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De vastes parties de la bande de Gaza ont été totalement détruites par les bombardements de l’armée israélienne. Et malgré tout, des centaines de milliers de personnes vivent encore dans la bande de Gaza, dans des maisons à moitié détruites, beaucoup d’entre elles ne vivant plus que dans des camps de tentes. Mais comment les choses vont-elles évoluer ? Même le Hamas, qui détenait jusqu’à présent le pouvoir, est en train de se réorienter et de redéfinir sa collaboration avec les Palestiniens regroupés au sein de l’OLP. (Photo satellite)

Dieter Reinisch et Fouad Baker

Le Hamas semble entrer dans une nouvelle phase politique et organisationnelle, différente de celle du mouvement d’avant le génocide. La guerre et les énormes pertes humaines, organisationnelles et politiques qui en ont découlé ont non seulement modifié l’équilibre des pouvoirs dans la bande de Gaza, mais ont également incité le mouvement à repenser ses instruments politiques, ses relations avec le système politique palestinien et la communauté internationale, ainsi que la question de la gouvernance à Gaza.

Le Hamas prépare des élections internes dans la bande de Gaza afin de désigner le chef de son bureau politique local. Le militant de haut rang Ali Al-Amoudi est considéré comme le candidat le plus prometteur pour succéder à Khalil Al-Hayya, qui a été élu en juillet à la tête du bureau politique de l’ensemble du mouvement, succédant ainsi à Yahya Sinwar. Si Al-Amoudi venait à être élu, cela pourrait marquer le début d’une phase alliant la préservation de la structure organisationnelle du mouvement à l’élargissement de sa marge de manœuvre politique et à l’adoption d’une approche plus pragmatique de l’ordre d’après-guerre.

L’élection de Khalil Al-Hayya à la tête du bureau politique du Hamas en juillet a constitué en soi une évolution majeure au sein du mouvement, notamment après la campagne électorale qui l’a opposé à Khaled Mashal. Selon certaines informations, Al-Hayya aurait recueilli la majorité des voix des membres du Hamas en Cisjordanie et dans les prisons israéliennes, tandis que Mashal a bénéficié d’un soutien quasi unanime de la part des membres à l’étranger ainsi que d’une partie des voix en Cisjordanie.

Le paradoxe le plus marquant du profil d’Ali Al-Amoudi réside dans la combinaison de deux positions qui semblent à première vue contradictoires : d’une part, sa proximité avec Sinwar, et d’autre part, son ascension au sein du cercle de ceux qui prônent une ligne politique plus pragmatique depuis la fin de la guerre. La signification politique potentielle de l’élection d’une personnalité liée à Sinwar mais prônant le pragmatisme ne doit pas nécessairement être interprétée comme un passage du Hamas de la résistance à la politique, comme le suggèrent certaines interprétations. Il est plus probable qu’elle reflète la tentative du Hamas de concilier la légitimité de la résistance avec les exigences d’une nouvelle phase politique dictée par les conséquences du génocide. En d’autres termes, le Hamas n’est pas confronté à un choix entre la résistance et la politique, mais tente plutôt de redéfinir la relation entre les deux.

Cela apparaît clairement lorsqu’on examine la position d’Al-Amoudi concernant la feuille de route proposée par Nikolay Mladenov pour Gaza. Le Bulgare Mladenov a été nommé le 16 janvier 2026 par le gouvernement américain à la présidence du Conseil de la paix (Board of Peace) pour Gaza. La feuille de route présentée en mai 2026 aborde des thèmes tels que l’administration de la bande de Gaza, la reconstruction, le retrait israélien, le désarmement, la mise en place d’une force internationale ainsi que la reconstruction des institutions de sécurité. Cette semaine, les dirigeants du Hamas ont rencontré Jared Kushner, le gendre de Trump, au Caire, sous la médiation de Mladenov.

Il convient toutefois de faire preuve de prudence avant de pouvoir interpréter cela comme un accord sur l’ensemble du contenu du plan. Les négociations elles-mêmes ont été marquées par des changements considérables et des divergences d’opinion, notamment sur la question des armes et sur les compétences de l’administration de transition. Selon certaines informations, les amendements proposés par Mladenov auraient replacé la question des armes de la résistance au cœur des débats. On observe ici le pragmatisme politique sous sa forme la plus réaliste : il ne signifie pas nécessairement renoncer à des positions fondamentales, mais plutôt surmonter les contradictions par la négociation plutôt que de les transformer en confrontations ouvertes. Cela va dans le sens des changements qui ont eu lieu au sein même de l’administration de la bande de Gaza, notamment la préparation de la mise en place d’un comité national chargé de l’administration de la bande de Gaza dans le cadre des nouvelles dispositions.

Cependant, l’évolution la plus importante ne concerne pas les élections internes du Hamas, mais bien la décision du mouvement de participer aux prochaines élections législatives palestiniennes. Le 9 juillet, le président Mahmoud Abbas a promulgué un décret fixant au 28 novembre 2026 la date des élections législatives à Al-Quds/Jérusalem, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. La Commission électorale centrale s’est déclarée prête à organiser les élections.

La question palestinienne est confrontée à un test politique extrêmement délicat : la légitimité politique des Palestiniens pourra-t-elle être rétablie près de deux décennies après les dernières élections législatives ? L’annonce par le Hamas de sa participation revêt une grande importance. Le mouvement avait remporté les élections de 2006, avant que la division de la Palestine qui s’ensuivit n’entraîne l’émergence d’un système politique dual entre la Cisjordanie et la bande de Gaza.

