Étiquettes
attaques contre les bateaux, crimes contre l'humanité, Etats-Unis, rapport de l'ONU, recettes pétrolières du Venezuela
Plus de 230 personnes ont été tuées lors de 70 attaques menées dans le cadre de la campagne de frappes navales menées par les États-Unis.
Par Sharon Zhang,

Un rapport de l’ONU a conclu que la campagne de frappes navales menée par les États-Unis contre des trafiquants de drogue présumés dans la mer des Caraïbes et l’océan Pacifique a violé le droit international et constitue « vraisemblablement » des crimes contre l’humanité, une qualification réservée aux pires violations des droits de l’homme dans les conflits mondiaux.
Le rapport indique qu’il existe des « motifs raisonnables » de croire que ces attaques contre des embarcations constituent des « crimes contre l’humanité de type meurtre » au regard du droit international, car elles visaient des civils et non des personnes classées comme combattants au titre d’une catégorie formelle du droit international ou à tout autre titre.
Ces attaques « constituent des exécutions extrajudiciaires en série en violation du droit à la vie, n’étant justifiées ni par la légitime défense nationale ou individuelle, ni au regard du droit international humanitaire, du droit international de la mer, des conventions relatives à la lutte contre les stupéfiants ou du droit international en matière de lutte contre le terrorisme », indique le rapport.
« Il existe des motifs raisonnables de croire que les 68 attaques signalées, qui ont causé la mort de 223 personnes, constituaient des crimes contre l’humanité de meurtre au regard du droit international coutumier », poursuit-il. « Le meurtre désigne le fait de mettre fin illégalement à la vie d’une personne lorsque l’auteur avait l’intention de causer la mort ou savait qu’elle surviendrait dans le cours normal des événements. Les homicides de 223 personnes sont illégaux et intentionnels au regard du droit international. »
Ce rapport a été rédigé par le rapporteur spécial sur les droits de l’homme et la lutte contre le terrorisme, Ben Saul, qui avait déjà qualifié ces frappes de meurtres.
Les États-Unis ont défendu ces frappes en les qualifiant de légales et menées en « légitime défense ».
Mais M. Saul a rejeté cette version des faits, déclarant : « La notion de menace imminente pour la vie ne s’étend pas jusqu’à englober une chaîne de causalité atténuée dans laquelle des décès potentiels futurs résultent de la consommation de drogue après que de nombreuses étapes intermédiaires se sont produites. » Les proches des victimes ont déjà indiqué que les personnes tuées lors de certaines frappes n’étaient que des pêcheurs.
Depuis la rédaction de ce rapport, les États-Unis ont mené plusieurs autres frappes, portant le total à 70, avec 234 morts, selon le décompte du New York Times. Dans le dernier rapport sur les attaques publié par le Commandement Sud des États-Unis sur les réseaux sociaux, l’armée affirme sans preuve qu’une frappe a été menée contre un navire qui aurait été « activement impliqué dans le trafic de drogue » et qu’elle a tué « quatre narco-terroristes ». Des images granuleuses de l’explosion montrent un navire touché par un missile qui explose immédiatement en un énorme panache de flammes.
Saul a souligné le caractère sans précédent de la désignation par les États-Unis de « narco-terroristes ». Il a déclaré que de telles désignations ne modifiaient en rien les lois relatives aux conflits et aux dommages causés aux civils, et a fait remarquer que le trafic de drogue ne constituait pas un acte de force militaire. Il a également dénoncé les tentatives de l’administration Trump de sanctionner les anciens combattants siégeant au Congrès qui ont rappelé aux soldats leur droit de désobéir à des ordres illégaux.
« Le droit militaire américain interdit les crimes de guerre, les meurtres et les homicides involontaires, y compris en dehors du territoire national », a écrit Saul. « Le gouvernement a malheureusement sanctionné d’anciens militaires qui avaient appelé les forces américaines à désobéir à des ordres illégaux, plutôt que ceux qui auraient commis des homicides illégaux. »
Il a appelé le gouvernement américain à poursuivre les auteurs de ces frappes « pour des crimes (tels que le meurtre et les crimes contre l’humanité) reflétant la gravité des attaques », ainsi qu’à accorder des réparations aux familles des personnes tuées.
Le rapport de Saul intervient quelques jours seulement après qu’une mission d’enquête de l’ONU a conclu que les États-Unis avaient commis des crimes de guerre lors de deux frappes contre l’Iran, notamment contre une école primaire à Minab, menées le premier jour de la guerre et ayant causé la mort de près de 200 civils.
Le rapport conclut également que les « enlèvements transfrontaliers » par les États-Unis du président vénézuélien Nicolás Maduro et de son épouse — ainsi que le raid militaire qui les a accompagnés — constituent également des violations du droit international, les comparant à l’invasion du Panama par les États-Unis en 1989, largement condamnée. Il condamne par ailleurs la saisie par le président Donald Trump des recettes pétrolières du Venezuela, estimant qu’elle équivaut à plusieurs violations potentielles.
« Il n’existe aucun droit international autorisant le recours à la force pour réprimer ce qu’on qualifie de “narco-terrorisme”. Une agression entraînant la perte de vies humaines viole ipso facto le droit à la vie. Le recours à la force a également violé la souveraineté du Venezuela et le devoir international de non-ingérence », a écrit Saul.
Les menaces de Donald Trump de recourir à la force contre Cuba, le Mexique et la Colombie dans le cadre de la lutte contre le trafic de drogue sont également interdites par le droit international, conclut le rapport.