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Par Seyed Hossein Sohrabi, Rédacteur en chef de la PressTV

Le rejet de l’Amérique par l’Europe, la fermeture de l’espace aérien d’un pays européen aux avions de chasse américains, les échanges verbaux entre un Premier ministre européen et le président américain, et bien plus encore…

L’idée même de tels titres de journaux, il n’y a pas si longtemps, voire jusqu’à l’année dernière, aurait semblé une pure fantaisie, et encore moins les lire noir sur blanc sur des sites d’information.

Auparavant, la confrontation entre l’Europe et l’Amérique était observée sur diverses questions, mais ce qui était très clairement visible, c’était l’incapacité de l’Europe à s’affirmer face à l’Amérique ; l’incapacité de 48 pays soi-disant « alliés » face à une seule puissance dominante.

Un pays dont la véritable nature et la structure intellectuelle profonde se sont révélées au grand jour avec l’arrivée de Donald Trump à la présidence, et dont les politiques hostiles, menées secrètement pendant des années, sont soudainement devenues évidentes.

Les pays qui s’étaient définis comme des « amis » de l’Amérique après la Seconde Guerre mondiale se voyaient menacés d’être pris à revers par les États-Unis.

Le 19 août 2025, des images de la rencontre de Trump avec les dirigeants européens ont été publiées, suscitant une vague immense de critiques, voire de moqueries. Une image où Trump était assis à son bureau et où les dirigeants européens (comme de petits enfants écoutant leur aîné) semblaient attentifs à ses propos.

Par la suite, une autre nouvelle a été publiée pour humilier les Européens : les Européens avaient attendu un certain temps derrière les portes du bureau du président américain avant cette rencontre. Les Européens, qui s’étaient rendus aux États-Unis pour régler le sort de l’Ukraine, sont rentrés en Europe, humiliés et déçus, sans aucun résultat concret au sujet de l’état du conflit russo-ukrainien.

Le prochain épisode de cette longue série d’humiliations a été diffusé le 15 août 2025. Les États-Unis ont entamé des négociations avec le président russe, Vladimir Poutine, en l’absence de l’Ukraine et des dirigeants européens, qui étaient pourtant impliqués dans l’Est de l’Europe depuis 2022.

En dépit de toutes les mises en scène grotesques orchestrées par les États-Unis pour démontrer leur puissance militaire en Alaska, ces discussions ont davantage révélé que les États-Unis ne se soucient des intérêts d’aucun autre pays et se considèrent comme le maître du bloc occidental, plutôt que de signaler une volonté de mettre fin à ce conflit qui durait depuis plusieurs années. En fait, cela a provoqué une vague d’indignation parmi les Européens, et n’a finalement abouti qu’à une propagande pour les États-Unis.

Par la suite, un autre choc a été infligé par les États-Unis à leurs alliés en janvier 2025. Cela a rappelé à tout le monde le premier mandat de Trump et le début de l’année 2019 lorsqu’il avait annoncé vouloir acheter le Groenland au Danemark. À l’époque, cette proposition n’avait pas été prise trop au sérieux et avait reçu un « non », mais cette fois ci, la situation a été différente. Trump a finalement révélé la raison de son insistance sur l’acquisition du Groenland, invoquant d’abord des raisons environnementales, puis sécuritaires, et enfin en faisant référence aux ressources d’énergie fossiles du Groenland.

La Première ministre danoise a tenté de mettre fin à cette polémique par un appel téléphonique afin de souligner le désir du peuple groenlandais de rester sous la souveraineté danoise. Cependant, la souveraineté du Danemark ou la volonté réelle de son peuple n’avaient aucune importance face aux ambitions américaines. Lors de ce même appel téléphonique, Trump a lancé sans ambages que sa décision de contrôler le Groenland était irrévocable.

Paris et Berlin, en condamnant les revendications américaines, ont tenté de montrer que l’Europe s’opposait à cette décision, mais leur erreur était de croire que l’Europe et ses désirs avaient une quelconque importance dans les prises de décision des États-Unis qui ont une fois de plus prouvé que s’ils ont l’intention de faire quelque chose, ils peuvent facilement oublier l’amitié ou l’alliance avec les Européens.

Les différends autour le Groenland s’intensifiaient et chaque camp tentaient de prouver être en position de force par une quelconque action, même symbolique. La France a ouvert un consulat au Groenland ; les autorités américaines s’y rendaient sans l’autorisation des responsables groenlandais. L’Allemagne a publié des communiqués ; les États-Unis menaçant l’île de couper son accès à l’Internet. La situation a dégénéré au point que l’Allemagne a déployé un certain nombre de ses militaires au Groenland. Ce déploiement militaire, bien que rapidement déjoué par la désapprobation des États-Unis, représentait un alignement de forces d’un membre de l’OTAN contre un autre. La tension entre l’Europe et le « gendarme du monde » était en train de s’aggraver.

