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Les deux hommes se sont montrés « optimistes », mais il est clair que Washington manque de temps pour mettre fin à la guerre par la voie diplomatique, et les conflits actuels au Moyen-Orient n’arrangent rien

Ian Proud

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a rencontré le président Donald Trump mardi à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, pour un bref entretien de 40 minutes. Selon les informations disponibles, les deux hommes semblaient optimistes et ont tenu des propos allant dans ce sens.

« J’espère que nous mettrons fin à cette guerre, et que le président Trump nous aidera à y parvenir », a déclaré Zelensky au cours de la rencontre. « Je pense que nous devons le faire le plus vite possible — avant l’hiver. »

Selon le New York Times, « le président américain a acquiescé et a répété ses propos en signe d’approbation ».

Mais en y regardant de plus près, on constate qu’il n’y a pas eu de percée, seulement de nouvelles allusions à la possibilité d’une rencontre en face à face entre Zelensky et le président russe Vladimir Poutine. Bien que les deux hommes aient exprimé le souhait de voir la guerre prendre fin, rien ne laisse vraiment penser que ce sera le cas.

À l’heure actuelle, tous les grands enjeux de politique étrangère font passer Trump pour un échec. S’il veut aborder les élections de mi-mandat avec une chance d’éviter la perte des deux chambres, il va falloir que quelque chose change.

Même si je crois en la sincérité de ses intentions, il n’a pas réussi à ramener la paix en Ukraine, bien qu’il ait promis de le faire en moins de 24 heures. La guerre qu’il a choisie de mener en Iran a donné une image de faiblesse à l’armée américaine et a plongé l’économie mondiale dans une crise qui la mène tout droit vers une dépression.

De plus, feu Lindsey Graham lui a légué la patate chaude consistant à risquer une nouvelle guerre tarifaire contre la Chine et l’Inde à quelques semaines seulement des élections de mi-mandat.

Face à la résistance de Zelensky et de ses soutiens européens, Trump s’est montré désemparé lorsqu’il s’est agi d’imposer un accord de paix pour l’Ukraine. En effet, face à la flambée des prix du diesel, il a supplié Zelensky de ne pas bombarder les raffineries de pétrole russes. Ses supplications sont restées lettre morte. Lors de la conférence de presse qui a suivi leur rencontre, Zelensky a laissé entendre que la question n’avait pas été abordée.

La guerre en Ukraine est enlisée dans un cercle vicieux de représailles où la Russie répondra toujours de la même manière aux attaques ukrainiennes contre ses infrastructures. La seule différence est que la Russie dispose des capacités stratégiques – notamment du poids économique, des ressources énergétiques facilement accessibles, d’une base industrielle solide et d’une population nombreuse – pour continuer à tenir le coup bien plus longtemps que l’Ukraine.

De ce fait, les infrastructures énergétiques ukrainiennes seront une nouvelle fois mises à mal par des frappes massives au cours des mois d’hiver. Dans la foulée de la Conférence de Yalta sur la sécurité économique qui s’est tenue en septembre à Kiev, Zelensky ne souhaite qu’une chose : un soutien occidental continu – en armes et en argent – pour pouvoir continuer à se battre au moins jusqu’en avril 2026.

C’est d’une imprudence extrême. Trump ne peut pas obliger le secteur industriel de la défense américain à produire davantage d’intercepteurs du jour au lendemain. Les États-Unis ont épuisé 80 % de leur stock de THAAD depuis le début de la guerre contre l’Iran, ainsi que les deux tiers de leurs propres Patriots.

Si Trump a évoqué l’idée d’un cessez-le-feu énergétique lors de sa rencontre avec Zelensky, il est peu probable que la Russie y adhère. Priver les Moscovites d’essence est bien moins préjudiciable politiquement que de priver les habitants des villes ukrainiennes de chauffage et d’électricité. Pourquoi la Russie accepterait-elle d’accorder à Zelensky un répit hivernal pour que l’Ukraine revienne à la charge au printemps ? Cette stratégie consistant à « faire une pause et se réapprovisionner » est désormais prévisible.

