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Ibrahim Al-Amine

Les mesures prises par l’autorité tutélaire ces derniers jours ont montré que tous les discours sur la volonté des présidents Joseph Aoun et Nawaf Salam de s’ouvrir au dialogue avec le Hezbollah, dans le but de « apaiser » la situation dans le pays, ne sont que supercherie et mensonges, et qu’ils ont réaffirmé leurs engagements envers les États-Unis et l’Arabie saoudite de mener une guerre totale contre la résistance, sur les plans politique, économique, médiatique, militaire et même sécuritaire. Cela s’est traduit par la demande adressée à l’armée et aux forces de sécurité de poursuivre tout membre du Hezbollah soupçonné d’être impliqué dans des opérations de transport d’armes, et de convoquer tout responsable du parti dont les enquêtes révéleraient un lien avec cette affaire, quelle que soit sa position hiérarchique.

À la fin de la semaine dernière, Aoun et Salam ont failli précipiter le pays vers une grave crise lorsqu’ils ont donné l’ordre au commandement de l’armée, aux Forces de sécurité intérieure et aux services de renseignement d’étendre les enquêtes sur l’affaire du camion de Dahr al-Baydar. Les services ont reçu des instructions claires, notamment des mandats judiciaires visant à poursuivre les personnes dont les noms auraient été révélés lors des enquêtes menées auprès des deux membres du Hezbollah, selon des sources proches d’Aoun et de Salam. Cependant, des contacts entre responsables de la sécurité et militaires ont abouti à une clarification de la part du procureur général de la Cour de cassation, Ahmad Rami al-Hajj, qui a précisé qu’il n’avait demandé l’arrestation de personne, mais bien la poursuite de l’enquête. Lorsqu’un responsable lui a demandé s’il était utile de démentir cette information, il aurait répondu : « Pourquoi publier un communiqué qui les rassurerait ? Gardons-les dans l’inquiétude. »

Al-Hajj, qui s’est rallié au chœur des personnes désignées par les délégués américain et saoudien au Liban, et qui supervise des opérations d’enlèvement menées par des groupes de sécurité relevant de l’ambassade syrienne au Liban contre des citoyens syriens résidant au Liban, puis leur transfert secret vers la capitale syrienne, avait déjà pris une série de positions fondées sur l’idée qu’il mettait en œuvre les décisions du gouvernement concernant la classification de la branche militaire du Hezbollah comme organisation hors-la-loi.

Rubio met en garde Aoun contre le boycott des négociations et insiste sur l’abrogation de la loi sur le boycott et l’arrestation des dirigeants du parti

Mais ces mesures ne constituent que la partie visible de l’iceberg. Les ententes qui se nouaient en coulisses avec les Américains et les Saoudiens ont commencé à être rendues publiques sans détours. Si la partie saoudienne était accaparée par son calvaire au Yémen, les Américains se sont montrés plus explicites dans l’expression des exigences adressées aux autorités libanaises. Cela s’est manifesté avec l’arrivée du nouveau directeur de la station de la CIA à Beyrouth, connu sous le nom d’« Austin », succédant à l’ancienne directrice Sherry Baker, qui a été mutée au poste de coordinatrice des stations de l’agence au Moyen-Orient. Ce responsable américain de la sécurité a rencontré plusieurs responsables libanais, leur transmettant « des exigences claires visant à poursuivre les mesures d’isolement du Hezbollah et à entamer des démarches en vue de son désarmement ». Il a ajouté que « si les conditions de sécurité dans le Sud empêchaient la mise en œuvre de ces mesures en raison de la mobilisation militaire, il incomberait alors au gouvernement libanais de prendre des mesures concrètes dans le reste du territoire libanais ».

Selon les informations d’« Al-Akhbar », « Austin » s’est rendu chez l’ennemi avant d’arriver à Beyrouth, et il est revenu en adoptant le point de vue israélien qui accuse l’armée libanaise de ne pas prendre de mesures concrètes contre le Hezbollah, et s’appuie sur cela pour justifier la non-extension du principe des « zones pilotes ». Le responsable américain a été sans détour en invitant les responsables libanais à ne pas s’attendre à ce que Washington exerce la moindre pression sur Israël, tout en leur demandant de prendre des mesures démontrant la volonté du Liban de parvenir à la paix avec ce pays.

