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Etats-Unis, Iran, Israël, Liban, négociations de Whashington
L’Iran exige un retrait et pas seulement un cessez-le-feu
Ibrahim Al-Amine

Si certains ignorent encore les conditions posées par Israël pour tout accord avec la délégation de l’Autorité libanaise, il n’y a là rien de particulièrement secret. En effet, les documents échangés avant, pendant et après chaque séance de négociation indiquent clairement qu’Israël se considère comme vainqueur de la guerre et que les États-Unis partagent cet avis, tandis que le problème est que la délégation de l’Autorité semble elle aussi convaincue de cela. Israël se trouve donc dans une position confortable pour imposer ses exigences et ses conditions.
Ce qu’Israël avance et répète au cours des différentes séances peut se résumer comme suit :
Premièrement : que le gouvernement libanais confirme sa décision de considérer le Hezbollah comme une force illégitime qui doit être interdite et dont toutes les activités militaires et sécuritaires doivent cesser, y compris celles visant à renforcer son aile militaire.
Deuxièmement : que le gouvernement libanais reconnaisse que cette décision fait du Hezbollah un ennemi commun entre lui et Israël, une position que partagent également les États-Unis, et que, par conséquent, les plans d’action et de coopération doivent partir du principe de la nécessité de désarmer et de dissoudre le parti.
Troisièmement : Israël fait savoir au gouvernement libanais que son armée n’est pas assez forte pour faire face au Hezbollah, et que ce qu’Israël entreprend doit être considéré comme un facteur d’aide à l’État libanais, et se montre disposé à coopérer davantage si nécessaire. C’est pourquoi il propose la formation d’une commission tripartite libano-israélo-américaine, chargée de mettre en place les mécanismes garantissant la réalisation de l’objectif de désarmement.
Quatrièmement : Israël demande qu’il y ait une période d’essai sans limite de temps pour la mise en œuvre de ces conditions, pendant laquelle aucune exigence ne doit être formulée qui restreigne la liberté de mouvement de son armée en cas de cessez-le-feu. Elle justifie cela en affirmant que cette liberté aide le Liban à obtenir des informations concernant le Hezbollah et assure un soutien opérationnel en cas d’affrontement.
Cinquièmement : Israël n’a pas d’objection à accorder au Liban une première étape, consistant en un arrêt complet des opérations militaires dans une zone déterminée, à condition qu’il y ait par la suite une coopération étroite entre le Liban, Israël et les États-Unis dans le but de « nettoyer » cette zone de toute présence militaire ou sécuritaire du Hezbollah. Il en résulte que le retrait ne doit pas être immédiat, mais qu’il faut d’abord « nettoyer » la zone adjacente à cette zone, puis faire entrer l’armée libanaise pour remplacer les forces israéliennes. Par conséquent, Israël refuse tout changement du statu quo, en particulier le retour des habitants dans cette zone avant que le Liban ne s’engage à respecter les conditions de sécurité.
Par ailleurs, certains pourraient souhaiter signer un accord sur des arrangements sécuritaires, voire un accord de paix, mais cela ne constitue pas une priorité pour Israël, contrairement à ce que l’on prétend. Tout ce qu’elle cherche, c’est à faire respecter ses conditions, soit directement, soit en coopération avec le Liban, ce que les États-Unis soutiennent jusqu’à présent.
Qu’est-ce qui a changé ?
Entre le dernier cycle de négociations et les deux derniers jours, de nombreux développements sont survenus. Le plus marquant est que l’ennemi, qui a étendu son occupation, a reconnu qu’il était confronté à une crise majeure pour consolider ses positions, et qu’il ne trouvait pas de solution au problème des drones ni même à celui des tirs de roquettes sur les colonies du nord. C’est ce qui l’a poussé à demander à Washington de l’autoriser à lancer des frappes destructrices sur Beyrouth et la banlieue sud, ce qui a failli se produire sans les développements rapides, notamment le fait que la résistance n’a montré aucun recul face à la menace, mais a continué à bombarder les colonies, élargissant progressivement la portée de ses frappes vers l’intérieur du territoire. Puis est venue la position iranienne, qui ne s’est pas limitée à la menace de suspendre les négociations avec Israël, mais est allée plus loin en brandissant la menace d’un retour à la guerre pour soutenir le Liban, ce qu’a communiqué directement le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi à l’envoyé américain Steve Witkov lors d’un appel téléphonique. .
