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Téhéran le détroit d’Ormuz et le détroit de Bab el-Mandeb sont entre nos mains !

Ibrahim Al-Amine

Les élections à venir dans l’entité d’occupation pourraient jouer un rôle dans le discours politique des forces en lice. Nombreux sont ceux, y compris parmi les opposants au chef du gouvernement ennemi Benjamin Netanyahou, qui estiment que les déclarations de ce dernier doivent désormais être interprétées dans le contexte de sa campagne électorale. Même loin de Tel-Aviv, l’idée prévaut qu’Israël n’a pas l’intention, ou n’est pas en mesure, d’ouvrir de nouveaux fronts dans la région.

Mais Netanyahou, fort de sa longue expérience en matière de propagande politique, semble toujours au cœur d’une bataille qu’il estime avoir été appelé à mener pour assurer la « victoire des Juifs sur leurs ennemis ». C’est pourquoi l’avertissement lancé par des sources diplomatiques américaines, selon lequel les récentes déclarations de Netanyahou sur le Liban, la Syrie et l’Iran ne s’inscrivent pas uniquement dans le cadre de la campagne électorale, mais qu’il pense réellement ce qu’il dit et exerce une forte pression sur les services de sécurité et le commandement de son armée pour qu’ils se préparent à une opération éclair contre l’Iran en premier lieu, puis contre le Hezbollah, a retenu l’attention.

Selon ces sources, Netanyahou propose également ses services aux pays de la péninsule arabique, en se déclarant prêt à participer à une guerre totale contre les Houthis au Yémen. Elles ajoutent que les fortes pressions exercées sur lui par l’administration américaine se concentrent, à ce stade, sur le dossier syrien, dans le but de l’empêcher d’étendre la zone d’occupation. Il convient de noter qu’à Washington, on entend beaucoup parler de l’intention du gouvernement de Tel-Aviv de prendre des mesures plus ambitieuses pour aider ses partisans druzes de Souida à proclamer leur séparation totale de la Syrie.

Selon ces mêmes sources, les efforts israéliens vis-à-vis de l’Iran s’articulent autour d’un programme de renseignement visant à mener une série de frappes et à revenir à une politique d’assassinats ciblant des dirigeants politiques, militaires et sécuritaires, par le biais d’opérations spéciales menées à l’intérieur de l’Iran, ainsi que de renouer le contact avec les groupes séparatistes iraniens afin de leur apporter un soutien exceptionnel pour provoquer des troubles dans différentes régions du pays, dans le but ultime d’entraîner les dirigeants iraniens dans un affrontement militaire qui permettrait à Israël de lancer une campagne aérienne visant les infrastructures de l’État iranien, notamment les secteurs de l’énergie, des ports et de la production pétrolière.

Ces sources craignent que Netanyahou n’agisse en partant du principe que sa marge de manœuvre s’élargit de jour en jour, en raison de l’enlisement des efforts visant à remettre en vigueur le protocole d’accord entre l’Iran et les États-Unis.

Dans ce contexte, des sources bien informées ont révélé que les pourparlers entre l’Iran et Oman en étaient à leur phase finale pour l’élaboration d’un mécanisme visant à réglementer la navigation dans le détroit d’Ormuz. Selon ces sources, un accord a été conclu sur un itinéraire unique aller-retour, situé dans la zone maritime centrale entre les deux pays, dont le quart est se trouve dans les eaux territoriales iraniennes et le quart ouest dans les eaux territoriales omanaises. Cet accord est considéré comme un arrangement provisoire pour la gestion du trafic maritime dans le détroit. Les équipes techniques et juridiques de Téhéran et de Mascate ont finalisé les cartes et les documents juridiques relatifs à l’accord, qui prévoit notamment un mécanisme de déminage maritime. Les deux parties ont également pris contact avec les Pays-Bas afin d’enregistrer l’accord auprès de l’Organisation maritime internationale et des institutions juridiques internationales dont le siège est à La Haye, ce qui lui confère une couverture juridique et internationale.

Selon ces sources, l’Iran part du principe que la Sultanat d’Oman mène les négociations en concertation et en coordination avec les États-Unis et les pays de la région ; par conséquent, tout accord accepté par Mascate serait, en principe, accepté par les autres parties. Toutefois, l’Iran a fait savoir aux médiateurs, pakistanais et omanais, que la mise en œuvre de l’accord après sa signature resterait subordonnée au retour des États-Unis au protocole d’accord, et que cette solution serait considérée comme une réponse aux dispositions de son article 5. Cela signifie que les États-Unis doivent lever le blocus maritime actuellement imposé à l’Iran, lever les restrictions sur les exportations de pétrole iranien, ainsi que lever les sanctions qui lui sont imposées. Dans ce cas, tout le monde devrait passer à une nouvelle phase visant à mettre fin à l’état de guerre de manière globale, y compris la guerre au Liban.

La flambée des cours du pétrole enflamme les marchés mondiaux et suscite des inquiétudes quant aux conséquences de la prise de contrôle par les Houthis de la navigation dans la mer Rouge.