À la recherche des fonds du Hezbollah

Selon plusieurs observateurs, la vigilance qui a marqué l’attitude de la partie américaine, ainsi que la tension manifeste qui l’a accompagnée, a commencé avec la disponibilité d’informations des services de renseignement auprès d’instances occidentales, arabes et libanaises, indiquant que le Hezbollah se préparait à mettre en œuvre ce qu’avait annoncé son secrétaire général, Naïm Qassem, dans son discours prononcé à l’occasion de la commémoration du martyre de Hassan Nasrallah et de Hachem Safi al-Din, concernant l’élaboration d’un plan de soutien aux personnes déplacées.

Après le tollé suscité par le Département d’État américain, à la suite de la publication par l’agence « Reuters » d’un article faisant état de l’arrivée de 200 millions de dollars au Hezbollah, il est apparu, d’après des informations recoupées par les services de sécurité locaux, arabes et internationaux, que le montant en question est bien supérieur à celui mentionné et que le plan d’aide, dont les détails ont été présentés par le président du Conseil exécutif du Hezbollah, le cheikh Ali Daamouch, repose sur un financement estimé à environ 600 millions de dollars. Cela a coïncidé avec des enquêtes et des vérifications portant sur la situation financière du parti, visant notamment à déterminer s’il continuait à verser régulièrement les salaires de ses membres et si ses institutions sanitaires, sociales et éducatives poursuivaient leurs activités normalement.

L’un des interlocuteurs des Américains a comparé ce qui s’était passé à une « opération militaire de grande envergure et d’un genre particulier » menée par le Hezbollah, compte tenu de l’hystérie que ces informations ont provoquée à Washington et chez ses alliés arabes et étrangers. Cela s’est traduit par la transmission d’ordres aux instances politiques et médiatiques qui œuvrent dans leur intérêt au Liban ; celles-ci ont rapidement lancé une campagne axée sur la question de la provenance des fonds, relançant le dossier du contrôle des frontières et accusant les services de sécurité de négligence dans leur surveillance.

Dans ce contexte, selon certaines informations, le gouverneur de la Banque du Liban, Karim Saïd, aurait indiqué aux Américains que les canaux financiers opérant au Liban, qu’il s’agisse de la Banque du Liban, des banques commerciales, des sociétés de transfert de fonds ou des bureaux de change, n’avaient jamais enregistré d’opérations d’une telle ampleur en si peu de temps. Le paradoxe est que Saïd s’employait, dans le même temps, à estimer le volume de dollars susceptibles d’affluer vers la Banque du Liban à la suite de la vague de dépenses que générerait le nouveau plan de soutien !

Ordres militaires

Mais cela ne s’est pas arrêté là : le ministre américain des Affaires étrangères, Marco Rubio, a lui-même pris les rênes de la situation et a passé un appel téléphonique au président Joseph Aoun, lui demandant de prendre une série de mesures. Après avoir exprimé son étonnement face au fait que les autorités libanaises ne disposaient d’aucune information concernant l’arrivée de centaines de millions de dollars au Hezbollah, Rubio a demandé à Aoun de s’employer immédiatement à abroger la loi de boycott. Cette mission a ensuite été reprise par l’ambassadeur américain à Beyrouth, Michel Issa, lors de ses rencontres avec des députés et à travers des prises de position publiques, en réponse aux poursuites engagées par des militants des droits de l’homme contre l’ambassadrice libanaise à Washington, Nada Maawad, en raison de ses contacts illégaux avec l’ambassadeur de l’ennemi aux États-Unis.

Rubio tenait toutefois davantage à faire savoir à Aoun que le fait de ne pas participer au cycle de pourparlers militaires prévu à Tampa aurait des répercussions négatives sur le déroulement des négociations, et il lui a demandé de faire pression sur le commandement de l’armée pour qu’il accepte un mécanisme de coordination directe avec l’armée d’occupation. Il a indiqué que le Commandement central américain réduirait progressivement les effectifs de son équipe chargée de la médiation entre les deux parties. De même, Rubio a demandé à Aoun de fournir des « preuves » du sérieux du Liban dans la poursuite des responsables de l’attentat du camion de Dahr al-Baydar. Ces points ont été abordés dans le communiqué publié par le palais présidentiel au sujet de cet entretien.

