Étiquettes
Armes nucléaires, Benjamin Netanyahu, Chine, détroit d'Ormuz, Donald Trump, Floride, Iran, le pape Léon, Lobby israélien, OTAN, relations sino-américaines, salle de bal de la Maison Blanche
Diriger le monde n’est pas une mince affaire
Par Philip Giraldi

L’actualité marquante de la semaine dernière, du moins en termes d’impact, pourrait bien être la saga en cours concernant la salle de bal de la Maison Blanche de Trump, débutant comme un projet à 200 millions de dollars dans l’aile est du bâtiment avec une capacité d’accueil de 300 invités et entièrement financé par des donateurs privés. Le nombre d’invités est ensuite passé à 600 et le prix a doublé. L’aile est de la Maison Blanche a ensuite été entièrement démolie sans l’accord des autorités responsables de l’architecture du Capitole pour faire place à une structure considérablement agrandie. La rénovation à grande échelle de la Maison Blanche par Trump se poursuit alors même que les associations de préservation ont tardivement intensifié leurs efforts pour mettre un terme à ce projet luxueux et tape-à-l’œil, le qualifiant d’abomination de nature à écraser et à dévaloriser l’ensemble du cadre historique de la Maison Blanche. Pour ce que cela vaut, Trump a déjà recouvert de béton la roseraie de Jackie Kennedy et apporté de nombreuses modifications structurelles et décoratives à l’intérieur du bâtiment.
Mais ce n’est qu’un début. La récente tentative présumée d’assassinat de Trump à l’hôtel Washington Hilton a été l’occasion d’agrandir encore la salle de bal et d’en faire un espace multifonctionnel, en y intégrant des dispositifs de sécurité tels qu’un abri anti-bombes souterrain, une façade résistante aux drones et aux aéronefs sans pilote, ainsi qu’un centre médical interne. Comme on pouvait s’y attendre, le coût de la salle de bal et de ses avenants a ainsi augmenté d’un milliard de dollars supplémentaires par rapport à un budget déjà multiplié par deux, et Trump cherche désormais à répercuter ces dépenses supplémentaires sur le contribuable via le budget du Département de la Sécurité intérieure. Les porte-parole de Trump affirment que ces extras sont essentiels car ils permettront d’assurer la “sécurité” du président.
Donald Trump se prépare apparemment à se rendre en Chine la semaine prochaine pour rencontrer les dirigeants politiques du pays. Apparemment, il prévoit notamment de visiter deux de ses terrains de golf. Certains pensent que ce voyage en Chine pourrait ne pas avoir lieu, car de nouveaux accrochages ont éclaté entre les États-Unis et l’Iran dans la région du golfe Persique. La Chine fera certainement pression pour que des mesures soient prises afin de rétablir un certain équilibre dans la chaîne d’approvisionnement énergétique mondiale et sera peu encline à le faire tant que le détroit d’Ormuz, couloir stratégique pour les pétroliers et les méthaniers, continuera d’être perturbé. Tout accord entre l’Iran et les États-Unis, même temporaire, devra avoir pour priorité absolue le rétablissement d’un trafic normal dans le détroit d’Ormuz.
Si ce voyage n’a pas lieu, Trump restera en Floride, où il pourra flâner près de la statue dorée à son effigie, haute de six mètres, récemment dévoilée sur son parcours de golf Trump Doral, où des prédicateurs sionistes chrétiens ainsi que deux rabbins ont célébré des prières pour honorer et, vraisemblablement, consacrer l’image dorée de l’homme au poing levé qu’ils considèrent comme le plus grand président des États-Unis. Alors que le secrétaire d’État Marco Rubio vient de rencontrer le pape Léon à Rome, les relations entre l’Église et l’État ont également suscité une réaction de la part du pasteur Robert Jeffress, pilier du sionisme chrétien, qui a estimé “Il semble que le président Trump comprenne mieux les enseignements de la Bible que le pape”.
Donald pourrait aussi, en théorie, cesser d’essayer de frapper des balles avec un club de golf et passer plutôt un peu plus de temps à la Maison Blanche à échanger avec des membres de son équipe qui pourraient souhaiter contribuer à améliorer le quotidien des Américains ordinaires. Mais il faut bien avouer que cette hypothèse est peu probable, car personne au sein du cabinet Trump, pas même le président lui-même, ne semble réellement se soucier des Américains.
