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Abha, Accord de la Mecque, Arabie Saoudite, conflits, Effet Pearl Harbor, Géopolitique, guerre asymétrique, guerre totale, Houthis, OTAN du Moyen-Orient, Stratégie, Yémen
Les missiles et les drones des Houthis du Yémen qui ont fendu le ciel nocturne et limpide du sud de l’Arabie saoudite pour frapper l’aéroport international d’Abha, la base aérienne du roi Khalid ainsi que les installations pétrolières du géant pétrolier Aramco à Jizan, pourrait avoir provoqué un effet Pearl Harbor car les premiers bilans de ces attaques (73 civils blessés selon un rapport officiel) n’ont pas seulement anéanti le « sentiment de sécurité » de l’Arabie saoudite : il s’agit peut-être d’un tournant stratégique qui changera à jamais la donne géopolitique de la péninsule arabique.
Soyons clairs sur un point précis: l’Arabie Saoudite est en guerre avec Ansar Allah du Yémen depuis de longues années et il ne s’agit pas d’une surprise stratégique (même l’attaque japonaise de Pearl Harbour du 8 décembre 1941 n’en fut pas vraiment une car l’administration Roosevelt le savait à l’avance et a tout fait pour la précipiter) mais c’est par son ampleur qu’elle ébranle ce sentiment de sécurité stratégique d’un pays très riche et fier qui se targue de n’avoir jamais connu de guerre ou d’occupation depuis toujours.
Depuis juillet 2026, les Houthis ont rompu le cessez-le-feu tacite qui durait depuis près de quatre ans. Le 20 juillet, ils ont annoncé un « blocus maritime » contre l’Arabie saoudite et ont depuis multiplié les attaques contre des pétroliers saoudiens en mer Rouge. Le 17 août, les Houthis ont frappé un convoi naval saoudien en mer Rouge à l’aide de missiles balistiques, coulant plusieurs navires militaires. L’attaque coordonnée à grande échelle d’aujourd’hui marque le passage d’un conflit caractérisé par des « incidents isolés » à ce qui s’apparente à un « prélude à une guerre totale ».
Le choix du concept de guerre totale pour un mouvement de guérilla pratiquant la guerre asymétrique peut paraître incongru mais il ne l’est plus.
Pourquoi il pourrait s’agir du « Pearl Harbor » saoudien ?
Premièrement, la précision et la portée symbolique de ces frappes. Les Houthis ou Ansar Allah du Yémen ont simultanément attaqué l’aéroport international, une base aérienne et les installations d’Aramco, le géant pétrolier d’État — qui constituent précisément les trois piliers du pouvoir et de l’économie saoudiens. Tout comme l’attaque japonaise sur Pearl Harbor en 1941 visait à paralyser la flotte américaine du Pacifique, l’objectif des Houthis était de paralyser la puissance aérienne et les artères énergétiques de l’Arabie saoudite.
Deuxièmement, le caractère fatal de la conjoncture stratégique. Les États-Unis sont profondément enlisés (le mot est faible) dans la guerre contre l’Iran, et leurs ressources stratégiques sont fermement immobilisées dans le golfe Persique avec aucune solution en vue. La capacité et la volonté de Washington à intervenir dans la région de la mer Rouge sont considérablement affaiblies. Les Houthis ont saisi cette opportunité historique sans précédent alors que « les États-Unis n’ont pas le temps de se tourner vers le sud du front ». Cela dénote d’un sens stratégique assez aigu pour des gens qui se battent avec des sandales.
Troisièmement, l’effondrement du système d’alliances. Le 7 août 2026, l’Arabie saoudite Turquie et le Pakistan venaient de signer l’« Accord de défense commune de La Mecque », présenté comme une « version moyen-orientale de l’OTAN », stipulant que toute attaque contre l’un des pays serait considérée comme une attaque contre les trois. Pourtant, lorsque les missiles des Houthis ont frappé, Ankara et Islamabad ont gardé le « silence ». Cette clause dite de défense commune s’est avérée sans valeur dès sa première véritable épreuve.
La coalition saoudienne a promis de « prendre toutes les mesures nécessaires » pour riposter. Mais le problème est que la spirale des représailles risque d’entraîner tout le monde dans un bourbier encore plus profond.
Le réseau de défense aérienne saoudien, l’un des meilleurs au monde, est devenu une coquille vide. L’OTAN du Moyen-Orient n’est plus qu’un vain mot et les États-Unis sont incapables d’intervenir. Indubitablement, l’Iran tire profit de la situation et Riyad se retrouve seul face à une guerre qu’il ne peut pas supporter. Les missiles lancés aujourd’hui par les Houthis du Yémen n’ont pas seulement détruit des aéroports et des réservoirs de pétrole saoudiens, ils ont également fait voler en éclats le dernier voile qui masquait l’ordre sécuritaire dans tout le Golfe.
Il ne s’agit pas d’une nouvelle escalade du conflit. C’est l’enterrement de l’ancien ordre.