Les piliers de l’autorité tutélaire et les adversaires de la résistance misent à nouveau sur une nouvelle guerre visant à anéantir la résistance

Afin de dissiper toute ambiguïté quant à la nature des exigences américaines, le porte-parole du Département d’État américain a déclaré hier que l’accord-cadre stipulait explicitement que le gouvernement libanais devait désarmer le Hezbollah sur l’ensemble du territoire libanais, estimant que cette mesure constituait une condition nécessaire à la mise en œuvre de l’accord. C’est la même position que le responsable américain de la sécurité, « Austin », avait exprimée lors de ses entretiens avec des responsables libanais. Lorsqu’on lui a fait remarquer que le désarmement par la force impliquerait d’entraîner l’armée libanaise dans un affrontement avec le Hezbollah sur les plans politique, populaire et militaire, il a répondu froidement : « Pourquoi craignez-vous un affrontement avec le Hezbollah, et pourquoi craignez-vous la guerre civile si celle-ci est un moyen d’asseoir l’autorité de l’État ? ».

Un test par les armes

Au Liban, Aoun et Salam ont décidé de saisir l’occasion pour prendre des mesures visant à sonder le terrain auprès du Hezbollah et à tester sa réaction face aux dispositions prises. Dans ce cadre, ils ont demandé à l’armée et aux services de sécurité de se tenir prêts à mener des opérations de nature militaire et sécuritaire dans la banlieue sud, à Beyrouth, dans le Bekaa et dans le Sud.

Des informations ont commencé à filtrer concernant l’intention de mener des perquisitions dans des appartements et des entrepôts de la banlieue. Ces développements ont poussé le Hezbollah à réagir rapidement et à faire savoir aux autorités sécuritaires et militaires qu’il était conscient qu’elles exécutaient des ordres émanant du pouvoir politique, mais il a averti que l’exécution aveugle de ces directives pourrait conduire à un affrontement interne dont la responsabilité incomberait aux forces d’intervention, et non pas uniquement à celles qui ont donné les ordres. Ce message s’accompagnait d’avertissements directs et fermes, selon lesquels les membres du parti et de la résistance considéreraient toute tentative d’entrée par la force dans une installation quelconque ou l’arrestation d’un responsable du parti comme une agression israélienne, et que la riposte serait identique à celle adressée à Israël. Le parti ne s’est pas contenté de cela, mais a pris des mesures sur le terrain permettant aux forces de sécurité et militaires de saisir toute la portée de ce message ; ainsi, des responsables militaires et de sécurité ont pris l’initiative de rechercher, avec les responsables concernés, des solutions permettant d’éviter tout affrontement.

Le retour des paris des deux dernières années

Ce qui frappe dans l’ensemble de ces événements, c’est que les dirigeants de l’Autorité ne disposent d’aucun nouvel atout. Au lieu de faire le bilan de leurs actions et de leurs choix au cours des six derniers mois, ils parient à nouveau sur une intervention militaire d’Israël, estimant que celle-ci sera cette fois décisive pour anéantir la résistance au Liban. Ce sont là des propos répétés par les dirigeants de l’État et les membres de leurs équipes de conseillers, s’appuyant sur des informations parvenues aux hauts responsables selon lesquelles la guerre avec l’Iran pourrait reprendre à tout moment, et qu’Israël profiterait de la moindre erreur commise par le Hezbollah pour lancer une vaste campagne militaire qui mettrait fin à tous les accords antérieurs.

Ces dirigeants, parmi lesquels figurent des chefs de partis de droite, ont le sentiment que Washington et Riyad poussent les adversaires du Hezbollah au Liban à passer de positions politiques à des actions concrètes sur le terrain. Une source au sein du parti aurait déclaré, lors d’une réunion interne, que la pression exercée sur l’armée et les forces de sécurité visait à les pousser à intensifier les mesures destinées à encercler le Hezbollah et à l’empêcher de combattre Israël, et que cela était nécessaire pour éviter de causer davantage de dommages au Liban. C’est là un raisonnement qui ne fait que refléter un partenariat total, rappelant l’expérience du Parti des Phalanges en 1982, lorsqu’il s’était comporté en serviteur des forces israéliennes lors de leur invasion du Liban, avant que celles-ci ne le choisissent comme président de la République.