Le génocide a empêché le maintien du système divisé qui prévalait jusqu’alors. Dans le même temps, il est impossible d’exclure le Hamas du système politique palestinien si l’objectif déclaré est de rétablir une légitimité palestinienne globale. La participation du mouvement aux élections pourrait donc offrir l’occasion de redéfinir sa position : passer d’une autorité gouvernant la bande de Gaza à une force politique participant au processus décisionnel national palestinien.

Les modifications apportées en juin à la loi électorale comprenaient de nouvelles dispositions, notamment la reconnaissance de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) comme représentant légitime et unique du peuple palestinien, ainsi que de son programme politique et national. L’âge minimum pour se porter candidat a été abaissé à 23 ans, et de nouvelles règles visant à renforcer la représentation des femmes ont été introduites. Cela soulève une question politique fondamentale : le Hamas peut-il, dans le nouveau cadre juridique , participer aux élections sans faire de concessions politiques que le mouvement considère comme fondamentales ?

Les élections de 2006 ont montré que la tenue d’élections ne signifie pas nécessairement que les acteurs locaux et régionaux en acceptent les résultats. Après la victoire du Hamas, le système politique palestinien est entré dans une phase de confrontation et de division qui a culminé en 2007 avec la prise de pouvoir par le Hamas dans la bande de Gaza. Si les prochaines élections devaient avoir lieu, il faudrait qu’un accord préalable soit trouvé sur les règles du jeu pour l’après-élections. En d’autres termes : que se passera-t-il après les élections ? Les résultats seront-ils acceptés, quelle que soit l’issue du scrutin ?

Il existe un autre problème qu’il ne faut pas ignorer : la géographie politique des Palestiniens. Le décret présidentiel prévoit des élections couvrant Al-Quds/Jérusalem, la Cisjordanie et la bande de Gaza. Or, la bande de Gaza après la guerre n’est pas une circonscription électorale comme les autres. Gaza est une région dévastée qui se trouve dans un processus de transition complexe. L’occupation israélienne de certaines parties de la bande de Gaza, ainsi que les questions relatives au retrait, à la reconstruction, aux armes et au gouvernement de transition, restent des facteurs déterminants pour son avenir. Selon des informations récentes, la deuxième phase des accords de cessez-le-feu porte concrètement sur la gouvernance, le désarmement, le retrait israélien, une force internationale et la reconstruction.

Les élections de 2021 ont été officiellement reportées, car les conditions nécessaires à leur organisation dans l’ensemble des territoires palestiniens n’étaient pas réunies. Le succès du processus électoral dépend en grande partie de la capacité des partis palestiniens et de la communauté internationale à le protéger de toute ingérence israélienne.

Nouvelle orientation politique et organisationnelle

Les développements récents témoignent d’une réorientation politique et organisationnelle du Hamas, mais pas d’un changement idéologique complet. Le mouvement n’est plus le même que celui qui est entré en guerre en octobre 2023. Il a perdu des membres éminents, sa structure organisationnelle a changé, Gaza a subi d’immenses destructions et la gouvernance future est marquée par des interventions palestiniennes, régionales et internationales complexes et entremêlées.

Dans ce contexte, l’engagement politique devient une nécessité, et non plus une option. L’engagement politique ne signifie pas nécessairement renoncer à la résistance, pas plus que la participation aux élections n’implique automatiquement l’acceptation de toutes les conditions du système politique en place. Le mouvement expérimente plutôt, peut-être, une nouvelle formule : résistance + négociation + participation politique + partenariat national.

Si les informations qui circulent s’avéraient exactes et qu’Ali Al-Amoudi était élu à la tête du bureau du Hamas dans la bande de Gaza, cela signifierait que le lien avec l’héritage de Sinwar s’accompagnerait d’une volonté de participer aux accords d’après-guerre. Cela permettrait de préserver la cohésion interne tout en négociant la position au sein d’un nouveau système politique palestinien. Si son élection s’accompagnait d’un soutien continu à la participation aux élections palestiniennes, d’une ouverture aux coalitions nationales, de l’acceptation d’une formule politique pour le gouvernement de la bande de Gaza et de la pression exercée par l e en faveur de négociations sur les questions en suspens, cela constituerait un indice fort d’un changement relatif dans la manière dont le mouvement aborde le conflit.

Ce processus dépendra de facteurs qui dépassent le cadre du Hamas lui-même : la position du Fatah, la structure de l’Autorité palestinienne, la position d’Israël, les dispositions relatives à l’administration de la bande de Gaza, la question des armes, la reconstruction, Al-Quds/Jérusalem et l’attitude de la communauté internationale face aux résultats des élections. En conséquence, la lutte à venir ne porte pas seulement sur les sièges au Conseil législatif ni uniquement sur la direction du bureau du Hamas dans la bande de Gaza. Il s’agit d’une lutte pour définir les contours du système politique palestinien après la guerre, pour déterminer qui a le droit de représenter les Palestiniens et pour savoir comment rétablir l’unité politique après des années de division et de génocide.

Dans ce contexte, l’élection d’Ali Al-Amoudi pourrait être un premier signe indiquant que le Hamas a effectivement commencé à redéfinir ses instruments politiques dans la bande de Gaza : non pas nécessairement pour renoncer à la résistance, mais pour passer d’une phase où la confrontation militaire constituait le cadre dominant à une phase où la politique, les négociations, les élections et les partenariats nationaux deviennent des outils centraux pour gérer le conflit et ses conséquences.

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