Un autre sujet brûlant dans l’univers de Trump est l’OTAN, et plus particulièrement les jérémiades de Trump au sujet du manque de soutien des Européens à sa guerre insensée contre l’Iran, menée à la demande d’Israël. Trump est sans doute aussi piqué au vif par l’effet de saturation de nombreux États européens face aux crimes de guerre de son “meilleur ami et allié”, l’État d’apartheid d’Israël. Francesca Albanese, la rapporteure spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens, qui a activement dénoncé le génocide israélien et a été sanctionnée en représailles par les États-Unis et Israël, a récemment reçu une distinction du gouvernement espagnol en remerciement de son engagement. L’Espagne et plusieurs autres pays européens ont réduit leurs relations militaires et diplomatiques avec les sionistes et se sont même engagés à arrêter le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur mandat de la Cour internationale de justice (CIJ) s’il venait à se présenter sur leur territoire. Ils ont même refusé à Israël l’utilisation de leur espace aérien lorsque Netanyahu cherche à se déplacer.
Compte tenu de son mécontentement vis-à-vis de l’OTAN, Trump a par conséquent décidé de retirer 5 000 militaires américains des bases allemandes, ne laissant que 30 000 soldats sur place qui devraient eux aussi être rapatriés. Quelqu’un devrait dire à Trump qu’il est grand temps de retirer les soldats du Royaume-Uni, d’Italie, d’Espagne, de Grèce et de Turquie, car ils ne servent plus à rien, si ce n’est à servir de bases avancées pour l’agression américaine au Moyen-Orient et ailleurs. Si certains d’entre eux craignent véritablement une agression russe, qu’ils s’entendent avec les Russes pour trouver un arrangement en vue d’améliorer leurs relations politiques et économiques, comme c’était le cas avant que les États-Unis, sous la houlette de “Genocide Joe” Biden, ne sabotent le gazoduc Nord Stream en septembre 2022.
Donald Trump subit bien sûr une pression énorme de la part d’Israël et de son puissant lobby américain pour poursuivre la guerre contre l’Iran jusqu’à son anéantissement. Il tourne autour du pot concernant l’accord avec les Iraniens pour mettre fin aux combats, mais il n’aura peut-être pas le courage de dire à Netanyahu d’aller se faire voir, même s’il parvient à se convaincre, tant sur le plan politique qu’au fond de lui-même que c’est la meilleure chose à faire. Il ne cesse de réitérer ses menaces génocidaires sur ce qu’il est prêt à déverser sur les Perses. Plus récemment, il a promis de monter les enchères s’ils n’acceptent pas la proposition qu’il a formulée la semaine dernière. Comme nous l’avons vu précédemment, cette proposition s’est en quelque sorte retrouvée associée à plusieurs échanges de tirs entre l’Iran et les États-Unis dans le détroit d’Ormuz, au sujet desquels Trump, fidèle à lui-même, a déclaré aux journalistes en mentant comme un arracheur de dents :“Ils se sont moqués de nous aujourd’hui. Nous les avons pulvérisés”. Quant à savoir si le cessez-le-feu a été rompu, il a répondu : “Non. Si c’était le cas, vous l’auriez su !” avant d’ajouter : “S’il n’y a pas de cessez-le-feu, vous verrez simplement une immense boule de feu jaillir d’Iran”.
Trump a ensuite déclaré que la réponse de l’Iran à ses propositions de compromis est “totalement inacceptable !”
“L’immense boule de feu” me donne l’impression, ainsi qu’à d’autres, que Trump menace d’une “riposte extrême” si l’Iran ne se plie pas à sa volonté, et une “riposte extrême” dans ce cas serait sans aucun doute l’utilisation d’armes nucléaires si ses généraux le laissent faire. Et si l’Iran hésite, gardons bien à l’esprit qu’Israël dispose lui aussi d’un arsenal nucléaire et des moyens de frapper des cibles en Iran, sous couvert d’une “opération sous faux drapeau” qui ferait porter le chapeau aux États-Unis plutôt qu’à l’État juif. Ce serait la trahison ultime, mais les Israéliens sont particulièrement doués pour ça ! Et ceux d’entre vous qu’un certain soulagement envahit à l’idée que le jeu prendra fin lorsque l’Iran sera détruit devraient prêter attention aux propos de l’ancien Premier ministre israélien Naftali Bennett qui a récemment déclaré que pour faire ce qu’il faut afin de créer le Grand Israël, “la Turquie sera le nouvel Iran !”
Philip M. Giraldi, titulaire d’un doctorat, est directeur exécutif du Council for the National Interest, une fondation éducative à but non lucratif de type 501(c)3 (numéro d’identification fédéral n° 52-1739023) qui milite en faveur d’une politique étrangère américaine au Moyen-Orient davantage axée sur les intérêts nationaux.