Le Hezbollah répond aux autorités : « Vous assumerez la responsabilité de vos actes »

Le chef du groupe parlementaire « Fidélité à la Résistance », le député Mohammed Raad, a souligné que la résistance « est le choix de défense nationale nécessaire et légitime du Liban », et que les tentatives visant à la diaboliser et à la dénigrer constituent « un crime national et moral », affirmant que la légitimité de la résistance est « la mère et la source de toutes les légitimités » et que nier son droit revient à « une agression contre la vie ».

Réagissant aux déclarations du chef du gouvernement Nawaf Salam, Ra’ad a déclaré que « certaines déclarations s’abissent dans le dénigrement de la résistance, qui fait l’honneur de la patrie, dans le but d’affaiblir son rôle, de nier ses réalisations nationales, de remettre en cause sa légitimité et sa nécessité, et de s’en prendre à ses membres et à son environnement, conformément aux directives des Américains, partenaires de l’ennemi ». Il a affirmé que « la résistance est le choix de défense nationale nécessaire et légitime du Liban, et que les tentatives visant à la diaboliser et à la dénigrer constituent un crime national et moral, motivé par un sionisme importé qui se heurte à un revirement et à une insolence éhontée dans la manière dont certains se désengagent du contenu de la Charte de la réconciliation nationale, ainsi qu’une partialité envers des forces étrangères qui font pression sur le Liban et les Libanais pour qu’ils se jettent dans les bras de l’ennemi sioniste, de ses protecteurs et de ses mandataires, et les poussent à enfreindre délibérément la Constitution et les lois libanaises en vigueur ».

De son côté, le député Ali Fayad a estimé que la forme et le fond des propos tenus par le ministre américain des Affaires étrangères Marco Rubio auprès du président de la République Joseph Aoun « reflètent clairement le degré de soumission atteint par les responsables libanais dans leur dépendance vis-à-vis de l’étranger ». Il a déclaré que «le pouvoir s’est employé, en toute connaissance de cause et avec détermination, à aggraver le conflit avec la résistance, de sorte que celui-ci ne se limite plus à la question des armes, mais vise désormais à s’attaquer au phénomène de la résistance sous toutes ses formes ; le pouvoir s’est ainsi mis en conflit avec une composante fondamentale de la société libanaise, et le problème ne se limite plus au seul Hezbollah». Il a souligné que cette autorité avait conduit « le pays à un point de tension interne dangereux, et qu’elle en assume l’entière responsabilité quant aux répercussions et aux conséquences. Elle doit en prendre conscience, bien le comprendre, et sortir de cette politique de l’autruche dans laquelle elle vit et qui mènera le pays à la ruine ».

Al-Haj traque les transactions immobilières

Considérant qu’il a « son mot à dire dans chaque affaire », le juge Ahmad Rami Al-Haj a pris l’initiative de coopérer à la recherche des fonds du Hezbollah. Après avoir demandé à la branche des renseignements des Forces de sécurité intérieure d’enquêter sur les sociétés de transfert de fonds et les bureaux de change, et de rechercher toute transaction pouvant mener à un lien avec le Hezbollah ou avec l’institution « Al-Qard Al-Hasan », il s’est finalement tourné vers l’examen des fonds des expatriés libanais, et en particulier des chiites d’entre eux. Il a demandé « aux personnes concernées » de vérifier l’origine des fonds utilisés dans les opérations d’achat et de vente de biens immobiliers dans différentes régions du Liban.

Alors que certaines instances politiques chrétiennes ont tenté de présenter ces mesures comme une réponse aux craintes d’une « invasion chiite » des régions chrétiennes, Al-Hajj met en réalité en œuvre une demande américaine visant à resserrer l’étau sur ce qu’on appelle « l’économie du cash », et il estime que dès lors que le Libanais est contraint de déposer son argent à la banque afin d’en vérifier la légalité, cela permet concrètement de contrôler la provenance des fonds et d’encercler ce qu’il considère comme relevant de la résistance et de ses partisans, sachant que cette mesure vise implicitement, même si le Hajj n’en a pas conscience, à resserrer l’étau sur les déplacés originaires du Sud, qui bénéficient d’un soutien important de la part des pays de la diaspora, que ce soit en Amérique du Nord, en Europe ou en Afrique.

Al Akhbar