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Juan Cole

Alors que l’impasse dans le détroit d’Ormuz se poursuit, le Corps des gardiens de la révolution islamique et les États-Unis continuent de tenter de prendre l’avantage l’un sur l’autre.

Désespéré de ne pas avoir réussi à sortir de la guerre, Trump a murmuré ce week-end, d’un ton sinistre, qu’il pourrait bombarder l’Iran.

Cette menace extravagante souligne à quel point Trump est désespéré, alors qu’il devient de plus en plus évident qu’il pourrait rester coincé dans le Golfe sans solution viable pendant si longtemps que la crise énergétique pourrait faire sombrer l’économie américaine.

L’Iran a pris l’énergie mondiale en otage. Relativement peu de pétrole ou de gaz transitent par le détroit. Près d’un milliard de barils de pétrole ont été retirés du marché mondial depuis que Benjamin Netanyahu et Donald Trump ont lancé leur guerre d’agression non provoquée contre l’Iran. Ce déficit est réel et entraîne déjà des pénuries en Asie, car ses raffineries sont particulièrement adaptées à la qualité du pétrole provenant du Golfe. Mais les pénuries touchent également l’Afrique et l’Europe. Le prix de l’essence aux États-Unis s’élève à environ 4,50 dollars en moyenne nationale, soit une hausse d’environ 1,50 dollar le gallon depuis que Trump a suivi les Israéliens dans la guerre.

Une partie de ce déficit a été compensée par le fait que les pétroliers partis en janvier et février étaient encore en mer, mais ils ont désormais livré leur cargaison. Une autre partie est couverte par la mise en circulation des réserves stratégiques à travers le monde, mais celles-ci seront en grande partie épuisées d’ici juin, sauf en Chine.

De nombreux analystes estiment que si le détroit reste fermé jusqu’en juin, les pénuries provoqueront un choc des prix encore plus grave. L’économie iranienne est en difficulté, avec une forte inflation sur les denrées alimentaires et les produits de première nécessité, mais le gouvernement parie que l’Iran peut supporter cette situation pendant plusieurs mois supplémentaires, contrairement à Trump, compte tenu de l’approche des élections de mi-mandat et de la chute vertigineuse de sa cote de popularité dans les sondages.

En attendant, il est dans l’intérêt de l’administration américaine de briser le blocus, même progressivement. L’annonce faite la semaine dernière par Trump de son intention de déployer des destroyers américains pour escorter les navires hors du Golfe visait à affaiblir la position de l’Iran. L’Iran, cependant, aurait clairement riposté en frappant les géants arabes du pétrole et du gaz sur le littoral du Golfe, et l’Arabie saoudite aurait sévèrement réprimandé Trump au sujet de cette initiative chimérique, dont il ne semble pas avoir informé Riyad, l’avertissant que le Royaume ne permettrait pas aux États-Unis d’utiliser ses bases militaires pour cette opération, forçant Trump à la retirer.

Une autre façon de contourner le blocus iranien consiste à acheminer le pétrole par voie terrestre. L’Arabie saoudite dispose d’un oléoduc vers Yanbu, sur la côte de la mer Rouge, mais sa capacité supplémentaire est limitée. De même, les Émirats arabes unis disposent d’un oléoduc vers Fujaïrah, sur le golfe d’Oman, au-delà du détroit d’Ormuz. Mais l’Iran a attaqué le terminal pétrolier de Fujaïrah lundi dernier, afin de perturber cette solution de contournement. Quoi qu’il en soit, les Émirats arabes unis ne peuvent de toute façon pas exporter une grande partie de leur pétrole via Fujaïrah. L’Iran tenait à montrer de manière symbolique que le blocus du détroit d’Ormuz n’est pas la seule carte dont il dispose pour entraver le flux de pétrole.

L’un des analystes les plus perspicaces de la crise, Hamidreza Azizi, a écrit sur X :

« L’annonce par l’Iran d’un élargissement de sa zone de contrôle dans le détroit d’Ormuz – associée aux frappes contre les installations pétrolières de Fujaïrah et aux attaques contre des pétroliers – indique une escalade délibérée visant les voies de contournement utilisées par les Émirats arabes unis pour exporter leur pétrole.

L’objectif est de maintenir les canaux d’exportation alternatifs en danger, de maintenir les prix du pétrole à un niveau élevé et de bloquer toute perception de normalisation. En d’autres termes, le message est que la mission de Donald Trump dans le détroit n’aura pas lieu sans conséquences. Au contraire, elle générera une plus grande complexité et une pression soutenue sur le marché de l’énergie.

« Le tracé du câble de télécommunications SEA-ME-WE-4 ». Licence GNU Free Documentation. Via Wikimedia Commons.


Par ailleurs, le site iranien Farsnews souligne l’importance des câbles sous-marins à fibre optique qui transmettent les données Internet et qui ont été posés au fond de la mer d’Oman, à travers le détroit d’Ormuz, puis dans le golfe Persique.

Environ 99 % du trafic Internet passe par des câbles sous-marins, et 30 % transitent à un moment ou à un autre par le détroit d’Ormuz. Si l’Iran coupait ces câbles, cela aurait un effet dramatique sur les communications et le commerce, non seulement dans le Golfe, mais dans le monde entier. L’agence de presse Fars Science and Advancement News Service souligne que si le pétrole a fait tourner le monde au XXe siècle, c’est Internet qui le fait en ce siècle.

BBC Monitoring note que d’autres agences de presse iraniennes ont laissé entendre que la destruction des câbles sous-marins porterait un coup fatal au CENTCOM (le Commandement central américain) et aux voisins hostiles de l’Iran (ils pensent peut-être aux Émirats arabes unis ; le centre financier de Dubaï dépend fortement d’Internet).

Ces développements font obstacle à une escalade potentielle. La guerre ne prendra fin qu’avec une désescalade, mais il n’est pas certain que celle-ci soit en vue ni que Trump, connu pour son imprévisibilité, soit capable de négocier de bonne foi.

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