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Trump a qualifié la récente proposition de paix de Téhéran de « tas d’ordures » alors qu’il envisagerait de nouvelles frappes

Les États-Unis et l’Iran restent très éloignés d’un éventuel accord de paix, un cessez-le-feu provisoire vieux d’un mois vacillant au bord du gouffre face à des escarmouches navales récurrentes et au blocus des ports iraniens par le président Donald Trump.
La poursuite de cette impasse fait craindre que Washington et Téhéran ne retombent dans des hostilités ouvertes, exacerbant le choc pétrolier et la pression sur l’économie mondiale.
Un cessez-le-feu « sous perfusion »
Lundi, Trump a donné un aperçu de l’état désastreux des relations diplomatiques entre les États-Unis et l’Iran, déclarant que « le cessez-le-feu est sous assistance respiratoire massive » tout en rejetant la récente proposition de paix de Téhéran, la qualifiant de « ramassis d’inepties » qu’il a dit « ne pas avoir même fini de lire ».
Par ailleurs, CNN a rapporté mardi, citant des sources, que Trump était de plus en plus « frustré » par la manière dont l’Iran menait les négociations, tandis que plusieurs responsables américains se demandent si Téhéran est réellement disposé à s’engager.
Par la suite, Trump « envisage désormais plus sérieusement une reprise des opérations de combat de grande envergure », indique le rapport, ajoutant que cette position est partagée par certains responsables du Pentagone qui estiment que la poursuite des frappes pourrait assouplir la position de l’Iran.
Un détroit de trop
Le détroit d’Ormuz, point d’étranglement stratégique au cœur de la crise, reste de fait fermé. Avant la guerre, environ 3 000 navires traversaient le détroit chaque mois, transportant environ 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole par voie maritime et un cinquième de son gaz naturel liquéfié. Cependant, sur l’ensemble du mois d’avril, seuls 191 navires ont effectué la traversée, selon les données de Kpler.
La situation s’est poursuivie en mai, les données de Marine Traffic du week-end dernier indiquant qu’aucun navire commercial d’envergure n’a franchi le détroit. À l’heure actuelle, on estime que 1 600 navires restent bloqués dans le golfe.
Escarmouches navales
Trump avait promis de mettre fin à l’impasse avec ce qu’il a appelé le « Projet Liberté » – une opération militaire de grande envergure visant à escorter les navires bloqués hors du golfe. Cette initiative n’a toutefois duré que moins de 48 heures avant que Trump ne la suspende le 5 mai, invoquant des « progrès » dans les pourparlers de paix.
Cette évolution est également survenue après que l’Iran a affirmé avoir touché un navire de guerre américain qui tentait de traverser le détroit d’Ormuz – une allégation que Washington a démentie. Un article du New York Times a également affirmé que l’opération avait été suspendue après que l’Arabie saoudite eut refusé d’apporter un soutien logistique, n’ayant pas été consultée au sujet de cette initiative.
Le 8 mai, l’armée américaine a signalé des frappes iraniennes alors que trois de ses destroyers transitaient par le détroit d’Ormuz, précisant qu’aucun dommage n’avait été causé et que les navires avaient attaqué des installations militaires iraniennes en représailles. Auparavant, elle avait affirmé avoir détruit six petits bateaux iraniens dans la zone.
Téhéran avait précédemment averti que tout navire tentant de traverser le détroit sans autorisation serait pris pour cible.
Mais qu’en est-il des négociations ?
Les États-Unis auraient proposé un protocole d’accord en 14 points, qui exigerait de l’Iran qu’il impose un moratoire sur l’enrichissement d’uranium, qu’il remette son stock estimé à 440 kg d’uranium enrichi à 60 % et qu’il renonce à toute ambition future en matière d’armes nucléaires – ce que Téhéran a affirmé n’avoir jamais eu. En échange, les États-Unis lèveraient progressivement les sanctions, débloqueraient des milliards d’actifs iraniens, et les deux parties rouvriraient le détroit d’Ormuz dans un délai de 30 jours.
L’Iran aurait toutefois riposté avec une contre-proposition, qui inclut la réouverture du détroit d’Ormuz, la levée du blocus américain et des sanctions économiques, ainsi qu’un cessez-le-feu au Liban. Téhéran a également insisté pour que les négociations sur son programme nucléaire soient reportées. Alors que les responsables iraniens ont qualifié cette offre de « raisonnable et généreuse », Trump l’a rejetée comme « inacceptable ».
Prêts pour le deuxième round ?
Si, avant de lancer les attaques, les États-Unis et Israël avaient anticipé les représailles iraniennes et mis en place des contre-mesures redoutables, les combats ont montré que leur défense n’était pas impénétrable.
Le Washington Post a rapporté, en s’appuyant sur des images satellites, que les frappes iraniennes avaient endommagé ou détruit au moins 228 structures ou équipements sur 15 sites militaires américains, notamment des hangars, des casernes, des dépôts de carburant, des avions, des radars, des systèmes de communication et de défense aérienne – bien plus que ce que Washington avait publiquement reconnu. Certaines de ces frappes ont causé des dégâts visibles à la base navale de la Cinquième Flotte américaine à Bahreïn.
Ces hostilités ont mis à rude épreuve l’arsenal de missiles antiaériens des États-Unis et de leurs alliés. Selon le groupe de réflexion américain Center for Strategic and International Studies (CSIS), l’armée américaine a épuisé près de la moitié de son stock d’intercepteurs Patriot et a fortement entamé six autres stocks de missiles clés, dont la reconstitution prendra des années. De plus, dans certains cas, des intercepteurs coûteux ont été utilisés pour abattre des drones iraniens bon marché.
Par ailleurs, le Washington Post a rapporté, citant une évaluation des services de renseignement, que Téhéran conservait environ 75 % de ses lanceurs mobiles et 70 % de ses stocks de missiles, contrairement aux affirmations de l’administration Trump selon lesquelles l’armée iranienne avait été complètement décimée.
Quant à Israël, dès la mi-mars, Semafor rapportait qu’Israël avait averti Washington qu’il était en situation de pénurie critique d’intercepteurs de missiles balistiques, bien que le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, ait nié toute pénurie.