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Tout le monde ne s’en souvient pas forcément, mais il fut un temps où cela était presque inimaginable.
Caitlin Johnstone

Julian Assange est officiellement de retour sur Twitter, redonnant ainsi au monde une voix importante dont nous avions été privés en raison de la campagne menée depuis des années par l’empire américain pour réduire au silence le fondateur de WikiLeaks en le condamnant à la prison à perpétuité pour des actes journalistiques considérés comme illicites.
Tout le monde ne s’en souvient pas, mais fut un temps où ce scénario était presque inimaginable. Il semblait quasi certain que cet homme allait mourir dans la prison de Belmarsh, ou passer le reste de ses jours dans un véritable enfer aux États-Unis.
Désormais, chaque fois que mon neveu nous surprend, mon mari ou moi, à exprimer du pessimisme quant à la réussite d’un projet, il nous dit : “Hé, Assange est libre aujourd’hui”. C’est devenu notre code familial pour dire : “Tout est possible. N’abandonnez pas l’espoir”.
Nous devrions vraiment nous efforcer de l’apprécier à sa juste valeur. Ne laissez jamais l’espoir s’éteindre. Un monde meilleur est possible. Tout est possible.
Par ailleurs, il est réjouissant de voir le monde rejeter la politique de neutralité feinte d’Ed Sheeran sur la question de Gaza. “Je ne prends pas parti”, un sophisme quand un déséquilibre de pouvoir massif et l’agresseur sont flagrants, surtout lorsque votre propre pays est en partie responsable des événements. Si votre mari maltraite votre enfant et que vous n’intervenez pas, vous n’êtes pas neutre dans le scénario, et quand votre enfant grandira, vous aurez probablement autant à en répondre que le père.
Une armée moderne qui bombarde un gigantesque camp de concentration peuplé de colonisés à l’aide d’armes de destruction massive de haute technologie financées par vos impôts, ce n’est pas une “guerre” face à laquelle votre “neutralité” serait acceptable. C’est un génocide, et soit vous êtes pour, soit vous êtes contre. Il n’y a pas de troisième option confortable vous permettant d’éviter de choisir votre camp tout en évitant de passer pour un connard.
L’un des arguments les plus insensés entendu ces jours-ci est censé démontrer qu’il serait malvenu de critiquer Israël sans critiquer également le Hamas. Mais qu’est-ce que ça veut dire ? Je ne peux pas critiquer une armée high-tech dotée de l’arme nucléaire qui commet des crimes de guerre avec le soutien de mon propre pays et de ses alliés, à moins de critiquer également un minuscule groupe de militants assiégés ? Vous dites que je ne peux rien dire sur les exactions d’un État d’apartheid dont les partisans s’attaquent sans relâche à mon droit à la liberté d’expression et érodent les libertés civiles dans tout l’Occident, à moins que je ne critique dans le même temps quelques milliers de combattants de la résistance palestinienne qui ne m’ont rien fait de mal ? Mais de quoi parlez-vous ?
Non, je vais me contenter de dénoncer Israël, merci bien. Je vais dénoncer l’État dont les atrocités génocidaires sont soutenues par la structure du pouvoir où je vis et paie mes impôts, et dont le réseau de soutien détruit systématiquement mes droits et ceux de mes compatriotes. Et si ça ne vous convient pas, allez vous faire foutre.
J’ai encore quelques réflexions à partager aujourd’hui.
D’abord, j’adore voir les apologistes d’Israël râler quand les gens répondent à leurs tirades par “Je ne vais pas perdre mon temps à vous lire. Libérez la Palestine”. Tout ce que les hasbaristes ont à offrir, ce sont des discours interminables expliquant pourquoi il serait normal et acceptable de larguer des explosifs militaires sur des bâtiments remplis d’enfants. C’est pourquoi ils voient rouge quand quelqu’un leur enlève leur seule arme.
Ils sont dépourvus et de vérité, et de moralité, et tout ce dont ils disposent, ce sont des mots, des mots, des mots, des mots, et encore des mots. Enlevez-leur ces mots et ils n’ont plus rien. Et ils le savent.
Et pour finir, voici une nouvelle règle : si vous niez qu’Israël soit coupable de génocide à Gaza, c’est à vous qu’il incombe d’apporter un argument convaincant quant à la raison pour laquelle toutes les organisations de défense des droits de l’homme de la planète (y compris les organisations israéliennes) s’accordent à dire qu’il s’agit d’un génocide.
Si vous soutenez qu’il existe un complot antisémite entre toutes les organisations de défense des droits de l’homme, c’est à vous qu’il incombe de prouver l’existence de ce complot.
Si vous affirmez qu’il y a eu une conspiration islamiste pour infiltrer toutes les organisations de défense des droits de l’homme, alors c’est à vous d’apporter la preuve de cette conspiration.
Si vous affirmez qu’il n’y a pas de conspiration et que c’est simplement une coïncidence si toutes les organisations de défense des droits de l’homme considèrent qu’Israël commet des violations des droits de l’homme, alors c’est à vous de fournir un argument convaincant expliquant pourquoi toutes ces institutions composées d’experts en droits de l’homme sont par coïncidence parvenues à la même conclusion et se tromperaient.
Vous pourriez vous contenter de dire “Je ne suis pas d’accord avec leurs conclusions”, ou “Tel groupe a avancé un argument qui me semble peu convaincant”, ou encore “Ce n’est pas un génocide parce que bla bla bla”. Il vous faut vous pencher sur ce consensus unanime, car il fait désormais partie intégrante du débat.
Même les partisans de la Terre plate et les climatosceptiques, qui prétendent que tous les experts ont tort, essaient au moins d’avancer des arguments pour expliquer pourquoi il existerait un complot visant à amplifier des conclusions erronées au sein de la communauté scientifique. Or, ceux qui nient le génocide de Gaza semblent, pour une raison ou une autre, penser qu’ils n’ont pas besoin de justifier leur divergence malgré le consensus écrasant des experts dans le domaine concerné.
Vous ne pouvez plus vous permettre ça, les gars. Ça ne se fait pas. Si vous affirmez que les experts mentent au sujet d’un pays en particulier, alors fournissez une explication détaillée et crédible justifiant pourquoi cela pourrait être le cas.
Je n’ai encore jamais rencontré un seul négationniste du génocide capable de le faire, que ce soit en ligne ou ailleurs. Pas un seul.
P.S. Prétendre qu’on ne peut pas accuser Israël de génocide tant que la CIJ ne l’a pas qualifié de génocide revient exactement à prétendre qu’on ne peut pas dire que Charlie Kirk a été assassiné tant que son meurtrier n’a pas été officiellement condamné pour meurtre.