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Une initiative expérimentale menée sous l’égide des États-Unis dans le sud du Liban s’est enlisée dès sa première mise à l’épreuve, Israël exigeant des preuves du respect des engagements par le Liban tout en faisant obstruction au mécanisme censé les fournir.
Grace Mikhael

Israël a transformé un retrait censé se faire par étapes du sud du Liban en un nouvel instrument visant à prolonger son occupation. Alors que ses raids militaires, ses démolitions et les restrictions imposées aux habitants s’intensifient, le projet de « zones pilotes » parrainé par les États-Unis semble de plus en plus offrir à Tel-Aviv de nouveaux prétextes pour reporter le retrait plutôt que de rétablir le contrôle libanais sur le territoire occupé.
Les responsables israéliens ont informé Washington que le programme pilote avait échoué, reprochant aux Forces armées libanaises (FAL) de ne pas avoir démantelé, selon eux, les structures militaires liées au Hezbollah. D’après les médias israéliens, les responsables de Tel-Aviv sont mécontents des résultats obtenus par l’armée et ne sont donc pas pressés d’approuver de nouvelles zones.
Cette affirmation fait suite à plusieurs semaines de pressions israéliennes sur Beyrouth. En vertu de l’accord-cadre du 26 juin (jugé « nul et non avenu » par le Hezbollah), les forces d’occupation devaient se retirer progressivement des zones désignées, permettant ainsi aux FAL de se déployer, de procéder au démantèlement des armes et des installations militaires, et de faciliter le retour des habitants déplacés.
Or, la version israélienne repose sur un verdict rendu avant même que les dispositions de suivi nécessaires à l’établissement des faits n’aient été finalisées.
Un verdict sans vérification
À Beyrouth, la version des faits est nettement différente. Une source libanaise de haut rang a accusé Israël de gagner délibérément du temps et d’entraver les négociations, déclarant à Al Jazeera que Tel-Aviv semblait déterminé à reporter les dossiers principaux jusqu’après ses élections nationales plutôt que de produire des résultats tangibles dès maintenant.
Des sources proches des délibérations au palais de Baabda affirment que les travaux dans les zones pilotes sont de fait au point mort depuis qu’Israël a posé de nouvelles conditions et émis de nouvelles réserves, invoquant de prétendues lacunes de la part des FLA. Les responsables libanais rejettent cette interprétation.
L’armée, affirment-ils, a mené à bien les missions qui lui ont été confiées partout où elle a pu se déployer. Son accès au sud n’est ni illimité ni entièrement sous contrôle libanais.
Le premier test à Zawtar al-Gharbiyeh a mis en évidence cette contradiction lorsque des soldats israéliens ont tiré des coups de semonce à proximité de soldats libanais pendant leur déploiement, tandis que les forces israéliennes restaient à proximité, à Zawtar al-Sharqiyeh.
Cela nous ramène au cœur du différend : qui décide si l’armée libanaise a rempli ses obligations, et sur la base de quelles preuves ?
Le système de vérification envisagé consisterait à envoyer une tierce partie agréée dans chaque zone pour inspecter le travail de l’armée, déterminer si des armes et installations interdites y subsistent, et rendre compte de ses conclusions aux parties. Il est censé remplacer les accusations unilatérales par une inspection sur le terrain. Asas Media a rapporté le 5 août que la mise en œuvre restait au point mort en raison d’un désaccord sur l’identité de la partie chargée d’inspecter le travail des FAL et de déclarer la zone exempte d’armes.
Concrètement, la procédure devrait être simple. Les troupes israéliennes quittent une zone définie, les FLA y pénètrent et mettent en œuvre les mesures qui leur ont été assignées, puis des observateurs inspectent les lieux avant de constater si la zone répond aux normes convenues. Un rapport favorable devrait alors déclencher le prochain retrait et déploiement. Sans cette procédure, Israël reste à la fois partie au conflit et seul évaluateur du respect des engagements par le Liban.
Aucune formule définitive n’a toutefois été convenue. Un responsable libanais a démenti les informations selon lesquelles Beyrouth et Tel-Aviv auraient approuvé une liste restreinte d’États participants, tandis que Washington s’est contenté de confirmer que la question d’une vérification par une tierce partie avait été discutée.
