Étiquettes

, , , , ,

Des rumeurs persistentes circulent dans les milieux de la défense selon lesquelles l’Algérie — puissance navale incontestée d’Afrique du Nord — serait en train de se positionner discrètement en vue d’un accord de facilitation navale avec la Guinée ; si cela s’avérait vrai, ce serait un véritable séisme géopolitique.

Pourquoi c’est important : la grande stratégie

Depuis des années, l’Algérie vante les mérites d’un projet : le Corridor transsaharien, un mégaprojet reliant les ports méditerranéens au golfe de Guinée par des autoroutes, des gazoducs et des câbles à fibre optique. Lors d’un récent forum à Alger, l’ancien président nigérien Mahamadou Issoufou a littéralement qualifié l’Algérie de « moteur principal » de ce corridor. Mais voici le hic : les corridors économiques ont besoin d’une protection navale. Une route aboutissant au golfe de Guinée sans port d’escale ami constitue une vulnérabilité, et non une stratégie.

L’intervention militaire algérienne au Niger, à la demande du gouvernement de ce pays du Sahel, relève en partie de cette grande stratégie.

À quoi ressemblerait un accord de facilitation navale ?

Il s’agit de droits d’accès aux ports, de patrouilles maritimes conjointes et d’installations de soutien logistique. La marine algérienne n’est pas qu’une simple vitrine : elle dispose de 101 navires de guerre, dont officiellement 6 sous-marins, et bénéficie d’un budget de défense de 25 milliards de dollars qui dépasse de 41 fois l’ensemble des dépenses militaires de la Guinée. L’Algérie s’est lancée dans une modernisation effrénée, construisant des corvettes avec l’expertise chinoise et se positionnant comme la première puissance navale d’Afrique. Une base d’opérations avancée, voire des escales régulières à Conakry, étendraient la portée de l’Algérie de plusieurs milliers de kilomètres, lui permettant de surveiller les voies pétrolières et les routes maritimes du golfe de Guinée.

Est-ce confirmé ? Absolument pas. Mais réfléchissons-y : l’Algérie vient d’accueillir, en juin 2026, le commandant des Forces navales américaines pour l’Afrique. Des navires de guerre de l’OTAN font escale à Oran pour des exercices. L’Algérie déploie sa diplomatie navale à tous les niveaux. La Guinée, quant à elle, recherche désespérément des partenaires en matière de sécurité alors qu’elle traverse une période de transition post-coup d’État et gère l’énorme projet d’exploitation du minerai de fer de Simandou. La mission économique algérienne à Conakry fin 2025 a déjà abordé des projets ferroviaires, portuaires et routiers. La dimension militaire constitue la suite logique.

Si l’Algérie parvenait à conclure un accord de facilitation navale en Guinée, cela constituerait la preuve définitive que sa stratégie « de la Méditerranée au golfe de Guinée » est opérationnelle, et non pas simplement une aspiration. Cela indiquerait qu’Alger ne se contente pas d’être une puissance régionale : elle souhaite devenir un acteur maritime à l’échelle continentale. Et dans un golfe de Guinée déjà saturé d’intérêts navals chinois, français et américains, une nouvelle présence algérienne ne serait rien de moins qu’un bouleversement tectonique.

Strategika51