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Gert-Ewen Ungar

Kristina Solovyova, RIA Novosti/Président de la Russie

Avec son voyage à Oslo et à Saint-Pétersbourg, l’envoyé spécial américain Steve Witkoff lance le prochain cycle de négociations visant à régler le conflit ukrainien. Les lignes de front restent les mêmes que lors des dernières tentatives de médiation. En dehors de l’Europe, on observe un intérêt sincère pour mettre fin au conflit. Les Européens de l’Ouest, en revanche, misent sur une prolongation de la guerre. L’Allemagne, en particulier, est prise au piège de l’armement. Friedrich Merz a lié la croissance économique en Allemagne à la poursuite de la guerre en Ukraine. Par Gert-Ewen Ungar.

Les négociations ont repris. L’envoyé spécial américain Steve Witkoff s’est rendu à Oslo puis à Saint-Pétersbourg pour des entretiens. En Norvège, Witkoff a rencontré des représentants de l’UE et le chef de l’État ukrainien Volodymyr Zelensky. Le lendemain, Witkoff a été reçu par le président russe Vladimir Poutine à Saint-Pétersbourg. Le gendre de Trump, Jared Kushner, n’était pas présent cette fois-ci. Il aurait été malade, a-t-on fait savoir. Pour le reste, la rencontre en Russie s’est déroulée comme d’habitude. Le conseiller du président en matière de politique étrangère, Youri Ouchakov, a déclaré à la presse à l’issue de la rencontre que les discussions avaient été constructives. Le conflit ukrainien toucherait à sa fin.

À Oslo, une nouvelle proposition de négociation a été élaborée, dont le texte n’est toutefois pas accessible au public. Selon certaines informations, il y serait notamment question de proposer les obligations d’assistance prévues à l’article 5 du Traité de l’OTAN comme garanties de sécurité pour l’Ukraine. Si tel est effectivement le cas, cette proposition n’a guère de chances d’être mise en œuvre, car l’intégration de l’Ukraine dans les structures militaires occidentales est l’un des principaux facteurs déclencheurs du conflit. Toutes les parties prenantes en sont conscientes. Il faudra sans doute attendre pour voir ce qu’il en est réellement de ces obligations d’assistance de l’OTAN.

Les États-Unis promettent en outre un assouplissement des sanctions contre la Russie et des investissements en Ukraine à titre d’incitation. Donald Trump avait déjà suspendu auparavant des sanctions contre la Russie pour des raisons d’intérêt national. La Russie a promis en contrepartie la livraison immédiate de 300 000 tonnes de diesel. Une première tranche de 40 000 tonnes est déjà en route. Trump a suspendu les nouvelles sanctions de grande envergure, fondées sur la loi Lindsey Graham – du nom du défunt député républicain –, avant leur entrée en vigueur.

La reprise de négociations directes entre la Russie et l’Ukraine, sous la médiation des États-Unis, a été proposée. Les Émirats arabes unis sont cités comme lieu de négociation possible. On en était déjà là auparavant. Les négociations de février 2026 avaient échoué parce que l’Ukraine n’était pas disposée à céder des territoires.

Poutine a par ailleurs proposé une rencontre directe entre le président américain Donald Trump, lui-même et le président chinois Xi Jinping. Elle devrait avoir lieu en novembre, en marge du sommet de l’APEC à Shenzhen, en Chine.

Entre-temps, un nouvel échange de soldats tombés au combat a également eu lieu. 252 soldats ukrainiens décédés ont été remis à l’Ukraine en Biélorussie, non loin de la frontière, tandis que la Russie a récupéré 25 de ses soldats tombés au combat. Cela fait désormais partie du rituel.

L’expression « un nouveau cycle de négociations » est donc tout à fait appropriée pour décrire ce processus, car on tourne effectivement en rond. Cette continuité se traduit également par le fait que la situation de l’Ukraine se détériore d’un cycle de négociations à l’autre. Alors que « Minsk 2 » visait encore à préserver l’intégrité territoriale de l’Ukraine, la Russie a insisté, lors des cycles de négociations suivants, sur des cédations de territoires. Désormais, l’Ukraine doit en outre se demander si et comment elle parviendra à passer l’hiver. Ses infrastructures énergétiques sont désormais gravement endommagées.

