Les habitants qui y sont restés n’ont pratiquement plus accès à leurs lieux de travail en Israël, et le chômage atteint des proportions dramatiques.Le siège de Taybeh : quand la patrie devient un enfer
Manfred Böhm

Alors que la communauté internationale débat de la Cisjordanie, le village chrétien de Taybeh lutte contre la violence brutale des colons et la menace d’expulsion de ses terres historiques. Ce cas illustre de manière saisissante comment l’antipalestinisme, souvent passé sous silence, sape systématiquement le droit universel à la patrie des populations locales.
Le village palestinien de Taybeh, près de Ramallah – connu pour être le dernier village exclusivement chrétien de Cisjordanie – est au cœur d’une vague croissante de violences commises par les colons et d’une éviction systématique. Alors que les débats internationaux tournent sans cesse autour du thème légitime de l’antisémitisme, une autre forme de haine reste souvent dans l’ombre dans la perception médiatique : l’antipalestinisme. Pour les quelque 1 200 habitants chrétiens de Taybeh, il en va ni plus ni moins de leur droit historique à la patrie.
La réalité quotidienne à Taybeh est de plus en plus souvent décrite comme un « enfer » par les habitants et les responsables ecclésiastiques locaux. Un reportage approfondi de Public Orthodoxy documente de manière poignante comment ce village historique est exposé à une éradication insidieuse. Dans une déclaration commune publiée sur le site de Caritas, les prêtres locaux lancent un avertissement :
« Nous ne pouvons rester silencieux face à ces attaques implacables qui menacent notre existence même sur cette terre. L’héritage spirituel et culturel durable, fidèlement préservé par les habitants de Taybeh au fil des générations, risque désormais d’être érodé et anéanti par l’appropriation systématique des terres, des lieux saints et de la communauté locale. »
Des colons israéliens radicaux commettent régulièrement des incendies criminels sur des terres agricoles, s’emparent de sources d’eau telles que la source Ein-Samiya et détruisent des sites historiques. Un récent incident diplomatique a montré l’ampleur de ces intimidations : des diplomates européens, qui aidaient les agriculteurs lors de la récolte des olives en signe de solidarité, ont été attaqués par des colons masqués. Selon un reportage détaillé de la BBC, un maire français a notamment été roué de coups à coups de barres de fer. Un reportage d’Al Jazeera montre clairement que la peur et la violence régissent le quotidien, alors que des engins incendiaires sont lancés contre des habitations et qu’il n’existe aucune protection. Au lieu de cela, l’armée a déclaré Taybeh « zone militaire fermée », ce qui, selon les recherches de Middle East Eye, ne fait de facto que restreindre les agriculteurs palestiniens, tandis que les auteurs de ces actes agissent en grande partie en toute impunité. L’économie locale, dont fait notamment partie la brasserie Taybeh de renommée internationale, s’est ainsi effondrée.
Cette escalade n’est pas un phénomène local isolé, mais le résultat d’une dynamique politique ciblée. Le gouvernement d’extrême droite dirigé par Benjamin Netanyahou poursuit l’annexion formelle et informelle de la Cisjordanie. Dans une déclaration officielle d’Amnesty International, les autorités israéliennes sont accusées d’utiliser délibérément la violence des colons comme un outil toléré par l’État pour expulser les Palestiniens. Cette démarche s’accompagne d’un soutien idéologique de la part des États-Unis. L’agenda politique de Donald Trump et de ses alliés prive les Palestiniens de toute protection en droit international en adoptant une position intransigeante de « soutien maximal » vis-à-vis des revendications territoriales d’Israël.
Face à cette menace, les responsables ecclésiastiques de Jérusalem s’expriment avec une clarté sans précédent. Dans une déclaration commune publiée par le Patriarcat latin de Jérusalem, les patriarches des Églises historiques ont fermement condamné les récentes violences :
« Cette attaque brutale contre le village chrétien de Taybeh et sa population pacifique n’est pas un cas isolé. Au cours des dernières semaines, les villages palestiniens de Cisjordanie ont été exposés à la terreur généralisée des colons, qui atteint son paroxysme en cette période de récolte des olives – une période où les familles se rendent sur leurs terres pour récolter ce dont elles ont besoin pour vivre et pour renouveler leur lien ancestral avec leur terre. »
Selon The Catholic Herald, les patriarches ont de nouveau mis en garde contre l’exode de la communauté chrétienne et ont souligné : « Les faits sur le terrain montrent que ces attaques se poursuivent parce que leurs auteurs bénéficient de l’impunité. » Tout en soulignant expressément que de nombreuses voix juives et de nombreux rabbins rejettent publiquement cette violence, les responsables ecclésiastiques ont également condamné les décrets religieux extrémistes émanant des milieux de colons radicaux, qui tentent de justifier idéologiquement les attaques contre les Palestiniens.
C’est là que se manifeste la profonde asymétrie du discours occidental. Alors que la protection de la vie juive et la lutte contre l’antisémitisme sont, à juste titre, fermement ancrées, le phénomène de l’antipalestinisme reste pratiquement invisible. Il se traduit par la dévalorisation systématique et la remise en cause du droit à l’existence de tout un peuple. Lorsque des colons installent des pancartes portant l’inscription « Vous n’avez pas d’avenir ici », il s’agit là de la forme la plus pure d’antipalestinisme. Les Palestiniens chrétiens sont ainsi doublement marginalisés : ils ne correspondent pas au cliché occidental du terroriste islamiste, et ils ne trouvent pas non plus d’écoute auprès des Églises occidentales, qui détournent le regard.
Le droit à une patrie ne doit pas être remis en cause
Les habitants de Taybeh ne défendent pas un simple territoire, ils défendent leurs racines millénaires en tant que descendants des premiers chrétiens sur cette terre. Quiconque passe sous silence les injustices commises en Cisjordanie et ignore l’antipalestinisme se rend complice de l’éviction insidieuse de l’une des plus anciennes communautés chrétiennes de l’humanité. C’est leur patrie – et ce droit est universel.