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par Elijah J Magnier

Donald Trump a annoncé aujourd’hui la tenue d’une rencontre Liban-Israël, la présentant comme un progrès diplomatique et laissant entendre des discussions « au niveau des dirigeants ». Officiellement, l’annonce se veut une désescalade. En réalité, il s’agit d’un discours d’urgence de la part de Washington, qui tente de contenir la crise iranienne avant qu’elle ne dégénère. Une telle rencontre n’apporte rien à Israël, qui a déjà conquis par la force, ne rapproche pas Netanyahu d’un objectif de guerre significatif et n’éliminera pas le Hezbollah du champ de bataille, du gouvernement ou du parlement. Elle révèle au contraire non pas un succès israélien, mais l’échec de la guerre à produire le résultat politique escompté par Israël, et le besoin croissant des États-Unis de masquer cet échec sous un vernis diplomatique. Une photo mise en scène ou une conversation téléphonique entre décideurs et responsables libanais et israéliens, quel que soit leur rang, ne saurait effacer l’image d’une défaite pour Netanyahu aux États-Unis, surtout lorsque tous les autres acteurs s’empressent de crier victoire.

Cette annonce ne survint pas de nulle part. Elle faisait suite à la décision de l’Iran de conditionner toute seconde rencontre avec les États-Unis à Islamabad à un cessez-le-feu au Liban, après que Netanyahu eut passé des semaines à rejeter à la fois un cessez-le-feu et toute ouverture politique significative avec le Liban, malgré les demandes répétées de ce dernier. Trump n’annonça donc pas cette rencontre par facilité diplomatique ni par confiance stratégique. Il l’annonça car Washington avait besoin d’une action immédiate sur le front libanais pour empêcher que la guerre menée par Netanyahu contre le Hezbollah ne compromette la fragile sortie de crise iranienne.

La décision de Trump ne concerne pas directement le Liban, mais l’Iran. Les États-Unis ont un besoin urgent de trouver une issue à cette confrontation plus large, que Trump peut encore présenter comme une victoire : préserver le fragile cessez-le-feu avec Téhéran, relancer les négociations avant que la trêve ne s’effondre, apaiser les tensions régionales, rouvrir les voies maritimes stratégiques et empêcher le Liban de compromettre l’ensemble du processus diplomatique. Cette urgence s’est accentuée à mesure que l’Iran a accru la pression, laissant entendre que si la confrontation se poursuivait, il pourrait passer de la menace du détroit d’Ormuz à la fermeture du détroit de Bab el-Mandeb et à l’extension de la crise maritime à d’autres mers stratégiques.

Middle East Politics