Et les Européens ? Ils veulent siéger à la table des négociations, mais ne souhaitent pas pour autant contribuer davantage à la résolution du conflit. « Aucune décision concernant l’Ukraine ne doit être prise sans l’Ukraine », telle est la formule que l’on ressort à nouveau du tiroir. On s’est toutefois remis à la recherche d’un négociateur pour des pourparlers directs avec la Russie. Alors que la dernière fois, on n’avait en réalité réussi à s’entendre que sur le fait que Gerhard Schröder ne devait en aucun cas être choisi, car Poutine avait évoqué son nom dans ce contexte, c’est désormais le nom du président finlandais Alexander Stubb qui est sur la table. Le nom d’António Costa, président du Conseil européen, est également cité. En revanche, la contribution concrète que les Européens souhaitent apporter reste floue. Le conseiller du président, Youri Ouchakov, perçoit tout de même une certaine évolution.

« Il me semble en tout cas qu’on commence désormais à réfléchir à une solution à cette crise et à la prendre plus au sérieux », a-t-il déclaré à la presse. On ne voit toutefois pas d’où lui vient cet optimisme. Le chancelier allemand Friedrich Merz rejette en tout cas toute « capitulation de l’Ukraine ». La Russie ne doit pas l’emporter.

Il apparaît donc clairement que les Européens n’ont aucun intérêt à ce que le conflit soit résolu. L’Allemagne, en particulier, s’est mise dans une impasse économique en passant à l’économie de guerre. L’industrie de l’armement est stimulée par un endettement massif. Une part importante du matériel militaire produit est destinée à l’Ukraine. Cela génère de la croissance en Allemagne. Les prévisions de croissance pour cette année ont été nettement revues à la hausse. Si la guerre prend fin et que les équipements militaires allemands ne sont plus demandés, cette croissance prendra très vite fin. Ce n’est de toute façon pas durable, car cela ne permet pas de relancer la faible demande intérieure.

Mais il faut le dire clairement : l’Allemagne n’a aucun intérêt à ce que la guerre prenne fin, ne serait-ce que pour des raisons économiques. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’un chancelier allemand entraîne le pays dans le piège de l’armement. Le « miracle économique » des nazis sous le chancelier du Reich Adolf Hitler consistait à contracter des dettes cachées et à relancer massivement l’industrie de l’armement. Merz a besoin de la guerre et de l’image de l’ennemi russe pour sa survie politique. Il s’emploie quotidiennement, en y consacrant toutes ses forces, à peindre ce portrait de l’ennemi. Or, ici même en Russie, rien ne correspond à la menace russe qu’il dépeint. La Russie n’a aucune intention d’envahir l’Allemagne et ne souhaite pas non plus s’emparer de l’Ukraine. La Russie souhaite une solution de paix durable au conflit en Ukraine. Mais c’est précisément ce que Merz ne veut pas.

Volodymyr Zelensky n’a pas non plus le moindre intérêt pour la paix. Son destin politique, mais aussi personnel, est lui aussi lié à cette guerre. Donald Trump a bien compris que Zelensky ne voulait pas la paix. Il a eu à plusieurs reprises l’occasion de régler le conflit par la voie de la négociation, mais il s’y est toujours opposé. Ce sont les promesses de soutien des Européens qui l’ont poussé à poursuivre la guerre.

À Bruxelles aussi, on mise sur la prolongation de la guerre. Le credo qui prévaut là-bas est que les intérêts de la Russie ne doivent pas être pris en compte dans une solution de paix ; toute autre approche équivaudrait à une défaite. Ce n’est pas rationnel. Mais malgré de bons arguments, les détracteurs de cette politique suicidaire de l’UE ont la vie dure. On ne les écoute tout simplement pas. Le train est sur les rails et roule vers le précipice. L’UE ne sortira donc pas indemne d’un accord de paix. Elle s’est complètement trompée dans ses calculs et sacrifie la prospérité de l’UE au profit de la prolongation de la guerre.

Les lignes de front sont ainsi largement tracées. Au-delà de l’Europe, en Russie, aux États-Unis, en Chine et dans les pays du Sud, on observe un vif intérêt pour le règlement du conflit ukrainien et la recherche d’une solution qui y mette définitivement fin. Au sein de l’UE, à Kiev et à Berlin, cet intérêt fait défaut. Là-bas, on mise sur une prolongation de la guerre aux dépens des Ukrainiens et de l’Ukraine. Cela permet également d’esquisser le récit auquel les Allemands devront se préparer après la fin de la guerre. Il est le suivant : l’Allemagne porte la responsabilité de la destruction totale de l’Ukraine et de la mort de toute une génération d’hommes ukrainiens. L’Allemagne a artificiellement prolongé cette guerre pour servir ses propres intérêts économiques et a fait obstacle à la paix. On verra bientôt si, cette fois encore, les Européens parviendront à contrecarrer les efforts de paix. Ce ne serait pas dans l’intérêt de l’Ukraine.

NachDenkSeiten