Alors que les sources évoquent des « signaux positifs » concernant ce dossier, elles soulignent dans le même temps que ce qui se passe sur le terrain depuis deux semaines ouvre la voie à un risque sérieux d’extension de la guerre. Elles estiment que les ripostes iraniennes sévères aux attaques américaines, ainsi que les bombardements ciblés contre les bases américaines dans le Golfe et en Jordanie, visent à faire savoir à Washington que Téhéran n’est pas prêt à faire des concessions, et que la confrontation pourrait s’étendre au point d’empêcher tout trafic maritime dans les eaux du Golfe, et pas seulement le passage par le détroit d’Ormuz. Elle souligne que les médiateurs qui font la navette entre les deux pays exercent des pressions sur les deux parties pour mettre fin à la confrontation, notamment après la flambée du cours mondial du pétrole au-delà des 100 dollars, avec le risque que cela implique d’aggraver la crise économique à l’échelle mondiale.

Au milieu d’estimations contradictoires quant à la position réelle de l’administration américaine, les difficultés auxquelles sont confrontés les médiateurs seront au cœur des réunions prévues très prochainement à Téhéran, organisées par le chef de l’armée pakistanaise, Asim Munir. D’autant plus que l’accord sur l’ouverture du détroit ne constitue pas le seul point d’achoppement dans les négociations. En effet, l’Iran souhaite, en échange de la remise en vigueur du protocole d’accord, obtenir des garanties fermes concernant la levée du blocus, le déblocage des fonds iraniens gelés, ainsi que la fin définitive de l’état de guerre. Ces conditions nécessitent des éléments supplémentaires qui pourraient faire l’objet de discussions avec d’autres parties.

Dans ce contexte, des sources indiquent que l’Arabie saoudite joue un rôle important dans ces médiations discrètes. Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane avait évoqué ce rôle lors de rencontres organisées en marge de sa visite en France, soulignant que son gouvernement était en contact quotidien avec les Iraniens, qu’il était lui-même en contact permanent avec le président Donald Trump, et que la région ne pouvait plus supporter de nouveaux affrontements.

On a appris, dans ce contexte, que M. ben Salmane avait adressé une invitation officielle aux dirigeants iraniens, alors que l’on s’attend à ce qu’une délégation iranienne, composée du président du Parlement Mohammad Baqer Qalibaf et du ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi, se rende à Riyad dans les prochains jours.

Selon ces informations, la partie saoudienne souhaite aborder la question du conflit avec l’Iran et de la situation dans le détroit d’Ormuz, ainsi que la guerre qui fait rage contre les Houthis au Yémen. Teheran s’était auparavant montré peu réceptif aux propositions concernant le Yémen, mais la situation semble aujourd’hui différente, à la lumière des développements sur le terrain qui ont montré les avancées des forces d’Ansar Allah dans toute la région côtière, ainsi que leur prise de contrôle de l’ouest de Taïz et de la région de Mokha, sur fond d’effondrements majeurs dans les rangs des forces alliées à l’Arabie saoudite.

Selon ces sources, ni la campagne politique et médiatique menée par l’Arabie saoudite et les pays du Golfe, ni les frappes aériennes intensives n’ont permis d’obtenir les résultats escomptés, tandis que la polémique fait rage entre les forces de Tarek Saleh et celles du Parti de la Réforme quant à la responsabilité de ce qui s’est passé. Quant aux Émirats, qui observent les développements de loin, ils commentent avec malice le rôle saoudien et attribuent à Riyad la responsabilité de l’explosion au sein des forces opposées à Ansar Allah.

Selon certaines sources, le dossier yéménite ne semble pas entièrement entre les mains de l’Arabie saoudite, car plusieurs éléments indiquent que les États-Unis semblent plus enclins à élargir la participation saoudienne à l’offensive contre le gouvernement de Sanaa, tandis que Washington s’est remis à renforcer le rôle des Émirats arabes unis auprès de certaines factions du sud du Yémen, dans le but d’exacerber le conflit avec Ansar Allah.

Tout le monde justifie cette situation en affirmant que Washington souhaite empêcher Houthis, et derrière eux l’Iran, de prendre le contrôle du détroit de Bab al-Mandab et de l’exercer, à l’instar de ce qui se passe actuellement dans le détroit d’Ormuz.

Mais ce qui s’est réellement produit, c’est que le détroit de Bab al-Mandab est désormais entre les mains de l’Iran et de ses alliés, et que la bataille menée par les forces d’Ansar Allah n’est qu’un élément d’une stratégie plus large qui poussera les États-Unis et plusieurs pays à revoir leurs calculs. La fermeture totale du détroit de Bab al-Mandab n’est plus une simple hypothèse théorique, mais un atout réel entre les mains d’Ansar Allah, qui a ses propres calculs et priorités, au premier rang desquelles figure la levée du blocus sur le Yémen, sans pour autant agir en dehors de la stratégie de l’axe de la résistance au niveau régional.

Al Akhbar