Étiquettes
Juan Cole

Le général de division Mohsen Rezaei, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, a publié mercredi sur X : « La nation iranienne a infligé à Trump une défaite stratégique sur le champ de bataille et dans le détroit d’Ormuz, ainsi qu’une défaite politique à Washington. Pendant ce temps, ce sont les Américains qui ont dû payer la note de sa guerre. Quiconque s’en prend à l’Iran en paiera le prix, du champ de bataille jusqu’à son propre seuil. »
Le Premier ministre israélien sortant, Benjamin Netanyahu, a convaincu Trump de lancer une campagne de décapitation contre le gouvernement iranien le 28 février 2026, au cours de laquelle plusieurs dizaines de hauts responsables ont été assassinés, dont beaucoup étaient des civils et tous étaient désarmés à ce moment-là, y compris le guide spirituel du pays, Ali Khamenei. Khamenei avait été le principal opposant à tout programme d’armes nucléaires iranien, raison pour laquelle aucun n’a vu le jour au cours des dernières décennies. Ses successeurs pourraient ne pas partager le même point de vue quant au maintien dans le Traité de non-prolifération nucléaire. Des pragmatiques tels qu’Ali Larijani, l’ancien président du Parlement, ont été éliminés. À leur place est apparue une clique de vétérans de la brutale guerre Iran-Irak de 1980-1988, menée dans les tranchées, à la manière de la Première Guerre mondiale.
Des figures chevronnées comme Mohsen Rezaei ont pris les rênes. Il est devenu un décideur politique de premier plan. Le général de division Ahmad Vahidi, qui avait dirigé les services de renseignement du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) pendant la guerre Iran-Irak, a pris la tête du CGRI. Le général de division Ali Abdollahi, nommé chef d’état-major de l’armée l’été dernier, était lui aussi un vétéran de la guerre des années 1980. Le chef de la branche des opérations spéciales à l’étranger des Gardiens de la Révolution, les Brigades de Jérusalem ou Force Qods, Ali Qaani, a lui aussi fait claquer le sabre.
Certains observateurs ont avancé que ces partisans de la ligne dure, dont les tactiques de guérilla ont été affinées dans les années 1980, ont délibérément maintenu un climat de tension entre Téhéran et Washington afin de garantir que les prix de l’essence et du diesel aux États-Unis resteraient élevés. Ils savaient que les prix des denrées alimentaires sont également sensibles aux coûts du carburant. En bref, ils ont fait subir à Trump ce que les groupes de jeunes guérilleros des années 1970 avaient fait subir à Jimmy Carter en 1979-1980 lorsqu’ils avaient pris en otage le personnel de l’ambassade américaine à Téhéran. Ils ont donné l’impression que le président était faible et incapable de maîtriser la situation internationale, et ils ont attisé la colère du public à son égard chaque fois que les gens faisaient le plein à la pompe.
Je ne sais pas si cette théorie est exacte, mais il est certain que les partisans de la ligne dure ne se sont pas précipités pour régler le conflit, et ils semblent se réjouir des actions et des déclarations imprévisibles d’un président américain manifestement déséquilibré.
BBC Monitoring a utilement récapitulé les réactions officielles iraniennes à la raclée infligée à Donald Trump lors des élections de mi-mandat américaines.
Le commandant de la Force Qods, Qaani, a mis en garde Trump contre la reprise de ses bombardements sur l’Iran, affirmant que ce serait une « grave erreur de calcul » compte tenu de l’unité de l’Iran et de ses alliés. Il faisait référence aux milices chiites irakiennes, dont certaines ont brièvement mis hors service l’oléoduc est-ouest en Arabie saoudite au début de l’automne, ainsi qu’aux Ansarullah, ou Houthis, au Yémen, qui ont attaqué à plusieurs reprises des raffineries, des aéroports et des navires saoudiens tentant de transiter par le détroit de Bab al-Mandab, également appelé « détroit des Larmes », qui relie la mer Rouge au golfe d’Aden, puis à l’océan Indien. Il a averti que le détroit d’Ormuz et celui de Bab al-Mandab pourraient faire l’objet de nouvelles attaques. Il a laissé entendre qu’une crise énergétique mondiale encore plus grave pourrait éclater si l’Iran venait à être attaqué. Il a déclaré que le « président narcissique des États-Unis », berné par la supercherie de Netanyahou, s’était lancé dans un pari risqué avec l’Iran, entraînant la perte de 250 ans de prestige américain.
Les dirigeants iraniens sont parfaitement conscients que la présidence de Trump a été mortellement affaiblie par sa mésaventure iranienne. Même le vice-président de Trump, JD Vance, l’a admis et a sacrifié Trump, tentant de prendre ses distances par rapport à la décision de déclencher cette guerre afin de préparer sa propre candidature à la présidence en 2028.
Téhéran a présenté un plan en sept points pour mettre fin aux hostilités, que Trump a traité comme une plaisanterie. Le danger est que plus ce conflit se prolonge, plus il est probable que l’une des parties, voire les deux, en viennent à une escalade. Ce ne serait pas une bonne chose pour les êtres humains qui aiment transporter des marchandises et se nourrir. Trump sera contraint de négocier, mais sa position est plus faible que jamais.