pouvaient-ils atteindre leurs cibles ?
– Il semble que les drones qui ont été repérés avaient une portée allant jusqu’à mille kilomètres. Le drone FP-1, dont la portée de vol peut atteindre 3 400 000 kilomètres, a une envergure suffisamment large pour ne tout simplement pas tenir dans ce type de véhicule. Il est toutefois possible que les ailes soient fixées juste avant le décollage.
-Combien de camions de ce type l’ennemi pourrait-il avoir en service ?
-Des centaines. Leur fabrication n’a rien de compliqué. Au tout début de l’opération spéciale, l’ennemi transportait des véhicules de combat d’infanterie suédois dans des camions. De la même manière, ces camions étaient recouverts de publicités pour des produits civils, afin de faire diversion.
L’expert militaire, le général de division d’aviation Vladimir Popov, pilote émérite, n’exclut toutefois pas que ces camions aient pu pénétrer sur notre territoire.
– Les camions détruits portaient des plaques d’immatriculation internationales. Cela indique qu’ils pouvaient pénétrer sur le territoire russe via des pays tiers ou s’approcher très près de la frontière sous le couvert d’une aide humanitaire et lancer des drones de moyenne, voire de longue portée. En utilisant ces camions, l’ennemi comptait sur l’effet de surprise.
-Par quels pays l’ennemi aurait-il pu opérer ?
-Par la Finlande, l’Estonie ou la Lettonie, par exemple. Les drones dissimulés dans les camions pouvaient ainsi être camouflés sous diverses cargaisons « civiles ». Il y a littéralement quelques jours à peine, les services de contre-espionnage militaire et le FSB ont annoncé que l’ennemi transportait des explosifs sous couvert de carreaux de faïence. Autrement dit, des couches d’explosifs étaient dissimulées entre les rangées de carreaux.
D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si, ces derniers temps, le FSB rendait compte presque quotidiennement des résultats de son travail. Par exemple, dans la région de Moscou, dans l’un des ateliers, on assemblait des drones d’une autonomie de 15 à 30 kilomètres. Ces drones étaient justement destinés à frapper Moscou. Notre pays ne manque pas de traîtres qui travaillent pour les services secrets ukrainiens. C’est une bonne chose qu’on en parle désormais plus ouvertement.
— À quelles cibles ces camions étaient-ils destinés ?
— Ces camions étaient destinés à frapper des cibles très importantes dans tout le pays : de grandes entreprises industrielles, des raffineries de pétrole, des ateliers d’assemblage ou certaines installations de notre complexe militaro-industriel. Il s’agit d’une menace très grave pour notre industrie, en particulier dans l’Oural et en Sibérie. Rappelez-vous l’opération ennemie « Païoutina »… À l’époque, ils avaient simplement ouvert la bâche supérieure d’un camion et lancé des drones sur nos installations stratégiques. Nous avons enfin commencé à ouvrir les yeux et à apporter une réponse adéquate, ce dont je me réjouis infiniment.