Cela rend la déclaration d’échec d’Israël prématurée par nature. Comment le Premier ministre Benjamin Netanyahou peut-il déclarer les Forces armées libanaises (FAL) déficientes alors que l’organisme de vérification proposé n’est pas encore entré sur le terrain, n’a pas inspecté leur travail et n’a pas publié de rapport ?
Israël veut contrôler lui-même son propre retrait
Le différend s’étend à la composition de toute force de surveillance. Selon Al-Modon, Washington et Tel-Aviv étaient favorables à une présence italienne tout en excluant la France et l’Espagne. Washington a également soutenu une proposition israélienne visant à confier les missions de vérification à des sociétés de sécurité privées, un arrangement que l’armée libanaise a rejeté.
Le quotidien libanais Al-Akhbar a rapporté séparément, le 28 août, l’opposition israélienne à une proposition de force conjointe franco-italienne. Les objections rapportées concernaient la force conjointe, plutôt que le déploiement italien seul. Le différend porte sur la composition et le mandat de la force, Israël cherchant à avoir un mot décisif dans le choix de ceux qui évalueront le respect des engagements par le Liban.
Une source militaire libanaise de haut rang a déclaré à The Cradle qu’Israël avait émis des réserves quant à la participation européenne au processus de vérification, y compris celle de la France et de l’Italie, tandis que des objections ont également été formulées à l’encontre de la participation de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL). Parallèlement, Israël a cherché à jouer un rôle dans le processus de surveillance lui-même.
La source précise que les Forces armées libanaises (FAL) ont mené à bien toutes les tâches qui leur ont été confiées dans les zones auxquelles elles ont accès et restent en coordination constante avec les autorités politiques chargées de superviser les négociations. L’armée, souligne la source, aborde ce dossier sous l’angle opérationnel : elle se déploie là où elle le peut, accomplit les missions qui lui sont confiées et attend la mise en place d’un mécanisme viable pour vérifier les résultats.
Israël reproche à l’État libanais les obstacles que sa propre occupation impose. Les Forces armées libanaises (FAL) sont censées se déployer sur un territoire encore sous le feu ou le contrôle israélien, où des routes détruites et des munitions non explosées entravent leurs déplacements, et où les habitants restent déplacés.
Tel-Aviv invoque alors la portée limitée de l’armée pour justifier la prolongation de l’occupation qui l’empêche de se déployer. Les FLA ont déjà accusé Israël d’entraver leurs efforts pour prendre le contrôle du sud.
La perspective d’un retrait partiel se dessinait déjà en juin, avec des projets annoncés de retrait « symbolique » de zones limitées. Si les zones pilotes sont censées tester la capacité de l’État libanais à exercer sa souveraineté, quelle souveraineté existe-t-il alors qu’Israël continue de déterminer où l’armée peut se déployer et quand les civils peuvent rentrer chez eux ?
Les habitants qui tentent de rentrer chez eux sont soumis à des contrôles et à des restrictions de déplacement, tandis que les démolitions et les explosions menées par Israël se sont poursuivies pendant les négociations. Al-Quds Al-Arabi a rapporté le 28 juillet l’avertissement lancé par l’armée selon lequel la poursuite des attaques entravait le déploiement et empêchait le retour des habitants.
Même à Zawtar al-Gharbiyeh, la première ville transférée dans le cadre de cet accord, les destructions massives ont rendu une grande partie de la zone inhabitable. Les concessions accordées par Beyrouth dans ce cadre n’ont pas encore abouti à un rétablissement parallèle du contrôle territorial.
Cet accord renverse donc le sens habituel de la souveraineté. Plutôt que d’exiger le départ de l’occupant et de permettre aux institutions de l’État de reprendre leur autorité, il exige que le Liban fasse preuve d’un contrôle total tandis que l’occupant conserve le pouvoir de limiter ce contrôle. Chaque transfert partiel peut alors être présenté comme une concession israélienne, même si les terres en question sont libanaises et que leur restitution est déjà une obligation.
Une souveraineté en miettes
Beyrouth a proposé d’inclure Bint Jbeil ou Khiam dans une phase ultérieure, bien qu’Israël n’ait pas encore répondu à ce stade. Ces deux villes revêtent une importance symbolique et stratégique considérable dans l’histoire de la résistance à l’occupation israélienne.