Le 28 février 2026, le monde entier scrutait les journaux télévisés avec les yeux écarquillés. Les États-Unis ont attaqué un pays indépendant et ont assassiné son Guide suprême. Comme d’habitude, et à l’instar des guerres en Irak et en Afghanistan, les États-Unis se sont engagés dans un conflit qu’ils n’avaient pas les moyens de mener, et cela, dans une illusion de domination et avec une confiance excessive en leurs capacités. Cette guerre s’est rapidement transformée en un défi majeur lorsque le détroit d’Ormuz a été fermé par l’Iran, conduisant progressivement l’économie américaine et mondiale dans un réel bourbier.

Il n’a pas fallu attendre longtemps pour que la situation de guerre devienne si difficile pour l’Amérique, de sorte que son président a été contraint de solliciter l’aide de ses alliés. L’heure de la vengeance a donc sonné. Non seulement les pays européens, mais aussi les alliés asiatiques des États-Unis ont tourné le dos à Trump, et ont déclaré qu’aucune force militaire ne serait envoyée en Asie de l’Ouest pour aider l’Amérique. Le choc de cette réaction fut tel pour les États-Unis et leur président ignorant qu’ils ont, avec incrédulité, répété leur demande à plusieurs reprises sous diverses formes sur les réseaux sociaux. Parfois par la menace, parfois par la supplication et parfois par l’indifférence…

Toutes les demandes se sont heurtées à un refus catégorique. Le désespoir du président américain et ses messages contradictoires ont fait comprendre au monde, et en particulier aux Européens, que l’Amérique n’était pas la superpuissance invincible qu’ils imaginaient être. Cette prise de conscience a amené l’Europe à envisager la création d’une OTAN sans les États-Unis, une solution au problème du détroit d’Ormuz sans l’Amérique, et peut-être un avenir indépendant de celui de l’Amérique.

Certains pays de l’OTAN sont même allés jusqu’à s’opposer à la politique belliqueuse des États-Unis. L’Espagne a condamné le déclenchement de cette guerre par les États-Unis, l’a qualifiée de « guerre inutile pour l’Europe » et a désigné Israël comme « commanditaire » de ce conflit. Cette prise de positon a été soutenue par l’Irlande et la Slovénie, qui ont présenté une demande à l’Union européenne pour la suspension de la coopération de l’UE avec le régime israélien.

La confrontation entre l’OTAN et l’Amérique a atteint un tel point que certains membres de l’OTAN n’ont pas autorisé l’armée américaine à utiliser leurs bases militaires et leur espace aérien pour lancer des frappes sur l’Iran.

Trump a tenté de préserver l’image détruite de l’Amérique en minimisant ce refus de coopération de l’OTAN et en se moquant des pays européens. Il a rappelé donc leur faiblesse dans ces termes : « Sans l’intervention des Etats-Unis, les pays d’Europe parleraient allemand ». Cela a pourtant reçu une réponse du roi Charles III lors de son voyage aux États-Unis. Alors que Trump tentait de suggérer qu’il s’agissait d’une rencontre amicale, le roi du Royaume-Uni a déclaré : « Je voudrais dire que sans nous, vous parleriez français aujourd’hui ».

Les confrontations verbales entre Trump et les dirigeants européens se sont ensuite poursuivies. De la Premier ministre conservatrice italienne Giorgia Meloni, considérée comme alliée proche de Trump, au chancelier allemand Friedrich Merz, qui était en confrontation verbale ouverte, ces échanges ont tellement agacé les États-Unis que Trump a fini par menacer l’Allemagne d’un retrait des troupes américaines, apparemment déployées pour assurer la sécurité de ce pays.

Les politiciens européens utilisent maintenant le terme de « retrait » de l’OTAN pour accroître leur popularité auprès de leurs opinions publiques respectives, tandis que les Européens organisent maintenant des manifestations massives pour protester contre les actions américaines.

Il semble que l’intimidation, le comportement outrageux et le manque de respect des États-Unis aient épuisé la patience même de leurs alliés, et que les pays européens ne soient pas tellement contrariés de voir l’Amérique s’enfoncer dans le bourbier qu’elle a créé elle-même en Asie de l’Ouest, et il semble aussi que les Européens en soient même satisfaits : satisfaits qu’un pays dans le monde a pu enfin combattre cette superpuissance fictive et détruire son prestige artificiel.

Nous pouvons même avancer une hypothèse plus courageuse : peut-être que les Européens préféreraient que le système multipolaire que la Russie, l’Iran et la Chine dessinent pour l’avenir règne réellement sur ce monde, et qu’ils en soient eux-mêmes l’un des pôles, sans qu’une superpuissance américaine puisse les menacer ou qu’elle s’approprie tout ce qu’ils possèdent à tout moment. Peut-être cette OTAN européenne, dont ils ont si souvent parlé, verra-t-elle enfin le jour, une OTAN qui n’attaquerait aucun pays sans raison valable et dont la seule mission serait d’assurer la défense de ses membres.

PressTv