Ce que veut l’ennemi est irréalisable pour le Liban, alors que tout le monde est désormais convaincu que la solution passe par un accord avec l’Iran
On a beaucoup parlé de la nature des contacts qui ont précédé l’annonce par le président américain Donald Trump de ce qu’il a qualifié d’accord de cessez-le-feu entre le Hezbollah et Israël. Il s’est avéré que Washington ne s’attendait pas à ce que la situation dégénère vers un nouveau niveau d’escalade, non seulement au Liban, mais dans toute la région. C’est pourquoi le cap a été rapidement réajusté : Trump a alors multiplié les déclarations, notamment en divulguant le contenu de son entretien téléphonique avec le Premier ministre de l’ennemi, Benjamin Netanyahou, tout en affirmant que les négociations avec l’Iran allaient dans la bonne direction, jusqu’à faire part de son souhait de rencontrer le Guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei.
Quel cessez-le-feu ?
Entre lundi soir et hier soir, les Américains attendaient toujours la position officielle et définitive du Hezbollah sur la proposition de cessez-le-feu fondée sur l’équation « neutralisation de Beyrouth et de la banlieue contre neutralisation des colonies du Nord ».
Indépendamment de ce qu’ont entendu de hauts responsables libanais de la part du Hezbollah, directement ou par des canaux indirects, la position effective était claire : la Résistance ne se considère pas concernée par l’escalade, mais refuse en même temps d’accepter de nouvelles équations. En ce sens, la Résistance considère que le fait de ne pas cibler la banlieue n’est pas une faveur américaine ou israélienne, mais le résultat de pressions exercées directement par l’Iran. Par conséquent, il ne faut pas s’attendre à ce que la Résistance fasse la moindre concession. Ce qui a été communiqué par la suite, c’est que le cessez-le-feu souhaité par la Résistance doit s’étendre à l’ensemble du territoire libanais, dans le cadre d’un processus prévoyant un calendrier rapide pour le retrait israélien.
Certains pourraient estimer que le Parti exagère ses exigences, mais ce que révèlent des sources proches des négociations en cours, c’est que l’Iran a clairement posé le dossier et insisté sur le fait que tout accord éventuel avec les États-Unis doit inclure une déclaration de fin de l’état de guerre dans le Golfe et au Liban, ce qui doit se traduire concrètement par le retrait des forces militaires américaines des environs de l’Iran et la fin de l’état d’alerte dans la région. Dans le même ordre d’idées, l’Iran part du principe que la fin de l’état de guerre au Liban nécessite un retrait rapide d’Israël des territoires libanais occupés, ainsi que la libération des prisonniers et des détenus libanais, ainsi qu’un cessez-le-feu total et complet, sans aucune possibilité de retour à la situation antérieure au 2 mars 2026.
Il est clair que les États-Unis ne sont pas disposés à satisfaire la demande iranienne et s’efforcent au contraire de parvenir à un accord entre les autorités libanaises et Israël, qui lie le processus de retrait et les arrangements sécuritaires à un accord bilatéral. Cette voie suppose des négociations que l’Iran ne peut ni arrêter, ni entraver, ni contester, tandis que le rôle du Hezbollah pourrait être neutralisé dans ce contexte si un cessez-le-feu était conclu.
Mais : les États-Unis peuvent-ils, ou veulent-ils, faire pression sur Israël pour qu’il annonce un cessez-le-feu global et établisse un calendrier clair pour le retrait ?
La réponse nécessite encore du temps et davantage d’informations avant de pouvoir formuler une estimation sérieuse, car la question ne concerne pas seulement ce qu’Israël est susceptible d’accepter, mais aussi le fait que Trump souhaite réellement, ou qu’il soit contraint, de mettre fin à la guerre avec l’Iran. S’il s’engage dans cette voie, il pourrait se trouver confronté à la nécessité de faire des concessions qui ne se limitent pas au Golfe, mais s’étendent également à la scène libanaise. Il convient de noter que le fait que l’Iran commence à parler de la bande de Gaza pourrait être le prélude à un programme d’action qui raviverait les tensions dans toute la région et imposerait une solution globale, ce qu’Israël ne souhaite en aucun cas.