La source du Hezbollah remet en question la logique d’un retrait partiel : si les zones pilotes sont censées tester la capacité de l’État libanais à exercer sa souveraineté, que signifie cette souveraineté alors qu’Israël conserve le contrôle d’une partie du territoire ? La source se demande également s’il est réaliste de penser qu’Israël accepterait de se retirer de zones d’une telle importance symbolique et stratégique, suggérant que les propositions de Beyrouth visaient aussi à démontrer sa volonté de négocier et de faire avancer le processus.
Tel-Aviv aurait par la suite rejeté les deux propositions, selon certaines informations, tandis que les hauteurs d’Ali al-Taher, objet de litige, restaient au cœur des calculs militaires et politiques. La source du Hezbollah se demande si un chef d’État céderait à un ennemi un territoire d’une importance stratégique comparable.
La visite à Rome, en août, du général Rodolphe Haikal, commandant des Forces armées libanaises (FAL), revêtait donc une importance particulière. Les discussions devaient porter sur la participation éventuelle de l’Italie au mécanisme de vérification et sur les dispositions à prendre pour la période suivant la fin de la mission de la FINUL. La participation italienne restait en suspens, Rome souhaitant obtenir des précisions sur le mandat de la force, son champ d’action géographique et ses relations avec l’armée libanaise.
Rome avait pour objectif de faire passer les négociations des principes généraux à la mise en œuvre. Les cycles de négociations précédents avaient déjà donné lieu à des déclarations faisant état de progrès « positifs » et « productifs », alors que l’équilibre des forces dans le sud n’avait pratiquement pas évolué.
Israël continuait d’exiger des mesures concrètes de la part du Liban avant tout nouveau retrait, tandis que Beyrouth persistait à affirmer que ce retrait était la condition préalable à toute intervention de l’armée. L’absence de mécanisme de vérification se situe précisément au cœur de ces deux séquences incompatibles.
La date d’un nouveau cycle de négociations reste incertaine, laissant Baabda dans l’attente d’une médiation américaine pour relancer le processus. Pour le Liban, cependant, le temps n’est pas neutre. Chaque jour de raids, de démolitions et de restrictions israéliens modifie les réalités sur le terrain et réduit encore davantage la marge de manœuvre pour les négociations.
Quand le report devient une politique
En subordonnant tout nouveau retrait à sa propre évaluation des Forces armées libanaises (FAL), Tel-Aviv conserve le pouvoir de suspendre la mise en œuvre dès lors qu’elle juge l’action libanaise insuffisante. Les responsables israéliens accusent l’armée de ne pas démanteler les sites qu’ils identifient comme des infrastructures du Hezbollah, mais la simple communication de coordonnées ne permet pas de déterminer ce que contiennent ces sites, si l’armée peut y accéder, ni ce qu’elle y a fait.
L’hypothèse avancée par la source libanaise selon laquelle Israël cherche à gagner du temps jusqu’à ses élections est crédible, et Netanyahou a des raisons de prolonger les pourparlers. Il peut continuer à négocier sous l’égide des États-Unis sans s’engager à des retraits qui susciteraient l’opposition de sa coalition, tandis que les forces israéliennes conservent les territoires occupés et poursuivent leurs opérations contre le Liban.
Une inspection indépendante permettrait de déterminer si les plaintes d’Israël sont fondées. Au lieu de cela, les négociations sur l’identité de ceux qui peuvent inspecter les sites et sur le mandat dont ils disposent sont devenues une condition supplémentaire que Beyrouth doit remplir avant de pouvoir récupérer son territoire. Le soutien israélien rapporté en faveur d’un rôle italien n’a pas encore abouti à un accord définitif, sans parler de conclusions permettant d’évaluer le travail des Forces armées libanaises.
Tant que ces conditions resteront contestées, Israël pourra invoquer de prétendus manquements libanais pour refuser de se retirer, tandis que Beyrouth ne dispose d’aucun moyen convenu pour prouver sa conformité. Washington peut annoncer de nouveaux cycles de négociations et les présenter comme des progrès sans pour autant garantir le départ des troupes israéliennes.
Pour les habitants qui ne peuvent toujours pas rentrer chez eux, le coût de ce retard se mesure en maisons détruites et en un mois supplémentaire de déplacement. Les zones pilotes ont été présentées comme un moyen de rétablir l’autorité libanaise. Si chaque déploiement s’accompagne d’une nouvelle condition israélienne, Beyrouth risque de négocier indéfiniment au sujet de terres dont la restitution n’aurait jamais dû dépendre de l’accord de l’occupant.