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Abou Dhabi, Algérie, Emirats, Mohamed Ben Zayed, relations, rupture

Par Abdelkader S. – La réaction du régime d’Abou Dhabi à la décision de rompre les relations diplomatiques surprend par sa timidité. Alors que l’Algérie vient de franchir un seuil diplomatique majeur, allant jusqu’à interdire aux aéronefs émiratis le survol de son espace aérien, le ministère émirati des Affaires étrangères s’est contenté d’exprimer le souhait que cette décision soit «temporaire» et de rappeler les liens entre les deux peuples. Rien de plus. Aucun démenti circonstancié, aucune réponse aux griefs algériens, aucune annonce de réciprocité.
Ce laconisme, face à une accusation aussi grave, peut difficilement passer inaperçue. Sur le terrain politique, elle ressemble fort à un aveu de malaise. Un Etat qui serait injustement accusé aurait normalement intérêt à démonter les accusations, à produire des explications et à défendre publiquement sa position. Abou Dhabi a choisi une tout autre voie : ne pas répondre sur le fond et espérer que la crise restera temporaire.
Cette posture prend une résonance particulière au regard des révélations diffusées ces dernières heures par la Télévision nationale. Des échanges ayant eu lieu entre des services de renseignement émiratis et des éléments infiltrés en Algérie ont notamment porté sur des opérations destinées à dénigrer l’Algérie et à promouvoir, en parallèle, une image favorable des Emirats. Autrement dit, derrière le discours officiel de coopération et de fraternité arabe, se dessine une stratégie clandestine d’influence visant clairement la stabilité de l’Algérie.
La portée de ces éléments est considérable, tant ils ne relèvent plus d’une simple divergence entre deux Etats, mais d’une entreprise organisée d’ingérence et de manipulation. La question n’est alors plus de savoir si les deux pays ont des intérêts divergents, mais jusqu’où le régime de Mohammed Ben Zayed, vassal zélé d’Israël, serait prêt à aller pour mener son entreprise déstabilisatrice sur le territoire algérien.
Les événements des dernières vingt-quatre heures donnent à la crise une dimension nouvelle. L’Algérie explique avoir épuisé les moyens de préserver les relations bilatérales avant de prendre sa décision. L’ambassadeur émirati a été convoqué et prié de quitter le territoire dans les quarante-huit heures, tandis que les appareils émiratis sont désormais interdits de survol de l’espace aérien national, sous réserve de la période transitoire accordée aux vols commerciaux. En face, Abou Dhabi ne réfute pas publiquement les accusations et demande simplement que la rupture soit temporaire.
Ce contraste en dit long. Les révélations de la Télévision publique apportent une dimension supplémentaire au dossier et renforcent l’accusation portée contre un régime coupable de pratiquer un double jeu : afficher l’amitié en public, tout en développant dans l’ombre des opérations hostiles.
La crise algéro-émiratie pose désormais la question de l’ingérence, de la guerre informationnelle et de la souveraineté nationale. Et l’attitude désinvolte adoptée par Abou Dhabi, plutôt que de dissiper les soupçons, les renforce.