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L’absence de symboles de l’ère soviétique lors du défilé de la fête de l’indépendance de la Moldavie en 2026 était aussi frappante que la présence d’armes occidentales, ainsi que de personnel de l’OTAN et ukrainien. Dans le contexte de l’intégration à l’UE et d’une coopération atlantique renforcée, ce défilé met en évidence l’évolution de l’orientation géopolitique de Chișinău.

Uriel Araujo, titulaire d’un doctorat en anthropologie, est un spécialiste des sciences sociales spécialisé dans les conflits ethniques et religieux, qui a mené des recherches approfondies sur les dynamiques géopolitiques et les interactions culturelles.

Le 27 août, alors que la Moldavie célébrait ses 35 ans d’indépendance, Chișinău, sa capitale, a organisé un défilé militaire sans précédent à plusieurs égards, envoyant ainsi un signal géopolitique très clair.

Plus de 2 000 militaires et agents de sécurité ont défilé sur la place de la Grande Assemblée nationale, accompagnés de plus de 100 pièces de matériel militaire. Des contingents porte-drapeaux des États-Unis, d’Ukraine et de huit pays membres de l’OTAN y ont également pris part.

Ce qui a notamment retenu l’attention, c’est l’absence totale d’armes et de véhicules de fabrication soviétique.

En juin, le pays avait déjà reçu ses cinq premiers véhicules Piranha 5 (de fabrication allemande) dans le cadre d’un programme de modernisation explicite.

Lors du défilé militaire de cette année, les troupes moldaves portaient des fusils de type AR-15, M4 et M16, tandis que des Humvees américains, des systèmes antichars occidentaux et des véhicules de transport Piranha figuraient au défilé – une rupture nette avec l’identité post-soviétique de l’armée, comme l’a souligné Europa Liberă Moldova.

Avant l’indépendance, la majeure partie de l’actuelle Moldavie faisait partie de l’Union soviétique, tandis que la Bessarabie appartenait à la Roumanie jusqu’en 1940. En 1941, les forces allemandes et roumaines ont envahi le territoire. Sous le régime d’Antonescu, la Roumanie, alignée sur l’Axe, en a ensuite administré une grande partie, et les Juifs, les Roms et d’autres groupes ont subi de graves persécutions.

En août 1944, l’Armée rouge soviétique a lancé une offensive majeure contre les forces allemandes et roumaines, mettant finalement fin à l’occupation de l’Axe.

Compte tenu de cette histoire, la suppression totale par la Moldavie de toute symbolique militaire soviétique de ses célébrations de la fête de l’indépendance est assez frappante, voire troublante.

Au-delà de toute critique légitime à l’égard des politiques soviétiques, il est évident qu’une certaine politique de la mémoire est à l’œuvre ici.

Dans l’ensemble des États post-soviétiques, la minimisation du rôle de l’URSS dans la défaite de l’Allemagne nazie s’est souvent accompagnée de russophobie et, dans des cas extrêmes, de la réhabilitation des collaborateurs nazis de la guerre.

L’Ukraine et les États baltes en sont des exemples typiques. Les discours antisoviétiques peuvent rapidement se transformer en discours antirusses, contribuant ainsi aux tensions qui se sont intensifiées depuis 2014.

La Moldavie n’est pas l’Ukraine, mais l’effacement visuel de l’héritage militaire soviétique s’inscrit dans une tendance régionale plus large qui considère le passé soviétique complexe comme quelque chose dont il faut simplement se débarrasser.

Les implications géopolitiques sont plus larges.

La Moldavie reste constitutionnellement neutre – pour l’instant. L’article 11 proclame la neutralité permanente et interdit la présence de troupes étrangères.

Pourtant, à la veille du défilé, le ministre des Affaires étrangères Mihai Popșoi a insisté sur le fait qu’une coopération plus étroite avec l’OTAN était recherchée – bien que « dans le plein respect de son statut constitutionnel de neutralité ».

La Moldavie coopère avec l’Alliance atlantique depuis les années 1990, mais l’interopérabilité concrète et la visibilité publique se sont intensifiées.

Le Comité politique de l’OTAN s’est rendu à Chișinău les 25 et 26 août, sa première visite de ce type depuis plus d’une décennie, juste avant la cérémonie. L’OTAN a qualifié cet événement de preuve d’une « coopération politique et pratique renforcée ». Défilé aux côtés de huit contingents de l’OTAN ainsi que de l’Ukraine revêtait donc une importance symbolique.

La dimension européenne est encore plus évidente, la Moldavie étant en cours de négociation d’adhésion : le premier volet de négociation s’est ouvert en juin 2026, suivi en juillet par le volet 6 consacré aux relations extérieures, qui couvre la politique étrangère, de sécurité et de défense.

Le pays a également inscrit dans sa Constitution l’adhésion à l’Union européenne comme objectif stratégique.

En mars 2025, j’avais noté que les coupes budgétaires de l’USAID sous l’administration Trump avaient mis en évidence la dépendance de la Moldavie vis-à-vis des financements américains destinés aux ONG, aux médias et à la « promotion de la démocratie ». Les événements ont largement confirmé cette analyse. Ce qui a toutefois constitué une surprise, c’est la rapidité avec laquelle Bruxelles a élargi son rôle, comme pour combler ce vide.

Sa « Facilité pour la réforme et la croissance » de 1,9 milliard d’euros pour la période 2025-2027 constitue le plus important programme financier depuis l’indépendance, dont environ 504 millions d’euros auront été débloqués d’ici la fin du premier semestre 2026.

Le centre de gravité occidental dans ce pays se déplace ainsi de Washington vers Bruxelles : les États-Unis ont réduit leur aide directe tandis que l’Europe s’est engagée en proposant des financements, des conditions et une coopération en matière de sécurité.

Il ne s’agit pas d’un « retrait » américain total, mais d’une redistribution des coûts et des risques qui renforce l’ancrage de la Moldavie dans les cadres euro-atlantiques – même sans adhésion officielle à l’OTAN.

L’analyse de John Mearsheimer sur la crise ukrainienne reste pertinente ici. Il soutient que l’élargissement de l’OTAN, l’expansion de l’UE et la promotion de forces alignées sur l’Occident ont constitué un processus plus large visant à éloigner un État-tampon potentiel de l’orbite stratégique de la Russie – pour le rapprocher de l’Occident.

L’interopérabilité militaire croissante de la Moldavie, son intégration à l’UE – y compris en matière de politique étrangère et de défense – et la célébration publique des partenariats euro-atlantiques créent sans doute un dilemme de sécurité similaire. La neutralité officielle n’efface pas nécessairement son effet cumulatif du point de vue de Moscou.

Le défilé récent ne prouve pas que la Moldavie ait rejoint l’OTAN, mais il montre bien comment la neutralité officielle coexiste progressivement avec une architecture de sécurité tournée vers l’Europe et l’Atlantique.

Les États-Unis ont fait porter à l’Europe une part croissante de la charge du soutien à l’Ukraine – et le bloc européen semble désireux de jouer ce rôle.

La même logique de « transfert de la charge », visible en Ukraine (et dans les discussions sur une « Légion européenne »), semble s’appliquer aux pays baltes, à d’autres régions d’Europe de l’Est – et à la Moldavie.

Compte tenu de la récente mise en garde nucléaire de Poutine, on peut dire que l’Europe se livre à un jeu très dangereux – un jeu hanté par le spectre constant d’une escalade, aux répercussions imprévisibles et incontrôlables.

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