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Yvan Pandelé

Pitch Comment, pour Heidi.news
Pitch Comment, pour Heidi.news

Ce n’est pas mai 68, il suffit de lire les slogans pour s’en rendre compte. «L’imagination au pouvoir!», «Faites l’amour, pas la guerre!» ont laissé la place à «Études, logement, dignité» et «Bouffe ma chatte, pas mon avenir». Il y a comme une perte de sens qui étreint les lycéens français, descendus en masse dans la rue. Et alors que les sceptiques ironisent sur la dénonciation du 8-18 heures, les spécialistes de l’éducation insistent plus volontiers sur le manque profond de moyens et de perspectives.

Mais quel que soit le sens qu’on donne au mouvement — et les déclencheurs qu’on lui prête, de l’extrême gauche à l’interdiction du portable —, la réponse des autorités s’inscrit dans une ligne bien connue. Tout en multipliant les signaux d’écoute, le gouvernement s’active pour accélérer son projet de loi «casseurs-payeurs» et assume une réponse policière raide comme un piquet — «il n’y a aucune consigne de retenue», a martelé le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez sur TF1, avant un rappel à l’ordre général venu de l’Elysée.

On n’arrête pas le progrès

Difficile de ne pas voir la filiation avec le mouvement des Gilets jaunes, brisé et radicalisé — les deux vont de pair — à grands renforts de matraques, de LBD, de grenades lacrymogènes ou de désencerclement. Petite nouveauté de la saison automne-hiver 2026: les boucliers stroboscopiques, qui éblouissent les manifestants et empêchent de filmer les interventions. La Ligue des droits de l’homme s’en est émue, en vain.

On a aussi vu ça et là la police confisquer les pancartes, s’arrogeant le droit de censurer les slogans lycéens selon une logique dont personne n’a la clé, d’autant que la base légale paraît pour le moins discutable. Tout cela sous couvert de maintenir l’ordre face à un mouvement qui, même s’il a traîné des destructions matérielles d’ampleur dans son sillage, est essentiellement non violent et porteur de revendications légitimes.

C’est là une évolution qu’il convient de noter. Olivier Cahn, professeur de droit pénal à l’université de Cergy, rappelle pour Public Sénat que la doctrine de maintien de l’ordre française s’est longtemps caractérisée par une mise à distance des manifestants, seul moyen d’assurer la sécurité physique des deux côtés, au prix d’une tolérance sur les atteintes aux biens.

De plus en plus au contact

Longtemps considéré comme exemplaire, le maitien de l’ordre à la française a opéré ces 20 dernières années un mouvement inverse à celui des pays d’Europe de l’Ouest et du Nord, engagés dans la désescalade. Deux tournants:

  • L’émergence d’une nouvelle culture policière plus frontale et la généralisation du LBD face aux black blocs et aux émeutes de banlieue, au cours de la décennie 2000 (notamment sous Sarkozy), dont on sait ce qu’elle produira en matière de gueules cassées.
  • La judiciarisation du maintien de l’ordre, lors des manifestations contre la loi travail de 2016 (Hollande), avec l’introduction d’unités mobiles de la brigade anti-criminalité, pas réputées pour leur grâce, afin d’interpeller à tout prix les fauteurs de troubles.

On connaît le résultat: 6877 manifestants arrêtés en dix jours depuis le début du mouvement national des lycéens, avec ce que cela suppose de brutalité et d’arbitraire. C’est colossal, presque autant qu’en un an de mouvement des Gilets jaunes, lors duquel on a comptabilisé quelque 7500 interpellations.

Sauf que cette fois, 86% sont mineurs. La BAC avant le bac, en somme.

Yvan Pandelé Rédacteur en chef adjoint .Après un début de carrière comme ingénieur dans la défense aérienne, puis un détour par la linguistique et les sciences cognitives, Yvan Pandelé a exercé comme journaliste scientifique dans la presse médicale française. Il rejoint Heidi.news à Genève en 2019 comme journaliste santé, où il traite des sujets brûlants autour de la pandémie, avant de devenir chef d’édition puis rédacteur en chef adjoint en 2026.

Heidi News