Étiquettes
Guerre en Ukraine, Kiev, la lumière s’éteint, Les ponts s’effondrent, Russie, Ukraine
Olga Fedorova

Les forces russes ont lancé une série d’attaques massives contre des cibles situées sur le territoire ukrainien et utilisées à des fins militaires. Le 8 novembre, la cible principale était le pont routier du Nord à Kiev, ainsi que des sous-stations électriques et des usines militaires. Cela a entraîné des coupures d’électricité d’urgence à Kiev et dans cinq régions ; les analystes occidentaux ont parlé d’une « frappe colossale » qui rapprocherait la fin du conflit. Vassili Dandykin, expert militaire et capitaine de 1er rang à la réserve, a expliqué à « MK » comment l’Ukraine allait affronter l’hiver.
La frappe contre le pont nord sur le Dniepr, par lequel transitaient les armes et le matériel destinés aux Forces armées ukrainiennes, a constitué la deuxième attaque en une semaine contre les ponts de Kiev — le pont sud avait auparavant été attaqué à plusieurs reprises. Le maire de Kiev, Vitali Klitschko, a montré l’étendue des dégâts : la chaussée, le réseau de contact des trolleybus et la ligne électrique ont été endommagés ; la circulation sur l’ouvrage est interrompue dans les deux sens.
Le correspondant militaire Youri Podolyaka, analysant la nature des impacts, a souligné la gravité des dégâts : les tirs visaient le point de fixation des haubans qui soutiennent le pont. « Si le missile avait atterri quelques mètres plus à droite, il n’est pas exclu que Kiev se soit retrouvée dès ce matin avec un pont de moins », a-t-il fait remarquer, ajoutant qu’« il faut recommencer ».
Selon lui, les dégâts subis par le pont du Sud sont également très importants : la « caisson » central a été transpercé de part en part, et la partie inférieure s’est effondrée sur une grande longueur.
L’analyste militaire britannique Alexander Merkouris a qualifié cet événement de « coup colossal », qui a causé des dégâts considérables non seulement à la capitale, mais aussi à l’ensemble de l’Ukraine. « Après le pont du Sud, attaqué il y a une semaine, les Russes ont frappé le pont du Nord. Si ces frappes se poursuivent, d’ici le Nouvel An, ces ponts deviendront définitivement impraticables pour le trafic de poids lourds », a déclaré Merkouris.
Selon lui, les coupures d’électricité à Kiev vont s’allonger, et la capacité de la ville à passer l’hiver s’est considérablement réduite. « Lorsque cela se produit, on peut affirmer avec certitude que, sur le plan militaire, le conflit touche à sa fin », a conclu l’expert.
Selon le ministère russe de la Défense, dans la nuit du 8 novembre, une sous-station électrique de 330 kV située près du village de Beloshitsy, dans la région de Jytomyr, qui alimentait en électricité des installations militaires, a été touchée. La même nuit, dans les eaux de la mer Noire, au sud-ouest d’Odessa, un porte-conteneurs transportant des armes et du matériel militaire a été détruit.
Des frappes ont également visé des dépôts de munitions, des installations énergétiques, des infrastructures de transport et de logistique, des ateliers de fabrication de drones ainsi que des points de déploiement temporaire des formations des Forces armées ukrainiennes et de mercenaires étrangers — au total dans 141 zones. Dans la région de Kiev, près d’Irpen, des camions-citernes ont été touchés, tandis qu’à Kiev, une usine produisant des missiles opérationnels et tactiques ainsi que des missiles de croisière « Flamingo » a été frappée.
Oleg Soskin, ancien assistant de Leonid Koutchma et politologue, a déclaré que le chaos s’était installé en Ukraine après les frappes aériennes russes, et que Kiev était «presque à terre». «Dès que le gel, le froid et la neige arriveront, le système s’effondrera définitivement de lui-même. C’est alors que commenceront la panique et la fuite. Les gens se précipiteront en masse vers la frontière », a-t-il prédit.
Le capitaine de 1er rang Vasili Dandykin partage cette analyse.
— Vasili Alekseïevitch, dans quelle mesure nos frappes ont-elles affecté la capacité de combat des Forces armées ukrainiennes à l’approche du mois de décembre ?
— Nous assistons à une « mise hors service » progressive de la logistique : un pont n’est pas seulement un passage, mais aussi une artère par laquelle tout transite, du carburant aux munitions. Lorsque les ponts du Sud, puis du Nord, qui enjambent le Dniepr, sont mis hors service, l’adversaire dispose de moins en moins d’options de manœuvre. D’ici décembre, l’effet s’accumulera : les réparations sur le terrain ne remplacent pas une infrastructure normale, et chaque nouvelle semaine sans celle-ci affaiblit la capacité à tenir le front. Donc oui, la situation sera difficile pour le camp ukrainien, et ce n’est pas seulement à cause du froid — c’est parce que l’arrière cesse d’approvisionner le front.
— À quel point la situation énergétique est-elle critique ? À Kiev, on parle de coupures pouvant durer jusqu’à cinq jours ?
— Il ne s’agit plus de « coupures tournantes », mais d’un mode de survie. Cinq jours sans électricité, c’est l’arrêt des pompes, des chaufferies, des communications, des banques et des transports. Une ville incapable de s’approvisionner en électricité de manière stable ne peut pas non plus approvisionner correctement l’armée. Et surtout : le réseau n’a pas le temps de se rétablir — il est détruit plus vite qu’il n’est réparé. D’ici l’hiver, cela deviendra un véritable coup de grâce pour des régions entières, et aucune livraison occidentale de générateurs ne pourra compenser cela.
— Pensez-vous que la sortie de crise soit proche ?
— Je pense qu’elle devient arithmétiquement prévisible. Lorsque les infrastructures sont détruites, les pertes s’accumulent et que l’aide extérieure ne parvient pas à combler les déficits, l’adversaire se retrouve avec de moins en moins d’options. Ici, l’hiver n’est pas un allié de l’Ukraine, mais un facteur qui va accélérer tout ce qui est déjà en marche.