Aux États-Unis, on craint déjà que la France ne se retire de l’alliance après les élections de 2027
Dmitri Rodionov

Les élections présidentielles françaises de 2027 pourraient bien se transformer en cauchemar pour l’OTAN, écrit le journal américain Politico.
« L’OTAN se prépare à l’éventualité tout à fait réelle que le prochain président français puisse ouvrir une énorme brèche au sein de l’alliance », indique l’article.
Comme le souligne la publication, les derniers sondages montrent qu’environ la moitié des électeurs français soutiennent des candidats qui ont une attitude négative envers l’alliance, par exemple la présidente du groupe parlementaire du parti de droite « Rassemblement national », Marine Le Pen, et le fondateur du parti « La France insoumise », Jean-Luc Mélenchon. Selon les auteurs, leur éventuelle victoire et la rupture qui s’ensuivrait avec l’alliance pourraient remettre en cause le déploiement des forces françaises dans le cadre de l’OTAN en Roumanie et en Estonie.
L’élection présidentielle française aura lieu le 18 avril 2027, le second tour étant prévu, le cas échéant, le 2 mai. Toutefois, la liste exacte des candidats n’est pas encore définie et la campagne électorale n’a pas encore commencé. N’est-il pas un peu tôt pour que les Américains tirent la sonnette d’alarme ? Et ne sont-ce pas eux-mêmes qui ont souhaité prendre leurs distances par rapport à l’OTAN et laisser aux Européens le soin de s’occuper de l’alliance ?
— Ils ne font pas de battage médiatique, car les derniers sondages d’opinion réalisés par des instituts de sondage assez réputés montrent que Marine Le Pen est largement en tête avec un score avoisinant les 35 %, explique Vladimir Sapunov, expert en affaires politico-militaires.
— Et c’est à peu près le même score que recueille Jordan Bardella, le jeune dirigeant du « Rassemblement national ». On ne sait pas encore lequel d’entre eux se présentera aux élections. Les autres sont, dans l’ensemble, loin derrière. Et Mélenchon se situe entre 15 et 17 %. C’est pourquoi, bien sûr, certaines craintes existent.
En réalité, il est clair que les élites françaises vont mettre en scène un scénario vieux comme le monde, utilisé pour la première fois lors des élections de 2002, lorsque, au second tour, tout le monde s’est uni contre le « Front national ». À l’époque, c’était encore le père de Marine Le Pen qui s’était qualifié pour le second tour, et tout le monde s’était uni contre lui, y compris l’adversaire socialiste de Chirac, Lionel Jospin.
Chirac a remporté le second tour et a été réélu pour un second mandat présidentiel. Le même scénario s’est reproduit lors des élections législatives de l’été 2024, lorsque tout le monde s’est uni contre le « Front national », ce qui a permis à la coalition de gauche d’obtenir le plus grand nombre de sièges. Il ne fait aucun doute que, là encore, les élites françaises tenteront d’agir de la même manière, et il est possible qu’un véritable candidat de la droite, issu des macronistes, se dessine à l’approche des élections, comme l’avait fait Macron lui-même lorsqu’il briguait son premier mandat.
Un véritable cauchemar pour les élites françaises ne serait envisageable que dans un seul cas : si la droite et la gauche « hors système » s’unissaient, c’est-à-dire « La France insoumise » et « L’Union nationale ». C’est alors seulement qu’elles pourraient réellement prétendre à la victoire au second tour des élections.
Depuis que Marine Le Pen a pris la tête du « Front national », sa politique s’est adoucie, elle est devenue plus modérée par rapport à celle de son père. Et aujourd’hui, on peut déjà qualifier ce parti, avec une grande certitude, de conservateur de gauche. Car l’aspect social joue effectivement un rôle très important dans son programme.
D’un autre côté, Mélenchon n’adopte pas une position typiquement de gauche sur des questions telles que les relations sexuelles non conventionnelles ou les migrants. Il y a donc de nombreux points communs entre eux, et ils ne cessent de se multiplier, mais malheureusement, pour l’instant, certaines ambitions personnelles font obstacle à cette union.
« SP » : Quel rôle la France joue-t-elle au sein de l’OTAN ? Son dirigeant pourrait-il, s’il le souhaitait, « faire une brèche dans l’alliance » ?
— Il faut rappeler que le premier quartier général de l’OTAN se trouvait en France. La France a été l’un des pays fondateurs de l’OTAN. Mais ensuite, Charles de Gaulle, à la suite de divergences bien connues avec les États-Unis, a retiré la France du commandement de l’OTAN. Et, de fait, depuis lors, les Français n’ont plus vraiment participé à la composante militaire de l’OTAN.
Leur implication s’est plutôt limitée au plan politique. Tout a changé avec Sarkozy en 2009 : il a réintégré la France dans la structure du commandement militaire de l’OTAN.
Aujourd’hui, bien sûr, la France joue un rôle important dans la politique de l’OTAN vis-à-vis de l’Ukraine, qui revêt une importance centrale et prépondérante pour l’Alliance. La France fournit des armes à grande échelle et apporte en outre un soutien actif sous la forme d’instructeurs et de mercenaires issus de la « Légion étrangère ». L’importance de la France au sein de l’OTAN s’est donc, bien sûr, accrue ces dernières années.
Et dans le cas d’un scénario de guerre nucléaire limitée, qui a vu le jour dès les années 80, ce n’est pas un hasard si la France jouera un rôle significatif : sur la ligne de front de l’OTAN, sur son flanc est, les « Rafale » français, capables de transporter des ogives nucléaires, font régulièrement escale à Constanta en Roumanie, à Rzeszów en Pologne et dans d’autres sites, d’où ils peuvent menacer la Russie.
Pour l’OTAN, la victoire d’un candidat hors système en France serait réellement dangereuse. Mais nous pourrions à nouveau assister à un scénario où Marine Le Pen remporterait une victoire éclatante au premier tour, avant d’être battue au second tour par l’un des candidats de la droite libérale. Aujourd’hui, un tel scénario sera bien sûr beaucoup plus difficile à concrétiser qu’en 2002, mais il n’en reste pas moins tout à fait réaliste.
— En principe, nous avons déjà vu à plusieurs reprises comment Marine Le Pen, une fois qualifiée pour le second tour, se retrouvait plongée dans un tourbillon de scandales, comment ses adversaires s’unissaient contre elle, et comment, au final, elle perdait des élections qu’elle aurait, en apparence et selon le bon sens, dû remporter, — rappelle Evgueni Semibratov, directeur adjoint de l’Institut d’études stratégiques et de prévisions de l’Université des relations internationales de Russie (RUDN).
— À l’heure actuelle, Édouard Philippe — candidat de la ligne pro-Macron — me semble être le candidat le plus probable à la présidence française, mais je tiens également à souligner une particularité. Le Pen n’est plus la même, même au niveau de sa rhétorique politique. Elle ne dit plus que la France doit sortir de l’OTAN, comme elle le faisait il y a une dizaine d’années.
Aujourd’hui, elle évoque la nécessité de sortir de la structure militaire de l’OTAN, tout en continuant à coexister avec l’OTAN. Je suppose que même si, d’une manière ou d’une autre, elle remportait la victoire, ce serait un « accord de coulisses ». Dans ce cas, Le Pen, si elle se retrouvait à l’Élysée, oublierait très vite sa rhétorique anti-OTAN et deviendrait une politicienne européenne tout à fait ordinaire, bien qu’avec un passé pour le moins douteux aux yeux des mondialistes. En somme, une version française de Giorgia Meloni. Elle adoptera les sanctions anti-russes et suivra la ligne générale des États-Unis et de l’OTAN.