
Washington a présenté cette guerre comme une nécessité pour la sécurité nationale. À la pompe, sur les quais de chargement, à la sortie des exploitations agricoles et dans les rayons des supermarchés, ce sont les Américains qui en paient le prix.
Par Michael Harrison
Pour la plupart des Américains, une guerre à l’étranger ne devient réelle que lorsqu’elle affecte le budget du ménage. Ce moment est arrivé. Le 11 septembre, le prix moyen national du diesel a grimpé à 6,06 dollars le gallon, contre environ 3,71 dollars un an plus tôt. Cela représente une hausse de plus de 60 %, et son impact va bien au-delà des relais routiers. Le diesel est le carburant qui fait tourner l’économie américaine.
La plupart des gens ne possèdent pas de voiture au diesel. Mais ils achètent de la nourriture transportée par des camions diesel, des marchandises acheminées par des réseaux de fret fonctionnant au diesel, et des produits cultivés et fabriqués à l’aide de machines fonctionnant au diesel. L’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA) estime que le secteur des transports a consommé environ 123 millions de gallons de carburant distillé par jour en 2025. Les camions et les trains acheminent la plupart des produits utilisés par les Américains, tandis que le diesel alimente également une grande partie des équipements agricoles et de chantier du pays. Lorsque le prix du diesel augmente, le surcoût ne se limite pas à la pompe. Il se répercute partout.
Cela fait du diesel à 6 dollars une sorte de taxe de guerre cachée. Elle n’est pas prélevée par l’IRS et n’apparaît pas comme un poste distinct dans le budget du Pentagone. Elle se répercute plutôt sur les surcoûts de fret, les factures d’épicerie, les coûts agricoles, les frais de livraison, les devis de construction et, à terme, l’inflation. Une estimation récente évalue le surcoût lié à la flambée du diesel à environ 46 milliards de dollars à l’échelle nationale, soit environ 350 dollars par foyer. Le montant exact par foyer variera, mais le mécanisme est simple : la hausse des coûts du carburant se répercute tout au long de la chaîne d’approvisionnement. Cela s’ajoute aux 38 milliards de dollars que la guerre a coûtés aux États-Unis jusqu’au 1er août, selon les estimations.
L’administration a présenté la guerre contre l’Iran comme une mesure de défense de la sécurité américaine. Mais la sécurité énergétique fait également partie de la sécurité nationale, et la politique menée par Washington a contribué à rendre plus dangereux le corridor pétrolier le plus important au monde. Les combats qui ont débuté le 28 février ont perturbé à plusieurs reprises le détroit d’Ormuz. Le 14 septembre, seuls quatre navires de transport de marchandises ont transité par le détroit, contre une moyenne d’environ 125 par jour avant la guerre. Les marchés se moquent de savoir qui remporte la conférence de presse. Ce qui les intéresse, c’est de savoir si les navires peuvent circuler, si les assureurs les couvriront et si les raffineries pourront remplacer les barils perdus.
Washington a également délibérément restreint l’offre iranienne. Fin août, la Maison Blanche a déclaré que l’Iran n’avait exporté aucun pétrole depuis ses côtes depuis la reprise du blocus américain en juillet. Puis, lors de la dernière escalade, les forces américaines ont coulé cinq pétroliers iraniens à la suite d’une attaque contre un navire de guerre américain, et l’Iran a riposté en s’en prenant au transport maritime. Le Brent est repassé au-dessus des 100 dollars le baril. Quelle que soit la justification stratégique que l’administration attribue à ces actions, elles n’éliminent pas le risque pétrolier du marché. Elles ne font que l’aggraver.
C’est là que la contradiction dans la politique énergétique du président Trump devient difficile à ignorer. Le 13 septembre, Trump a exhorté l’Ukraine à cesser de frapper les infrastructures russes de production de diesel, car ces attaques resserrent l’offre mondiale de carburant. Il a raison sur un point : les pannes des raffineries russes ont leur importance. La crise du diesel a plusieurs causes, et les frappes ukrainiennes ont contribué à aggraver la pénurie de carburant sur un marché déjà en difficulté.
Mais ce principe ne peut s’arrêter à la frontière russe. Si les attaques contre les infrastructures énergétiques sont inacceptables parce qu’elles font grimper les prix du carburant pour tout le monde, alors la même logique doit s’appliquer aux politiques qui bloquent les exportations iraniennes, coulent les pétroliers iraniens ou transforment le détroit d’Ormuz en zone de combat. Washington ne peut pas affirmer que le monde a besoin d’un approvisionnement stable en diesel lorsque l’Ukraine prend pour cible les raffineries russes, puis considérer que les perturbations énergétiques n’ont aucun coût lorsque les États-Unis exercent une pression militaire sur l’Iran.
Le coût budgétaire de la guerre peut faire l’objet d’un débat au Congrès ; le coût du diesel est prélevé automatiquement, transaction après transaction. Une entreprise de transport routier ne peut pas rejeter une surtaxe sur le carburant. Un agriculteur ne peut pas reporter ses récoltes parce que la géopolitique a rendu le diesel cher. Une famille ne peut pas dire au supermarché que la politique de sécurité nationale ne devrait pas être répercutée sur le prix de la laitue, du lait ou des produits ménagers.
On ne peut pas imputer chaque centime de la hausse du diesel à la guerre contre l’Iran. La guerre menée par la Russie en Ukraine, les pannes de raffineries, l’épuisement des stocks, la demande agricole saisonnière et la forte demande à l’exportation jouent tous un rôle. Mais c’est précisément pour cette raison que la politique américaine devrait réduire les chocs évitables plutôt que d’en créer de nouveaux. Un pays déjà exposé à un marché mondial du diesel tendu devrait se montrer particulièrement prudent avant de transformer une importante région exportatrice de pétrole et son principal goulet d’étranglement maritime en un champ de bataille élargi.
Si l’administration souhaite réduire cette taxe cachée, la solution ne réside pas dans une nouvelle opération navale ni dans une nouvelle promesse selon laquelle la domination militaire apaisera le marché. C’est la diplomatie qui permet de réduire la prime de risque autour d’Ormuz, de rétablir des flux énergétiques prévisibles et de circonscrire le conflit plutôt que de l’aggraver. Le critère d’une politique de sécurité ne réside pas seulement dans ce qu’elle détruit à l’étranger. Il réside également dans ce qu’elle protège sur le territoire national. Avec un prix du diesel à 6 dollars le gallon, les ménages américains apprennent cette distinction à leurs dépens.
Michael Harrison est un écrivain indépendant spécialisé dans la politique, l’histoire et les affaires internationales.