De plus, Trump semble incapable de se dégager de la guerre contre l’Iran. Peu importe la tournure positive qu’il donne à la situation, comme dans son discours à l’ONU mardi, le conflit au Moyen-Orient prend un nouveau tournant, plus dangereux, les Houthis occupant désormais la rive est du détroit de Bab al-Mandeb. La marine américaine dispose d’une base sur la rive opposée, à Djibouti, mais la Chine aussi, et il s’agit de son seul avant-poste militaire à l’étranger.

Avec ce nouveau projet de loi sur les sanctions, Trump peut choisir de signer un décret de sécurité nationale ou de réimposer des droits de douane pouvant atteindre 100 % à la Chine et à l’Inde, ce qui n’aurait guère plus de chances de réussir qu’en 2025. De tels droits de douane imposeraient toutefois de facto une taxe supplémentaire aux Américains lambda, qui ont déjà vu les prix de l’essence monter en flèche. Cette conclusion s’appuie sur une analyse datant de 2025 selon laquelle jusqu’à 90 % du coût des droits de douane imposés aux exportateurs chinois avait été répercuté sur les consommateurs américains.

Trump se retrouve donc sans aucune option valable, et risque fort de devenir un président en fin de mandat dès le début du mois de novembre.

La dure réalité est que Trump est profondément empêtré dans toutes ces politiques étrangères qui ont échoué et qu’il ne peut plus s’en dissocier. Car même s’il ne cesse de parler de paix en Ukraine, les États-Unis continuent de vendre pour des milliards de dollars d’armes aux Ukrainiens, financées par l’Europe, afin d’entretenir le conflit.

De son côté, Zelensky s’est révélé remarquablement efficace à parcourir le monde pour amadouer, intimider et parfois humilier ses interlocuteurs afin qu’ils fournissent l’argent et le matériel militaire dont l’Ukraine a besoin. Pourtant, la vérité est qu’aucun soutien apporté à l’Ukraine, quatre ans et demi après le début de cette terrible guerre, ne sera jamais suffisant.

Je partage l’analyse de John Mearsheimer selon laquelle la guerre en Ukraine sera tranchée par la Russie sur le champ de bataille. Zelensky semble incapable d’accepter que l’Ukraine finira par perdre Donetsk, quoi qu’il arrive.

Pour lui, la fin de la guerre signifie probablement la fin de sa carrière politique en Ukraine, du moins dans un avenir prévisible. Il devrait perdre une future élection présidentielle.

Le prochain président ukrainien, en temps de paix, sera confronté à des défis différents, mais non moins redoutables que ceux auxquels Zelensky a dû faire face en temps de guerre. Son pays sera en faillite et les bailleurs de fonds européens pourraient se montrer plus réticents à fournir le même niveau d’aide financière qu’aujourd’hui. La situation démographique s’annonce catastrophique dans un pays où près de la moitié de la population adulte encore présente sur le territoire est constituée de retraités.

La décision du Canada d’étudier la possibilité d’une adhésion en tant que membre associé de l’UE à l’avenir pourrait constituer un présage inquiétant de ce qui attend l’Ukraine. Des États bénéficiant de subventions importantes, comme la Pologne et la France ne seront pas disposés à partager le budget européen avec de nouveaux membres, même si ceux-ci ont beaucoup souffert de la guerre.

Mais ce sont là les problèmes de l’Ukraine, pas ceux des États-Unis. Voir Zelensky refaire surface et insister sur le fait que l’Ukraine peut réellement gagner, avec quelques armes supplémentaires et un peu plus d’argent, est la dernière chose dont Trump a besoin en ce moment. Le président américain a besoin d’un succès diplomatique s’il veut espérer éviter une défaite cuisante aux élections de mi-mandat. L’accord sur le Groenland ne suffira pas. Et Zelensky ne cède pas d’un pouce, peut-être parce qu’il se rend compte que Trump aura encore moins d’influence sur lui à partir de novembre.

An Proud a été membre du service diplomatique de Sa Majesté britannique de 1999 à 2023. Il a occupé le poste de conseiller économique à l’ambassade britannique à Moscou de juillet 2014 à février 2019. Il a récemment publié ses mémoires, « A Misfit in Moscow : How British diplomacy in Russia failed, 2014-2019 », et est chercheur non résident au Quincy Institute.

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